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Chine. Ce 0,5% qui fait toute la différence…

Excellent papier de Jean-Jacques Mevel, correspondant du Figaro à Pékin. Il n’est pas d’hier [je l’avais sous le coude depuis le 12/03/05] mais non moins intéressant. Titré « Quand la Chine s’éveillera », au-delà du clin d’œil à feu Alain Peyrefitte, il prend tout son sens avec le contrepoint de la photo sur huit colonnes : on y voit une dizaine de « députés » en train de roupiller ferme… pendant la session de l’Assemblée nationale populaire.

angle de l’article : l’autre revers de la médaille officielle montrant, selon Le Quotidien du peuple, «la démocratie accomplie à 99,5% ». Mais que recouvre le 0,5% manquant au nirvana chinois ? Rien moins, avance le journaliste, que « la distance qui sépare la fiction de la réalité ». 0,5% qui valent 99,5% d’interdits journalistiques. A commence par des images de ce genre :


Ainsi cette photo [Ng Han Guan/AP]. Elle montre des délégués assoupis dans le Palais du peuple, pendant la session de l’Assemblée nationale populaire. Insupportable démenti à l’imagerie officielle de députés «alignés comme à la parade, prenant consciencieusement des notes quand ils n’applaudissent pas à tout rompre», conformément à la version officielle de l’agence Chine nouvelle.

Autant dire qu’une telle photo est bannie de la presse chinoise – 2.000 quotidiens, 9.000 magazines et 2.000 télévisions… et des dizaines de journalistes emprisonnés. « Rien, pas un soupir et encore moins un ronflement, écrit Jean-Jacques Mevel, ne doit venir ternir la société pleine “de chaleur et de vitalité” que le président Hu-Jin-tao veut bâtir. » Et de poursuivre sur la condition de ces 2.988 «pauvres élus triés sur le volet pour leur dévouement au régime en place », et qui n’ont rien à voter, rien à discuter. Rien d’autre qu’à opiner dans le bon sens – unique. Puisque tout se décide en secret, «derrière le rideau», selon l’expression locale.

« Même s’ils souhaitaient tromper leur sommeil, conclut le correspondant du Figaro, les députés chinois n’avaient […] aucune chance de quitter le palais pour aller consulter le peuple. Afin d’assurer leur sécurité, près de 650.000 personnes, policiers, paramilitaires et comités de quartier ont été mobilisés […]. Les abords de l’ANP étaient aussi sévèrement surveillés que les forums de discussion de l’internet. Dans le ciel, au-dessus de la place Tienanmen, il restait quand même une poignée de cerfs-volants. »

→ Lire aussi sur ce blog « Quand la Chine s’éveillera… à la liberté de la presse ».
→ Note : de temps en temps, dans les statistiques de visites, j'en vois une ou deux en provenance de Chine. Flics ou citoyens ? Quoi qu'il en soir : salut!

A 380. Vol au-dessus d’un nid de canards

Au lendemain du premier envol de l’Airbus 380, un… survol au-dessus de quelques unes de la presse régionale nous éclaire sur deux pratiques du journalisme. L’un tient à la fameuse « loi » dite de proximité. L’autre montre comment une forme de presse se trouve gouvernée par la communication.

abord la proximité. En l’occurrence, il s’agit de sa variante « kilométrique », la plus basique, encore appelée « loi du mort-kilomètre ». Elle relève du ressort psychologique voulant que l’on soit concerné par un événement en intensité inversement proportionnelle à sa distance… Vous me suivez ?

Illustrons avec l’actualité de l’A380. Le plus parlant à cet égard est évidemment La Dépêche du Midi, quotidien de Toulouse, marié à l’aéronautique comme La Provence de Marseille l’est à l’OM. Notons d’ailleurs que ces deux cas s’alimentent à une relation commerciale très directe. A chaque exploit des « idoles » locales, c’est le chiffre des ventes qui grimpe d’autant. Et par les temps qui courent, cet aspect est loin d’être secondaire.


Le cas de La Dépêche et de sa relation avec l’Airbus vaudrait une analyse poussée – des sémiologues s'en chargeront bien un jour ou l’autre. D’un point de vue journalistique, j’avais ici pointé, lors de la première sortie de l’avion, la démesure exprimée par la une de La Dépêche, avec son titre «Le jour de gloire». Appelons ça perte de contrôle professionnel, manifestée par l’absence de recul sur l’événement – on ne parlera même pas de sens critique. Il fallait donc, cette fois, monter encore d’un cran pour atteindre au super-superlatif.

Ce fut donc la montée au ciel en un mouvement que j’avais déjà qualifié d’ « orgastique », avec perte de contrôle total – et son risque corollaire, l’épectase ; mais là, c’était surtout pour placer le mot tout en rappelant la mort de Félix Faure, président de la République…, dans les bras d’une galante, et plus tard la fin du cardinal Daniélou dans des conditions semblables…

Donc, ce titre – «Une journée au ciel» –, cette double une à crucifier en poster au dessus des cheminées du midi toulousain, cette bitte triomphale, ode à la technologie qui fait rêver dans un quotidien si terre-à-terre, cette totémisation d’un phallus bien mâle – excusez le pléonasme, d’ailleurs appuyé par la photo des six mâles à l’étoffe orange, celle dont on fait des héros à Hollywood…


Et que dire de la une à J zéro, celle du grand jour !? Avec cet « Envole-toi » comme une prière, une prière au Seigneur tutoyé, personnifié, idolâtré. Un détournement sacrilège du « lève-toi et marche », et en même temps une expression mystique et animiste à la fois.

La communication maintenant. Ou plutôt la com’, sa variante triviale. Voilà en effet qu’une entreprise de sondage (TNS-Sofres) monte un coup commercial avec le SPQR, groupement syndical des quotidiens régionaux, sur le thème du travail. D’où est venue l’idée ? Est-elle liée au lundi de Pentecôte réquisitionné au nom de la solidarité, et objet de la fronde que l’on sait ? Dans quel but avoué ? Et caetera.

Toujours est-il que bien des rédactions ont mordu à l’hameçon « com’ » en étant, une fois de plus, agies par des forces extra-journalitiques.

L’échantillon des unes reproduites ici permet d’apprécier le jeu des rédactions. Un jeu dont la marge de manœuvre est bien faible, ne portant généralement que sur un choix hiérarchique binaire : ou Airbus, ou le Travail.

A noter au passage, le bel effort de La Provence pour se dégager de ses emprises « Lagardèriennes » (le journal est propriété d’Hachette). A part dans l’édito, l’A380 n’est appelé à la une que par le témoignage de la mère du pilote qui habite dans le Vaucluse. Le reste est en dernière page, sur le ton général de la célébration.

→ En prime, pour compenser la charge de TNS-Sofres, télécharger Le Droit à la paresse. Réfutation du droit au travail de 1848 (1883), de Paul Lafargue, 1842-1911.



France 2. Des journalistes frappés de surdité, un médiateur qui jette l’éponge


Le grand péril qui guette les journalistes et les systèmes médiatiques qui les englobent, c’est la perte de références extérieures et, pire encore, l’auto-référencement. Cela peut aller jusqu’à la surdité. Comme pour la rédaction de France 2 dont la patronne, Arlette Chabot, refuse d’entendre les milliers de protestations du public répercutées par le médiateur, Jean-Claude Allanic. Lequel ne se prive pas d’ajouter une bonne dose critique, qu’il s’agisse de la mort du pape ou de la campagne référendaire.


Selon Le Monde [26/04/05], « Allanic indique avoir reçu 2.500 messages de téléspectateurs. Du jamais vu ! "A 90% le sentiment de saturation l'emporte, les 10% restants sont des témoignages de satisfaction".

