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Le P'tit coin

undefinedUn VRP en aspirateurs, flairant le bon client, ne demande surtout pas à ouvrir le placard à cadavres. C'est con et mal élevé. En Tunisie aussi. [29/4/08]


Voici donc le temps des meaculpistes, politiciens qui se la battent à coups de tambour médiatique. C'est nouveau, ça vient d'Amérique. Sondages attendus. [28/4/08]


Qui a dit : «Mieux vaut être à l’aise dans ses baskets qu’à l’étriqué sur ses talonnettes » ? Indices : télé, journalistes, Élysée… Ouah ! trop fastoche. [24/4/08]


Le voilà à la Martinique avec «ses airs» de procureur contrit. Si seulement il avait honoré la dépouille de Senghor. [20/4/08]


Ici Londres. Le président nouveau lance son appel à résister… au «capitalisme de la frivolité». Il y aurait aussi un capitalisme bling-bling? [28/3/08]

Consul à Washington ou aux Anges, il y a des déportations plus douloureuses. À la villa Médicis, par exemple. Il suffit de le mériter. [17/3/08]

A pleines louches dans la potion magique, le député-maire Assedix s’est fait pincer par le Canard. Oui, mais il va rembourser. Le brave homme. [20/2/08]

Paroles de Lui, sur la réforme de la télé : « Le rêve c’est bien…, mais la réalité c’est mieux ! » Vraiment mieux ? [20/2/08]

lI dit qu'il n'a pas dit ce qu'il a dit et que l'on a compris autrement ce qu'il a voulu dire. Laïcité ou élasticité ? [14/2/08]

La BNP claironne ses 7,8 milliards de bénéfice, en gros l’équivalent du trou de la Générale. Bon sang, mais c’est bien sûr ! [30/1/08]

Faire le ménage dans la finance, ce serait moral. Et tout bénef pour le fameux « moral des ménages». [30/1/08]

Tyran d’Indonésie, Suharto est mort dans son lit. Matière à édito : Les dictateurs finissent toujours par mourir, pas les dictatures. [27/1/08]

5 milliards partis en fumée… L’argent fou. Comme la Société, en général. [25/1/08]

Y a pas photo : 30 ans de militance avec les Padak et autres, ça ne vaut pas un bon coup de Ben Laden. [5/1/08]

Avant, il n’y avait pas de politique. Ni l’eau tiède, ni la poudre, ni même le bouton à quatre trous. Même pas la civilisation. [3/1/08]

Le baril de pétrole à 100 dollars. Mais attention, c’est du brut léger. Du Dom Pérignon. Bonjour les radars ! [2/1/08]

Interdit de fumer dans les bistrots. À côté de la pollution planétaire par cheminées d’usines et pots d’échappement, c’est une mesure clopinette. [2/1/08]

Aïe aïe aïe ! Ce n’était que de l’ «urgence». Voilà qu’il nous annonce l’ «essentiel» et même la «civilisation»… Vivement 2009. [1/1/08]

Je le croyais au Vatican, il est à Kaboul. Enfin… il est déjà parti. Tiens il repasse par ici. Ah non, par là! Sacré speedy, tu nous rends maboules. [22/12/2007]

Oh, rien… juste pour dire mon étonnement à propos du séjour parisien de Khadafi: pas une manif, pas le moindre entartage. Est-ce encore une époque? [21/12/2007]

••• Ça saute aux yeux: le P'tit coin se trouve à l'abandon, pas entretenu comme "avant". Parce qu'"avant" c'était mieux, non? ••• [10/12/2007]

Les pétroliers vont «lisser la hausse des prix». Excellent pour «fluidifier les rapports sociaux». Sans nous prendre pour des cons. [10/11/2007]

Enfin une bonne nouvelle : François Hollande candidat aux cantonales en Corrèze. [10/11/2007]

Rabat, Ajaccio, N’Djaména, Le Guilvinec, Washington. Et un petit coup de Colombey pour la route. Ça mange pas d' pain. [09/11/2007]

En vedette américaine, il s’est pris pour La Fayette et John Wayne. Ce ne fut que Christian Clavier dans une resucée des «Visiteurs en Amérique». [08/11/2007]

Tout compte fait, rectif : pas 140 mais 170%, l'augmentation de la paie de l'omniprésident. Il le mérite bien, le pauvre. [08/11/2007]

+140% d'agitation = +140% sur la paie. Chose promise chose due. Où est le problème? [31/10/2007]

Ce Lagardère junior, t’as vu, quel panache! Même pas peur. De la trempe de ceux qui savent: cette race des initiés. [26/10/2007]

Bien joué,
les rosbifs et les pumas!. Essai transformé contre une coupe trop pleine de récup’
politicarde. Toujours ça de gagné. [20/10/2007]

Entre nous, même pas question de divorce : ni mariés ni pacsés, rien. Une affaire arrangée pour cinq ans, renouvelable en plus. C’est ta faute, Marianne. [19/10/2007]

Son prochain boulot de ministre va-t-il lui «plaire»? Quand on s’appelle Laporte, on peut l’ouvrir. Ou la fermer. [17/10/2007]

Le Nobel de la Paix au GIEC et à Al Gore. W fait la gueule. Qu’on lui attribue celui de la Guerre ! [12/10/2007]

Et revoici le «détail» qui tue, version Fillon-ADN. Là, paternité connue, pas besoin de nouveau prélèvement. [07/10/2007]

Sarkozy est aussi bon prince. Il a passé commande à Colombani d’un rapport sur l’adoption. Et il va lui confier les clés de la fondation «Orphelins du Monde». [05/10/2007]

Le droit des affaires? Bon exemple d’oxymore, cet alliage de deux mots contradictoires. Pas poétique pour deux ronds? Question de prix. [05/10/2007]

Le FMI, voilà une boîte qui paie : 28.000 euros par mois. Ouais, pas mal. Hein? pas imposable? Ah?… alors là, faut voir… [29/09/2007]

Le Monde : «L'Élysée et Matignon divergent sur l'économie». Desproges : «Dix verges, c’est beaucoup!». [24/09/2007]

Villepin-Clearstream : 50.000 € de caution au lieu de 200.000. C’est la justice au rabais. [21/09/07]

1) Borloo sifflote sur l’air du non aux OGM. 2) Bové opine. 3) Bruxelles dit niet. 4) Sarko empoche la mise, avec Monsanto. Bravo qui ? [21/09/07]

– Après la jachère, tu cultives quoi cette année? – Du résultat. – Ah? Et ça rapporte? – J’en sais rien, pas encore récolté. [19/09/07]

Rien de bon, tout à jeter. Comment avons-nous pu vivre sans Lui. Comment notre pays et notre République ont-elles pu exister jusqu’ici ? Mystère. [19/09/07]

Jospin-la-débine. Jospin-la-défausse. Et aussi la bignole. Qui voudrait «nous» sortir de l’Impasse. Sur ce point au moins il sait de quoi il cause. [17/09/07]

Ancien combattu d’irak, Kouchner se concocte une revanche en Iran. "Il faut se préparer au pire" a déclaré le French va-t-en guerre. Non, W, t’es pas tout seul! [17/09/07]

En quête de «convergences à gauche», Hollande propose des «assises». Comme saint-François? C’est à dormir debout. [14/09/07]

Trop bas rendements dans les expulsions, déplore Hortefeux: «On est, en tendance, légèrement en dessous de l'objectif». Des préfets risquent leur prime de Noël. [12/09/07]

Si à l’Est, si à droite, si sarkozienne: Strasbourg valait bien une messe. Ce sera un conclave. [07/09/07]

Éric Besson