« Si, pour le médiateur, "les uns et les autres méritent au même titre notre écoute et notre considération", il souligne que la rédaction "ne peut pas faire l'économie d'une réflexion plus profonde sur l'exercice de [son] métier de journaliste de service public dans un environnement outrancièrement soumis aux lois du marketing". » On ne saurait être plus direct.

Un danger semblable guette les politiciens, mais ceux-ci ont sur les journalistes l’avantage – car c’en est un ! – d’être périodiquement soumis à « éjection » lors de poussées électorales… d’ailleurs souvent amplifiées par ces mêmes médias.

Rien de tel pour les systèmes médiatiques, surtout audiovisuels, qui échappent à tout contrôle extérieur manifeste. Ainsi se trouvent-ils atteints par une forme très délétère de consanguinité se manifestant par des symptômes plus ou moins aigus : perte de sens critique, de repères objectifs, de critères éthiques et autres dérèglements aggravant à leur tour un fonctionnement en vase clos. Je m’applique autant que je peux ici à dénoncer ce genre de dérives, à coup de Pantoufles pointant les divers renoncements aux obligations professionnelles, sacrifiant au panurgisme rampant et dévastateur.

La conséquence la plus dommageable d’une telle situation se traduit par la coupure avec le public, ce qui atteint la légitimité même du métier d’informer, à savoir nourrir le droit à l’information, un des droits de l’homme fondamentaux. De ce droit, dont se trouvent mandatés les journalistes, découle pour eux un devoir, le devoir d’informer.

Plus que jamais, en ces temps troublés par la politique et l’économie, la société semble ne pas trouver son compte dans les systèmes informatifs. Singulièrement avec ceux relevant des services publics liés au peuple – oui, c’est bien le mot – par un contrat justement appelé « redevance ». Ce qui veut dire que les rédactions des chaînes publiques sont redevables au public d’une information digne de ce nom : respectueuse des faits, des diversités d’opinions, des grands principes républicains comme l’équité et la laïcité, notamment.

Les autres radios et télévisions aussi devraient être soumises aux mêmes devoirs relevant du journalisme d’information, mais laissons-les à part ici dans la mesure où ces obligations se trouvent écornées par les relations marchandes.

Le danger a été identifié depuis longtemps ; il est d’ailleurs constitutif de l’acte d’informer, comme une sorte de risque du métier. C’est précisément afin de s’en prémunir que certaines rédactions ont mis en place des médiateurs de presse, précisément chargés de réguler les relations, voire les tensions, entre émetteurs et récepteurs de l’information.

La mort du pape et le référendum prochain sur le Traité européen ont porté ces tensions à la pression maximale. Vulgairement parlant, les médias – tous genres confondus et peu ou prou – ont pété les plombs. Un même emballement, une même surenchère ont conduit, et continuent à conduire à des surdoses quantitatives et répétitives, forcément. Mais aussi à du mal-traitement, de la mal-info – à l’image de la mal-bouffe – faisant fi des principes professionnels basiques.

Tout porte à croire, hélas dirais-je, que de tels comportements relèvent davantage de manifestations inconscientes – précisément liées à cet auto-référencement autiste – qu’à des pratiques délibérées. La plupart des journalistes exposés aux critiques, aujourd’hui à propos de l’Europe, avancent généralement des arguments sincères relevant de la « bonne foi ». Ils ne sauraient en effet « fauter » puisqu’ils respectent une loi interne, tacite, non dite, construite autour d’un dogme également auto-construit autour de l’expression « c’est de l’info ». Une expression refermée sur elle-même, sourcée à un empirisme professionnel, renforcée dans les écoles de journalisme [j’en fus et j’en suis encore] où elles sont érigées en sortes de Tables de la Loi.

C’est ainsi que j’analyse l’ « objection » – guillemets, car ce n’en est pas une – d’Arlette Chabot, directrice de l’information de France 2, quand elle répond ceci au médiateur de la chaîne, Jean-Claude Allanic, essayant de faire entendre les protestations dont il est assailli :

« Je ne crois pas que nous en ayons trop fait sur la mort du pape, qui est un événement planétaire et historique, justifie-t-elle. Avec le recul, peut-être que notre couverture a été excessive au moment de son agonie, mais nous étions tous suspendus aux bulletins de santé du Vatican, qui étaient très alarmants. Comme dans toutes les rédactions, il y avait la peur du ratage. »

Cette déclaration, en forme d’aveu, bien qu’involontaire, éclaire bien mon propos ci-dessus. J’ai souligné ce qui, à mon sens, relève:
– de croyances internes : « Je ne crois pas » ;
– d’assertions non démontrées, voire erronées : « événement planétaire et historique » ;
– d’autoréférencement journalistique comme excuse explicative : « mais nous étions tous suspendus » ; « il y avait la peur du ratage » (Qu’est-ce qu’une information « ratée » ? Une information non vérifiée, non recoupée, non objectivée ? Ou bien, une que le concurrent aurait et « nous pas » ?).
– de panurgisme enfin : « comme dans toutes les rédactions ». On se réchauffe à la meute qui, forcément, a « raison ».

En d’autres termes, Arlette Chabot, dit au médiateur de sa chaîne qu’il peut bien aller se faire voir ailleurs. Le message semble avoir porté puisque Jean-Claude Allanic (Le Monde 26/04/05] annonce qu’il jette l’éponge et ne renouvellera pas son mandat à l’échéance de juin : « Je n'ai pas à rougir de ce qui a été fait depuis cinq ans, a-t-il déclaré. Un médiateur est par nature quelqu'un de dérangeant et la fonction est usante physiquement. Il est d'ailleurs sain qu'un autre médiateur prenne ma place, car il ne doit pas y avoir de brouillage entre la fonction et la personne. »

Référendum. Le cœur des médiateurs doit balancer entre ni oui ni non


Plus que jamais, quand une opinion est aussi partagée qu’aujourd’hui, les médiateurs des médias dégustent. Parce que cette coupure se situe grosso-modo autour de 50/50 [en fait, si c’était 56/44 ça ferait 9 points d’écart, mais ne chipotons pas, puisque là n’est pas la question…], le médiateur se retrouve exactement « entre les deux », ce qui, après tout est bien normal quand on se veut au milieu. Bref, prenons deux cas « emblématiques ». Celui de Robert Solé, au Monde, et celui de Jean-Claude Allanic à France 2.

Emblématiques en raison de la position des deux médias, l’un comme « journal de référence » – «autoréférencé» diront d’aucuns –, l’autre en tant que grande chaîne du service public de la télévision. Dans son dernier magazine, L’Hebdo du médiateur, Allanic est revenu sur le lapsus de Benoît Duquesne à propos des « mauvais sondages » [Voir notre article] pour le mettre sur le compte de la maladresse pas méchante – ce qui ne mange pas de pain. Donc, ce qui revient encore et toujours au premier plan, c’est la question de l’équité journalistique. En fait, parce que ladite équité ne se mesure pas au pied à coulisse, elle demande aux rédactions et aux journalistes une attention permanente. Certes, mais encore… Revenons au Monde.

Dans sa dernière chronique [24-25/04/05], Robert Solé raconte ce qu’on doit comprendre comme une évolution de la rédaction du journal qui, écrit-il, « s'est laissé surprendre par l'ampleur du non ». Peut-être aussi par l’ampleur des protestations, à un tel point que « le comité de rédaction s'est demandé comment ne pas perdre le contact avec le pays réel. » Ce qui peut aussi vouloir dire « ne pas perdre des abonnés » à une période où ils ne sont pas si abondants. Exemple, cité dans la chronique : «"Vous avez des lecteurs qui sont pour le non, avec de très bonnes raisons. Vous leur devez un minimum de respect", écrit Jean-Claude Carcenac, qui a mis fin à son abonnement. »

D’où la question : « Ne faut-il pas développer un journalisme "de terrain", au plus près des gens et des faits ? », sans pour autant « épouser l’air du temps ». Toujours est-il que des bémols semblent plus audibles dans ce concert trop à l’unisson oui-ouiste. Ce qui nous vaut, dans l’édition-même de la chronique de Solé, une page somme toute honnête – mais avec une bizarrerie sur laquelle je reviens plus loin.

Poursuivant plus avant, Robert Solé se livre, nolens volens, à une sorte de contrition. Je le cite : « C'est un fait : Le Monde est favorable à la Constitution européenne, et ne cherche pas à le cacher. Des lecteurs constatent que pratiquement toutes les chroniques et analyses publiées depuis le début de la campagne ont été favorables au oui. Ils ont relevé aussi, entre la mi-février et la mi-avril, que les libres opinions allant dans ce sens étaient deux fois plus nombreuses que les autres. Ces derniers jours, un plus grand équilibre a été recherché […] »

Car là se situe le fond du problème, souvent abordé sur ce « blog modeste et génial », à savoir le devoir d’information auquel se trouve soumis un journal… d’information, dont la légitimité découle d’un droit antérieur et primordial, le droit du public à l’information. Qu’un journaliste soit aussi un citoyen, c’est bien le moins ! Avec ses opinions et tout, comme pour chacun. Qu’il en fasse un usage dominant et abusif, non ! Car il attenterait, en quelque sorte, au libre-arbitre de son lecteur. Ce que semble exprimer ce Lyonnais, Bernard Collonges, qui écrit : « "Dans le cas où la rédaction du Monde souhaiterait conserver son parti pris en faveur du texte actuel du traité (ce qui est, bien sûr, son droit le plus absolu), il me semble qu'un minimum de déontologie exigerait que ce parti pris soit clairement énoncé, plutôt que de feindre une fausse objectivité qui relève de la tromperie." »

Robert Solé, mine de rien, rappelle ses devoirs à la rédaction du Monde : « Le journal n'est pas jugé sur un éditorial, mais sur la manière dont il rend compte, jour après jour, du débat. Se prononcer pour le oui ne devrait nullement empêcher Le Monde de couvrir la campagne de façon honnête, sinon équilibrée, en respectant ceux qui choisissent de voter autrement. »

Il serait temps, en effet. D’autant que la prise de position éditoriale ne m’a guère semblée bien visible jusqu’ici, autrement qu’entre les lignes. D’où cette précision de Solé, presqu’un engagement : « Le Monde s'est déjà prononcé pour le oui lorsque les socialistes ont organisé leur référendum interne. Mais il le fera plus solennellement, et sans attendre la veille du vote, en réaffirmant son attachement à une construction politique de l'Europe. »

Dès lors, on y verra peut-être mieux. Et les inconscients journalistiques se seront peut-être aussi mis au rancart. Un sacré boulot collectif si l’on en croit le médiateur du Monde précisant qu' « un scrutin interne [à la rédaction], organisé par simple curiosité, a donné, pour 138 votants, deux tiers de oui et un tiers de non... » Est-ce que, là aussi, tout va se jouer avec les abstentionnistes ?


→ Les images, pas sages

 

J’évoquais plus haut une bizarrerie. La voilà ci-dessus : elle se trouve précisément page 8, page « référendum » [24/04/05]. Voyez vous-même la page et, de plus près (cliquer pour agrandir), la photo et sa légende, non rubriquées, comme un cheveu sur la soupe, et dont j’en suis toujours à me demander le sens, ou l'improbable insignifiance. Tandis qu’on ne peut quand même suspecter Le Monde de « rouler » pour Le Pen. Si quelqu’un à une idée… Robert, si tu me lis, te gêne pas pour expliquer ce mystère… En attendant, selon mon jury unanime, ça mérite une vraie belle Pantoufle d’or. Ça tombe bien, y avait longtemps qu’on n’en avait attribué et « ça » s’impatientait.

 

Et pendant qu’on y est, en voilà une deuxième, bien dorée aussi, à la feuille vaticane : c’est la Une du même Monde [non, c’est ni La Croix, ni La Bannière – pardonnez cette jubilatoire facilité – c’est le «journal de référence», si !] pour saluer, que dis-je, glorifier le nouveau pape élu. On pouvait difficilement faire plus grandiose. [21/04/05].

Notes et musiquette sur l’air du référendum


Attention ! les médias de masse nous la jouent berceuse. Et surtout rengaine en OUI majeur, avec pleins de couacs désagréables à nos tympans délicats. Plutôt que de nous boucher les esgourdes, ouvrons-la bien grande pour dénoncer les dérives journalistiques.


Après les abus papistes – non encore assouvis, soit dit en passant – la relève s’est portée sur le terrain politique, avec le référendum du 29 mai et le projet de Traité européen. Là encore, un manque de recul frappe les rédactions des médias de masse qui, en général, prennent fait et cause pour le OUI de façon plus ou moins déguisée, insidieuse ou inconsciente. Quand bien même s'agirait-il du NON que la question resterait entière : celle de l'indépendance des rédactions et, plus encore, celle du respect du lecteur/auditeur/téléspectateur dans son libre-arbitre et dans son droit à l'information.

On ne va pas se relancer dans une nouvelle pétition – n’usons pas la noble chose – mais, par exemple, faisons table ouverte de nos observations futées, critiques, citoyennes et tout. Allons-y :

Protestation à France Inter

J’ai envoyé [24/04/05] un émile [mél, dit-on parfois] à Paoli, Guetta et Weil de France Inter pour leur dire :

« Ne soyez pas sourds aux appels des auditeurs et citoyens qui demandent de l'équité dans le traitement de l'info, très spécialement sur le projet de traité européen ! Au moins la moitié d'entre eux ne partagent pas vos CHOIX EDITORIAUX – ce n'est pas rien, non ?

Mon blog, "c'est pour dire" sur lemonde.fr est précisément consacré aux dérives journalistiques (je suis journaliste et je parle de l'intérieur du métier); je trouve là une tribune qui rassemble entre 1000 et 2000 visiteurs par jour. Je sens sourdre une vraie révolte. Allez voir ! Voyez notamment les 200 commentaires accompagnant la PETITION que j'ai lancée le 4 avril "pour une information républicaine, laïque et civique". Salutations confraternelles, Gérard Ponthieu.

Protestons, c’est nécessaire – et ça peut être utile. Pour ça, des @dresses :

Radio France : http://www.radiofrance.fr/services/contact/

Europe 1 : http://www.europe1.fr/communiquer/coordonnees.jsp

RTL : relation.auditeur@rtl.fr

TF1 : telespec@tf1.fr

France 2 : http://relations.france2.fr/# [Voyez en passant la «charte de l'antenne de France Télévisions» présentée comme «synthèse du système de valeurs qui gouverne la télévision publique. Elle expose les devoirs et responsabilités des personnels du groupe. C'est un engagement de qualité vis à vis des téléspectateurs.»]

Écrire au médiateur de l’information, Jean-Claude Allanic

http://relations.france2.fr/mediateur_intro.php

Idem pour France 3 : Marie-Laure Augry, Médiatrice de l’information.

http://relations.france3.fr/mediateur_intro.htm

France 3 : http://www.france3.fr/

Chouard toujours très visité

Etienne Chouard va mieux, dirait-on. Depuis mes dernières nouvelles, son site a encore encaissé 25.000 visites en trois jours, mais il a surtout reçu des messages de soutien qui lui ont remis du baume au cœur, après les attaques des « gardiens du templs ». Il explique tout ça dans sa note du 23/04.


Publius, blog pour le OUI

Signalé par Philippe, qui n’aime pas la « diatribe » d’Etienne Chouard, lui préférant Publius. Il s’agit d’un blog collectif, lancé « par quelques internautes concernés par le sujet de la constitution européenne, venant d’horizons divers ». C’est vague mais ça vaut le détour. Oui, vous avez bien lu : je le recommande. Bon pour la dialectique et la santé mentale.


100 mn pour comprendre, sur France 2

Relevé par Dominique, dans la série « tout n’est pas bon à jeter » :

« J’ai regardé du coin de l'oeil “100 mn pour comprendre” hier sur France 2 et j'ai trouvé que ce n'était pas trop mal, pour une fois. Mazerolles, il m'énerve souvent, mais là je n'ai pas remarqué de faux pas (ce qui ne signifie pas qu'il n'y en ait pas eu).

« Par contre, le choix des invités était à donner des boutons. Les partisans du non, de parfaits "repoussoirs" à gauche comme à droite. Delanoë et Badinter, ça fait quand même plus propre et sérieux que Marie-Georges et le "Che". Le Borgne et Fernandel, je n'en parle même pas!... »

--> A vous de jouer pour la suite et vos "commentaires" ci-dessous !

PUB. Le pognon guidant le peuple


"La pub rend con, la pub nous prend pour des cons"
… On le sait et, moi en tout cas, j'arrive pas à m'y faire, encore moins à m'y résigner. La pub est vulgos par nature. Même quand elle paraît réussie, elle est rarement autre chose qu'une raccoleuse qui tapine pour des marchands-proxos. Vulgos car vulgairement récupératrice. Sous prétexte de détournement, elle pompe à mort les oeuvres anciennes, voire les chefs d'oeuvre, dès lors qu'elles sont tombées dans le domaine public, se trouvant ainsi libres de droits. Toujours ça de gagné pour ces rapaces rapiats! D'où les grands airs classiques ou des standards de jazz mis à la solde d'assurances ou de lessives.

Il arrive aussi que des artistes vivants se fassent une passe en pub télé. Certes, ça peut dépanner, beurrer les épinards. Mais un Keith Jarrett, nullement dans le besoin ni en manque de notoriété, prostitue deux mesures de son "Köln concert" pour vendre des bagnoles de luxe, voilà qui me désole. Le comble, ensuite, c'est de vendre le disque affublé d'une étiquette "musique de la pub BMW"!


Donc, voici la dernière trouvaille de ces mercenaires ramant pour la Caisse d'épargne. Que le pognon s'en prenne ainsi à la Liberté guidant le peuple – dans une de ses représentations les plus emblématiques, celle de Delacroix – en dit long sur la servilité des manoeuvriers.

Telle est bien la liberté libérale : celle du renard (écureuil) dans le poulailler (des épargnants).


Un commentaire de Jacques Estal (merci Jacques !] me pousse à compléter ma gueulante par quelques données historiques et par une reproduction du tableau d'Eugène Delacroix – on lui doit bien ça. On peut aussi lui rendre visite au Louvre.


Une vision engagée des Trois Glorieuses



« Si je n’ai pas vaincu pour la Patrie, au moins peindrais-je pour elle... », écrit Delacroix à son frère le 18 octobre 1830. Dès son titre – La Liberté guidant le Peuple, 28 juillet 1830 – , le tableau est un manifeste politique, renforcé par sa dimension (3m25 sur 2m60), clamé par son contenu et sa forme.

Rappel : 1830, Charles X prend une série d’ordonnances limitant les libertés. Paris se révolte durant trois jours, les 27, 28 et 29 juillet 1830, journées particulièrement violentes appelées depuis lors les Trois Glorieuses. Charles X s’enfuit en Angleterre. Louis-Philippe, le duc d’Orléans, devient roi des Français le 9 août 1830. C’est la monarchie de Juillet, monarchie bourgeoise.

« Dans cette scène, note Vincent Pomarède sur la fiche de Louvre.edu, tout est vrai : un suisse, un cuirassier, un enfant, des citoyens en armes, une femme. Ce sont ceux que l’on a vus durant les Trois Glorieuses. Cette femme à la poitrine dénudée, au bonnet phrygien, aux pieds nus, à la robe légère est bien une allégorie, celle de la Liberté. Pas d’abstraction, pas de figure idéale puisée dans l’Antiquité. Il n’y a que le peuple et cette Liberté pour laquelle on donne sa vie et qui n’est qu’une femme des rues sans pudeur.

« Au fond, on devine Notre-Dame, qui sert de décor à cet évènement sacralisé. On a voulu voir dans le personnage en chapeau haut-de-forme, qui tient un fusil, un autoportrait de Delacroix, qui a avait fait partie brièvement de la Garde nationale. On a traditionnellement fait de l’adolescent, qui surgit de la barricade, un pistolet à la main, sur la droite du tableau, une prémonition du Gavroche que Victor Hugo créera dans les Misérables trente ans plus tard.

« Cette œuvre est exposée au Salon de 1831 et a été acquise aussitôt par le gouvernement de Louis-Philippe, dont elle glorifiait en fait l’avènement. »

L’Airbus 380 veut embarquer le Traité européen dans son premier vol (suite)



Quand je vous disais dans ma note d’hier qu’il faut s’attendre au pire… Tenez dans Le Figaro du jour [23/04/05], ces signes de mobilisation générale chez Airbus et compagnies :

« Airbus multiplie les préparatifs pour faire du premier vol du plus gros avion jamais construit (555 sièges en moyenne) un événement historique.

« Sur le plan logistique d'abord, Toulouse s'apprête à accueillir cinq cents journalistes et plusieurs dizaines de milliers de badauds aux alentours de ses pistes de Blagnac. Des gradins ont même été construits à proximité de la piste qui doit voir décoller l'A 380. Une quinzaine de caméras et même un petit avion doivent pouvoir suivre de près ses premiers déplacements dans les airs.

« Les Toulousains ne sont pas oubliés. Ils devraient pouvoir suivre l'événement en direct grâce à un écran géant installé au coeur de la ville, place du Capitole. Nombreux enfin sont les hommes politiques à vouloir disposer d'une place ce jour-là au siège de l'avionneur européen, porte-drapeau du succès industriel de l'Europe à un mois du référendum sur la constitution. Mais faute de connaître la date du premier vol, l'opération est difficile, comme l'a souligné la semaine dernière le ministre des Transports, Gilles de Robien. »

Soulignées par moi, les marques visibles de l’enjeu politicien embusqué derrière l’événement «historique».


Traité européen. Le métier d’informer s’enfonce dans le discrédit

La question : Qu’est-ce donc qui est déréglé dans la machinerie médiatique ? Elle est malade, certes – et les causes en sont multiples–, mais de plus elle aggrave son état dans la pire inconscience. C’est somato-psychique, oui, dans cet ordre-là en ce moment : le corps souffre (déréglementation des marchés et des structures de production) et le mental (ce qu’informer veut dire) est atteint, ce qui est le plus grave.

 

Pourquoi, en effet, accorder quelque crédit aux médias ? Pourquoi, de plus, payer en achetant des journaux qui méprisent à ce point leurs « clients » ? Et je dis bien clients exprès, justement par opposition à lecteurs, ou auditeurs, téléspectateurs. Je le dis pour qualifier ce mépris des éditeurs-commerçants pour leurs publics auxquels ils devraient être redevables d’un véritable service public – celui de l’information due aux citoyens, au nom du droit du public à l’information, droit basique, fondamental, un des « droits de l’Homme » et des démocraties.

Quel mépris donc ? Celui qui nie le libre-arbitre de l’individu. Qu’il s’agisse du « tsunami » papolâtre qui a englouti les rédactions dans une absence quasi totale de recul critique et de sens de la mesure. Qu’il s’agisse, bien sûr, du projet de traité européen pour lequel les médias de masse ont aussi perdu tout sens civique et critique en optant – de manière, hélas souvent ou parfois inconsciente –, pour le «oui» au référendum.

Dans les deux cas, le citoyen soucieux de son libre jugement est nié en tant que tel. Il doit alors en rabattre à chaque émission ou pour chaque page de journal ; y subir les assauts propagandistes de partisans-journalistes qui, cependant, se voudraient encore « neutres », « objectifs », « professionnels » ou quoi encore ?

Un déni de journalisme d’information (car le journalisme d’opinion a sa raison d’être, dès lors qu’il se présente comme tel : un journalisme de combat, d’engagement), un déni d’autant plus grave qu’il affecte les médias des services publics – les seuls sur lesquels nous pouvons prétendre à de légitimes exigences d’équité puisque ces médias publics nous appartiennent, à nous collectivité de la République, en tant que bien commun.

La pétition que j’ai lancée ici le 4 avril Pour une information républicaine, laïque et civique concernait les affaires papales et garde sa valeur et toute sa portée dans les domaines de la politique. Hélas, parmi ses plus de 200 signataires, trop peu de journalistes s’y sont impliqués – tous n’ont pas eu à la connaître, bien sûr ; mais de ma propre liste directe d’alerte, oui, trop peu ont seulement réagi : manque de courage ou désaccord, ou inhibition d’action liée au contexte économique déplorable de la presse ? Bref, cette pétition, modeste et néanmoins fortement symbolique, a davantage remué les « citoyens de base ». Aujourd’hui encore, elle a été signée par un blogo-lecteur, Pierrick Louin, qui écrit notamment :

« […] De même que je ne rencontre pas (du tout) la même densité critique vis à vis de la constitution dans les médias et dans mon quotidien, j’ai été très surpris du relais par des journalistes – que je croyais jusqu’ici plus laïcs – de l’hystérie qui a accompagné les péripéties de la papauté. Et pendant ce temps là mes espérances de débats démocratiques sur notre vie séculière s’amenuisent.

« Ce traitement délirant d’une information aussi vide que les avatars d’un empire (l’église catholique n’est pour le moins pas démocratique et, qui plus est, Benoît y est le symbole de sa volonté de puissance !) laisse à désirer sur l’esprit critique de certains journalistes têtes d’affiche.

« Plus que partout ailleurs c’est au service public que je pense. Les journalistes y sont censés animer la vie de la cité (c’est en tout cas l’honneur dont ils se parent) en nous donnant accès à des informations plurielles, vérifiées et débattues, afin que nous puissions nous faire une idée. Je sens malheureusement assez souvent plutôt un grand mépris et une volonté de puissance. »

D’autres « commentaires » s’élèvent aussi contre de tels abus ; ils montrent bien qu’il ne s’agit pas tant de rouspétances anticléricales (il y en a), ni de râleries franchouillardes dans lesquelles, précisément, bien des journalistes s’évertuent à classer le « non ». Cela va bien plus avant dans l’expression d’une critique de fond des comportements médiatiques dont l’aveuglement confine à une sorte de suicide professionnel – que vient encore aggraver le panurgisme rampant que je dénonce souvent ici.

La « classe journalistique » – je n’aime pas cette expression, mais bon… – doit s’attendre à une prochaine et violente contestation de ses intenables positions. Positions fragiles de domination, parce que liées au monde des puissances financières – fragiles elles aussi, mais autrement, et au fond colosses aux pieds d’argile, qui ne trouvent de l’intérêt que dans les sonnants et trébuchants produits de grande consommation, quitte à en changer brusquement si le vent venait à tourner…

Domination fragile aussi face à un public dont on peut pressentir une sorte de révolte sous forme de rejet violent. Les patrons-éditeurs seraient peut-être bien avisés d’ajouter ce paramètre dans leurs tentatives d’analyser les raisons d’une crise, et de chercher aussi des « remèdes » ailleurs que dans le marketing commercial. Mais à l’impossible nul n’est tenu.

Toujours est-il qu’une résistance se manifeste d’ores et déjà. Même minoritaire, elle n’en est pas moins porteuse de sens. Pour sa part, le dernier Politis consacre un dossier sur ce que l’hebdo appelle «La rengaine des béni-oui-oui». Tant qu’il y aura des sourds à l’exigence d’équité, on n’a donc pas fini de l’entendre, cette rengaine qui, peut-être, va même s'avérer contre-productive…


Une protestation vient d’être lancée sur un blog non identifié, dans le but « d’accroître la pression sur les médias pour qu'ils fassent leur travail : informer sans prendre parti. »

Retour à « c’est pour dire »

Un peu de légèreté pour se faire du bien dans ce monde de brutes

M’inscrivant ici en faux contre un certain Milan Kundera, et nonobstant le blog voisin dénommé L’insoutenable légèreté de l’être d’un autre certain Milan…, permettez que, en ce jour pesant en homélies vaticanes, je défende le concept de la légèreté soutenable – ça défatiguera de toutes ces tartes à la crème en -able.

Mais c’est aussitôt pour relever que toute vraie légèreté atteint des sommets de profondeur, si je puis me permettre cette audace stylistique – d’ailleurs, oui, je me l’accorde. A l’image, par exemple de ce « Papier de verre » griffonné chaque matin par Hervé Le Tellier sur la « check list » [sic] du Monde.fr et offert comme une perle rare. Vous me direz : fastoche, il a sa case, immuable, et il n’a qu’à la remplir. Vingt-cinq mots pas plus. Ouais, yaka. Une vraie contrainte oulipienne.

D’ailleurs, Le Tellier en est. Je veux parler de l'Oulipo, cette secte d’adorateurs de Queneau, Raymond. Ils se réunissent périodiquement en des lieux secrets, pardi, pour vénérer leurs ancêtres, les Le Lionnais, les Bens et autres tortionnaires de la langue dont ils perpétuent les pratiques quasi indicibles à l’aide de tenailles et autres gégènes à faire cracher le morceau. Le Tellier en est, je le dénonce en blog public et avec deux pièces à conviction, soit ses deux derniers opus, comme on dit de nos jours :

1) « Comment remplacer un vieux pape ? Décision difficile, affaire de goût et de moyens : je suis passé au saint-julien » [19/04/05]

2) « Le cardinal Ratzinger comme pape, il y a du pour et du contre. Les pessimistes diront qu'il a 78 ans. Les optimistes qu'il a 78 ans. » [20/04/05]

Autre écriveur de haut-vol, celui qui ouvrage dans le ciselé en un bloc-notes aussi fameux que celui de Mauriac. A condition de retirer Le Figaro et le gaullo-catho. Et vous avez le Langlois de Politis qui, chaque jeudi, entre grave et aigu, nous livre ses gammes en virtuose. Oyez :

« Charles et Camilla. N’étant pas suspect de trop de complaisance envers les têtes couronnées, permettez-moi un mot gentil envers les nouveaux mariés de Windsor.

« C’est peu de dire que la presse de caniveau britannique, toujours accro à Diana, ne les a pas ménagés. Moi je trouve leur histoire assez touchante, en cette époque ou amour rime avec Kleenex. La tranquille obstination du prince aux grandes oreilles, bravant l’opinion et la reine-mère, son « ce n’est pas négociable » opposé sans relâche, depuis tant d’années, à la raison d’État. Jusqu’à l’aboutissement de ce samedi, où le vieux garçon et la femme de sa vie ont enfin convolé en justes noces, c’est-y pas beau?

« C’était mon côté midinette. Rassurez-vous : ça ne fait pas de moi un partisan de la couronne d’Angleterre, ni des bouches inutiles en général. »

C’était l’aigu, pour faire passer du plus grave :

« La fracture sociale. Après dix ans de règne du rodomont, elle est plus béante que jamais. En témoigne la récente étude parue dans la revue Droit social. On y lit, sous la signature d’un expert, Jacques Rigaudiat, cet implacable constat : « Entre chômage, sous-emploi, précarité financière des "travailleurs pauvres", c’est très vraisemblablement entre le quart, au moins, et le tiers de la population : soit 15 à 20 millions de personnes – 7 millions de pauvres et 8 à 12 millions de précaires – qui, pour une raison ou pour une autre, ont, de façon durable, des conditions de vie marquées du sceau de l’extrême difficulté. » Le quart, voire le tiers de la population ! »

Traité européen. L’Observatoire des médias lance un appel pour un traitement équitable de l’information

L’Observatoire français des médias (OFM) vient de lancer un appel de protestation pour un traitement équitable de l’information sur le projet de traité européen. Il annonce aussi un rassemblement le 9 mai à Paris pour célébrer la journée de l'Europe.


« OU EST LE DEBAT quand, entre le 1er janvier et le 31 mars 2005, toutes émissions confondues (JT, émissions politiques, émissions de divertissement), 71% des intervenants étaient favorables au « OUI » et quand, dans les journaux télévisés, les défenseurs de la constitution accaparaient 73% du temps de parole ?

OU EST LE DEBAT quand le CSA n'accorde qu'un tiers du temps de parole au « NON » ?

OU EST LE DEBAT quand le Président de la République préfère organiser un show télévisé à la gloire du « OUI » (que le CSA ne comptabilise pas dans le temps de parole du « OUI ») où il est interrogé par des patrons d'entreprises privées aux salaires astronomiques (Jean-Luc Delarue, Marc-Olivier Fogiel) plutôt que par des journalistes professionnels ?

OU EST LE DEBAT quand le biais des questions est tel que l'on est d'emblée dans un climat d'hostilité quand s'expriment les défenseurs du « NON » alors que la prévenance est de mise pour les partisans du « OUI » ?

OU EST LE DEBAT quand des journalistes (Quentin Dickinson, correspondant permanent de France Inter à Bruxelles, par exemple), des chroniqueurs (Bernard Guetta, chroniqueur à France Inter et l'Express ou Alain Duhamel, chroniqueur à RTL, Libération, Le Point, Nice Matin, Les Dernières Nouvelles d'Alsace, Le Courrier de l'Ouest par exemple), des présentateurs (Laurent Ruquier, présentateur sur France 2, par exemple) ou des patrons de presse (Laure Adler, directrice de France Culture ou Jean-Pierre Elkabbach, nouveau patron d'Europe 1, nommé directement par Arnaud Lagardère, par exemple) prennent ouvertement position pour le « OUI » ?

OU EST LE DEBAT quand la quasi-totalité des titres de la presse écrite font campagne pour le « OUI » (Le Monde, Libération, Le Point, Le Nouvel Observateur, Paris Match, etc.) se comportant comme des acteurs politiques partisans ?

OU EST LE DEBAT quand les « Tours d'Europe » que nous proposent les médias sont des « Tours de l'Europe «OUI» et les « experts » régionaux, avant tout, des défenseurs du projet de Traité constitutionnel ?
Journalistes, usagers des médias, syndicalistes, militants associatifs, citoyens, nous sommes tous concernés !

Nous demandons a toutes les organisations associatives, politiques et syndicales de tous domaines de mobiliser leurs forces et de signer cet appel (par courriel :

renaud.lambert@observatoire-medias.info

L’OFM annonce également un rassemblement le 9 mai à Paris pour célébrer la journée de l'Europe et exiger des médias un débat honnête et pluraliste.

→ Place de l'Europe - M° Europe / Paris 75008 - le 9 mai à 18 h 00

Créé en septembre 2003, l’Observatoire français des médias entend protéger la société contre les abus, manipulations, bidonnages, mensonges et campagnes d’intoxication des grands médias – qui cumulent puissance économique et hégémonie idéologique –, défendre l’information comme bien public et revendiquer le droit de savoir des citoyens.
Mortuaires scénographies médiatiques

Quelques dates, et quelques images d’agrément concernant la
mort et les, funérailles de : Staline, mars 1953, ; Khomeiny, juin 1989 ; Arrafat, novembre 2004 ; Jean-Paul II, avril 2005.






Et j’ai ressorti, on ne sait jamais, les grands classiques :
– La Psychologie des foules, de Gustave Le Bon ;
– La Foule solitaire, David Riesman ;
– Psychologie de masse du fascisme, Wilhelm Reich ;
– L’Âge des foules, Serge Moscovici.
De ce dernier, j’extrais (p. 107) : […] « Les foules ont pour caractère principal la fusion des individus dans un esprit et un sentiment commun, qui estompe les différences de personnalité et abaisse les facultés intellectuelles. Chacun s’efforce de suivre les semblables qu’il côtoie. L’agrégat, par sa masse, l’entraîne dans sa direction, comme le flux entraîne les galets sur la plage. Ceci quelles que soient la classe sociale, l’éducation ou la culture des participants. »
Et Moscovici de citer Le Bon : « Du moment qu’ils sont en foule, l’ignorant et le savant deviennent également incapables d’observation. »

En prime et dans un autre genre : Rite de célébration castriste à La Havane, 1er mai 2004.



Traité européen. Quand France Inter peine à justifier l’injustifiable

→ Suite de l’article (lire le début)

Au bout de longues secondes, Pierre Weil tente un «je peux dire un mot?» sans conviction. Et comme il n’a trop rien à dire, il laisse encore filer la charge avant d’embrayer de sa finesse habituelle : …« Nous avons entendu ce matin Henri Emmanuelli, on essaie d’être ouvert à toutes les tendances… Bernard Guetta, vous voulez dire un petit mot ? » Ouf, il lui passe la patate chaude. Et l’autre de reprendre :

« Non… je voulais dire simplement une chose, monsieur, c’est que… je me soucie… euh, euh… tellement des objections, des critiques qui sont faites à ce projet de constitution que j’en étais ce matin – et vous allez me le reprocher et vous aurez tort ! – à ma douzième chronique d’explication ! […]

Guetta commence ainsi sa réponse par « non » à la place de « oui » – ceci explique peut-être cela… En tout cas, il va justifier l’objection par la quantité de travail fourni et, de plus, bande d’ignorants doublés d’ingrats, vous me cherchez des poux ! : « …Je dois faire un énorme travail d’explication, et puis je reçois des mels – pas tant que ça d’ailleurs, mais quand même… – de la tonalité de votre intervention disant « c’est de la propagande ! », c’est du… etc. » En quoi est-ce que j’ai fait de la propagande dans une seule de ces chroniques ? Il ne faut pas qualifier de propagande toute explication ou argumentation qui n’est pas celle qui vous convient ! »

Tous deux sont sourds, ou malentendants plus exactement. C’est courant chez les journalistes, surtout chez les politiques qui, comme les politiciens, deviennent durs de la feuille face à des objections. Paoli non plus n’entend pas ça. A savoir qu’on peut attendre de France Inter une autre politique éditoriale, bon sang ! C’était déjà le même problème, endémique, avec Sylvestre auquel on a fini par lui adjoindre – le vendredi ! – un Bernard Maris qui donne un autre son de cloche que le bourdon ultralibéral. Un progrès.

Corporatiste, leur défense les pousse à justifier par des avis « divers et variés » une tonalité d’antenne donnée par les éditoriaux ou les chroniques. Ainsi que l’a d’ailleurs expliqué Guetta ce matin, dans la suite de son bafouillis, en osant et tentant de justifier l’aujourd’hui par le hier du temps de l’Irak : « Je n’ai [alors] cessé de condamner ce qu’était ce projet. Personne n’a dit à l’époque : faudrait mettre quelqu’un qui défende le point de vue de Bush ! Je suis chroniqueur, pas là pour débiter de l’eau tiède. Je donne en effet un éclairage qui est le mien. C’est ma fonction ! » (Et l’autre, derrière, soulagé d’en finir : « Voilà, c’est le propre de l’éditorialiste ! ». Beuh !)

Quel aveu ! Guetta justifie donc ses « éclairages » sur l’Europe par ceux sur l’Irak. Lesquels n’auraient pas été plus justifiables pour autant – quand bien même ils eussent été, contrairement à ses assertions éhontées, aussi anti-bushiennes qu’il le prétend maintenant. Je me souviens fort bien à quel point il avait pu en agacer plus d’un, d’auditeur – à commencer par moi – tandis qu’il prétendait, entre autres, que les appétits étatsuniens pour le pétrole n’avaient rien à voir avec les motivations du Pentagone !

Cette position est intenable. En particulier s’agissant d’une radio – la principale – du service public, tenue par principe et par définition à un double devoir : neutralité journalistique sur les faits (recherche d’objectivité notamment) et équilibre d’opinions dans les chroniques et éditoriaux. Cette éthique-là est bafouée sur France Inter de manière récurrente [Voir ma note du 16/12/04, Le pâté d’alouette de France Inter] . Mais aussi sur d’autres stations du service public, de façon plus ou moins aiguë. Mais aussi à la télévision, en particulier sur France 2 – voir la note suivante, ainsi que la protestation de l’Observatoire français des médias.

→ Les citations sont au mot près, je les ai relevées à la réécoute sur le site de France Inter. Ils doivent savoir ça aussi les journalistes aujourd’hui : on peut tout réécouter, ou presque. Et ça fait foi.

Religion, scénographie médiatique. Régis Debray interroge la société des hommes sur son besoin d’imaginaire et de sacralité

Heureusement qu’il a été là, Debray Régis, pour apporter son regard salutaire sur l’assemblée mondialisée d’aveugles et de paralytiques de la pensée. Non pas qu’ils eussent été timbrés, ces papolâtres amassés. Car justement, tel est bien le propos du philosophe que d’observer, d’analyser, de réfléchir en finesse. « Élucider les mystères et paradoxes de la transmission culturelle », c’est ainsi que Debray définit la médiologie, « science » ou branche du savoir dont il est l’inventeur, ou seulement le continuateur, dans la lignée des Victor Hugo, Walter Benjamin, Valéry, McLuhan, …




Avec les comportements religieux, Régis Debray nage dans son élément de prédilection. Le mort du pape l’a donc porté aux anges. Il nous en a un peu (car il se méfie – à juste titre – des médias de masse) fait profiter à la radio et dans Arrêt sur images. Son entretien à Libé lui permet d’aller plus loin ; c’est la force de l’écrit, même si la forme de départ est orale. Parce que l’interview est bien menée. Même si elle démarre mal sur un clicheton de l’air du temps, à savoir la « fameuse prophétie de Malraux sur le XXIe siècle qui “sera religieux ou ne sera pas” ».

Cette ratée de départ n’empêche nullement Debray d’embrayer sur le « mot » en question, à l’origine plus que douteuse et exprimant une totale banalité, pour en venir à la source même du phénomène religieux. Car Malraux « savait bien que la science est incapable de relier les hommes entre eux, et que la mise en relation des consciences les unes avec les autres est... imaginaire ou n'est pas. » Ce qui est en cause ici c’est une forme de croyance autre, sourcée aux Lumières mais forgée au XIXe siècle, selon laquelle la raison, la rationalité viendraient à bout du religieux en tant que manifestation irrationnelle. « C'est un credo assez comique, poursuit Régis Debray, mais ne sous-estimons pas sa force d'inertie parmi nous. Elle sous-tend par exemple le rapport Thelot sur l'école, applaudi par tous, où le fait religieux n'est même pas mentionné, pas plus que le fait artistique ».



Oui mais, cette « émotion universelle » surgie lors de la mort du pape ? « Émotion est un terme passe-partout, dont raffolent les médias pour amalgamer le postiche et l'authentique. Le mot est trop faible pour un catholique pratiquant, qui a ressenti un vrai chagrin. Et trop fort pour le spectateur lambda, simplement impressionné, éberlué par l'émotion des autres, et que le décorum fascine. » Quant à l’universalité, « Osera-t-on noter que le globe moins l'Inde, la Chine et le bloc orthodoxe, c'est un demi-universel ? ».

Et la notion de « communion » ? « Il y a une joie à se rassembler, il y a un bonheur intense à se fondre au coude à coude dans une foule organisée. Notre déficit cérémoniel crée un vide à combler. Les philosophes dans le vent depuis cinquante ans, individualistes et libertaires, antitotalitaires et libéraux, parlent de cette euphorie comme d'une basse et vilaine écume. Ils parlent droits, sexe, langage, liberté, valeurs. Mais plus jamais de fraternité. Communautaire est un vilain mot. Communisme est obscène, où il y avait pourtant communion. Ne parlons pas de la patrie et du Parti. On ne va plus au meeting ni à la guerre. Les rites civiques s'effacent. Alors, que reste-t-il ? Le sport et le pape. Sans oublier le concert rock et les raves parties, miniproduits de substitution pour les jeunes, ou encore les sectes, pour les paumés. Je ne les mets pas sur le même plan, mais l'inconscient collectif fait feu de tout bois. Toutes les communautés consistantes sont imaginaires. »

Debray s’attarde ensuite à montrer en quoi la religion catholique est « médiatique par la force des choses », la seule « à avoir légitimé l'utilisation des images », au risque de « basculer de l'icône vers l'idole. Au lieu de vénérer par l'image visible la réalité invisible qu'elle indique, Dieu ou le Christ, c'est l'image de son représentant qu'on se met à adorer. Et l'idole devient totem. La doctrine s'abîme en scénographie. » Avec cette conséquence en quelque sorte politique : « L'hypervisibilité du Chef ou du Porte-parole agit toujours dans le sens autoritaire, que ce soit au forum ou à l'église, puisqu'elle court-circuite les organes intermédiaires de l'institution.[…] Le lieu de la vérité n'est plus dans l'Écriture, ni dans l'Institution, mais dans la personne du Chef, ce qui est la définition même de la secte.»

L’anticléricalisme éculé apparaît aussi comme un effet de ces dérives, formant avec la bondieuserie exacerbée, ce que Debray qualifie de « couple bourgeois très vieux jeu, increvable. » Le remède pourrait venir d’« une meilleure formation à l'histoire des religions [qui] relativiserait les choses, diminuerait l'effet de sidération produit par la méconnaissance des rituels, des mots latins, des traditions, des organes de la curie romaine, le plus vieux gouvernement du monde. » Il faudrait aussi « déconstruire radicalement » le mot même de religion, « un mot piège, une taie sur l’œil occidental » : « Il y a des religions sans Dieu, et même sans credo. Les Écritures, les dogmes, le clergé, la Révélation n'ont rien d'universel. Ce qui est universel, c'est le sacré ; et l'idée qu'on puisse organiser des sociétés sans référence à un point de sacralité, qu'il soit laïc ou confessionnel, historique ou surnaturel, relève de ce qu'on pourrait appeler, en pastichant Freud, l'illusion antireligieuse des sociétés de marché. »

Poursuivant l’idée de sacralité comme pierre fondatrice de toute société humaine, Régis Debray s’oppose en quelque sorte à l’inanité du politique, et singulièrement celui que nous connaissons : « Non, ni la norme juridique ni l'intérêt économique ne suffisent à créer une consistance collective, un sentiment d'appartenance, ou la sensation d'un destin partagé. Un principe d'unité est indispensable, et ce principe, qui peut être divin ou humain, surnaturel ou mythologique, est nécessairement supérieur au plan d'immanence où l'on se meut. » L’observation englobe le jeu politicien actuel. Je note à ce propos que le débat autour du traité européen – et le traité lui-même, à commencer – manque singulièrement de cette « consistance collective » qui donnerait corps à un sentiment de « destin partagé », en lieu et place d’un code du commerce. *

Enfin, Debray conclut son entretien sur un sujet qui « m’interpelle » et aussi m’éclaire en l’occurrence. J’avais ici abordé la question du phénomène religieux sous l’angle d’un possible ancrage biologique [lire : Mort du pape. Sermon sur une question : qu’est-ce qu’un événement ?]. Debray apporte une nuance de taille sur ce point en distinguant le religieux du sacré, distinction très éclairante, en ce qui me concerne du moins, s’agissant de mieux comprendre le comportement des humains face aux assauts de ce que nous dénommons trop vaguement l’ « irrationnel » : « “Que deviendrions-nous, demandait Paul Valéry, sans le secours de ce qui n'existe pas ?” C'est ce que j'appelle la communion, terme neutre, état de fait, ni bien ni mal. Et dont les religions révélées sont une version tardive, et, dans l'histoire de l'humanité, marginale. »

« La première sépulture connue, précise Debray, remonte à 300 000 ans d'ici –premier indice d'une croyance en l'invisible. Le Dieu unique et personnel remonte à 2.500 ans. A l'échelle anthropologique, l'affrontement des pro-Dieu et des anti-Dieu, c'est aussi intéressant qu'une compétition électorale à Pontault-Combault. On amuse la galerie avec un faux problème. » Ce que j’appelle remettre à l’heure les pendules célestes.

→ Version intégrale sur le site de Libé : Le catholicisme romain a toujours été à la pointe de l'invention médiatique

→ Images : Régis Debray dans la lucarne d'Arrêt sur images.

* Le « débat » Chirac-jeunes à la télé [14/04/05] est à cet égard symptomatique du discours tournant à vide. Vide de sens total.

Chier en plein air, quelle affaire !

Ah ah ! Il n’y aurait pas que le pognon et le cul qui vous intéressent, la merde aussi donc. ;-) Cet article de Libé [16/04/05] part d’un bouquin d’une Américaine consacré à l’essentielle question et intitulé «Comment chier dans les bois» – et en plein air en général (Kathleen Meyer, chez Edimontagne). Le livre datant 1989, édité en France en 2001, on en déduira que l’auteure de l’article, Marie-Dominique Arrighi, n’a pas été saisie à son sujet d’une pressante envie d’écrire. Certes, le sujet demeure d’une universelle permanence.



Mais ne faisons pas le dégoûté à l’heure où la pratique de la rando ressurgit comme les iris du printemps. D’ailleurs, à ce propos, même en retard et avec des giboulées de mars en avril – et de la neige sur le Luberon! –, la saison du renouveau est bel et bien là. Je m’en faisais la réflexion in petto tout à l’heure, gambadant pédibus vers la Victoire (Sainte) et ses terres sublimes constellées de violets et jaunes iris (ma photo-témoin, prise au portable…)

.

Sans parler de cette alouette piaillant de plaisir, enivrée, jouant au yoyo entre les bourrades du mistral. Un vrai et pur symbole d’élévation… Tandis que cet article, taraudant, me ramenait sur le plancher des vaches, là où ça bouse, ça crotte, ça chie. A cause de ces quelques lignes a priori anodines, rien ne serait plus vraiment comme avant.

Avant, ben oui quoi, je me choisissais un coin à l’écart, sympa, confortable, discret à la fois. Et, sans plus de questions, j’y allais. En confiance, croyais-je, comme pour des milliers de générations avant moi, en un même geste ancestral. Inconscient, va ! Ainsi n’ai-je jamais respecté cette injonction de touiller sa merde pour s’assurer d’une décomposition réussie. « Utilisez un petit bâton, recommande le bouquin, un truc que vous pouvez laisser dans le trou, plutôt qu’un outil à remettre à la ceinture ». Quel outil? Je m’ demande bien. Encore un coup d’Amerloque pour nous en boucher un coin. Ils sont tellement obsessionnels de la merde, là-bas aux States, dirait-on, que les touristes qui défilent au Grand Canyon doivent signer un engagement écrit selon lequel ils feront dans des bidons obligatoires. Carton de lait et scotch peuvent convenir. Les bols tupperware aussi, mais au risque d’une explosion du couvercle en cas de surchauffe du méthane. Elle raconte tout ça, la Kathleen.

Autre question prégnante : celle du PQ. L’enfouir avec le reste ? Surtout pas !, ordonne la papesse du bien chier. Sauf si c’est du bio (dégradable), à 3,50 euros les deux rouleaux [au Vieux Campeur], ce qui incite à l’économie, voire à l’avarice. D’ailleurs, on est bien là au cœur du sujet : la merde et l’argent, c’est kifkif disent les psy – l’odeur en moins. Là, on s’égare. Donc le PQ ? Le brûler, dit-elle. Ah ouais ?; et les risques d’incendie, et la couche d’ozone ? Bien, alors y a pas à tortiller (du cul): tout rapporter à la maison. Et là, procédure habituelle, les stations d’épuration se démerderont.

Problème aussi en zone froide, et en particulier en altitude : pas ou peu d’activité bactérienne. Quasiment les merdes éternelles. « Sur l’Everest, depuis une dizaine d’années, les grosses expéditions sont astreintes à redescendre leur merde », dit le bouquin. Ce qui ne fait que déplacer le problème à Katmandou. Comment on dit merde déjà, là-bas ? Ah oui : shit.

En tout cas, et ça nous ramène au fric : à un million et demi d’exemplaires, son bouquin est devenu un best-seller mondial. En France, il est à 11 euros les 140 pages. S’emmerde pas. Avec ce que j’en dis ici – gratos –, on doit pouvoir s’en passer. Et, mine de rien, dans son coin, pénard, chier sans se faire chier.

Note de l’auteur : en parler sans détour et sans en… faire des kilos. Une gageure.



Nouvelles du front. Le sort des journalistes reflète de près l’état du monde

Certes, je ne suis pas le dernier à dégoiser sur la presse et ses abus. Pas le seul non plus, heureusement. Il le faut en nos contrées où les délires médiatiques sont à l’image de nos sociétés gavées de tout, surtout de produits frelatés. Pour autant, je ne manque jamais de dire que, même avec ses abus, les inconvénients de toute presse valent mieux que pas de presse du tout… Pour s’en convaincre, au besoin, ces quelques exemples venant non pas des zones de guerre ouverte mais du « front » plus lointain, là où des journalistes du quotidien travaillent au péril de leur liberté et aussi de leur vie.



L'IFEX (Échange international de la liberté d'expression), basé à Montréal, œuvre à défendre et à promouvoir la libre expression via un réseau mondial de 64 organisations. Son bulletin hebdomadaire est des plus inquiétants sur l’état du monde. Au sommaire :

→ Mexique. Des journalistes visés par les trafiquants de drogue
→ Colombie. Un climat de peur étouffe les médias à Cúcuta
→ Haïti. Un journaliste tué
→ Philippines : Les chiens de garde de la liberté de la presse sont traités d'«ennemis de l'État»
→ Népal : Un rédacteur en chef meurt de ses blessures


Mexique. Des journalistes visés par les trafiquants de drogue

Au Mexique, les journalistes courent de graves dangers s'ils décident de couvrir le trafic de drogue. En 2004, deux journalistes ont été assassinés dans les villes de Tijuana et de Matamoros à cause de leur travail. La semaine dernière, un rédacteur en chef a été abattu, un chroniqueur judiciaire a échappé de peu à une tentative d'assassinat et un correspondant spécialisé dans le trafic de drogue est disparu.

→ Voir aussi un article du Time Magazine sur les trafiquants de drogue qui sèment la peur le long de la frontière Mexique-Etats-Unis.


Colombie.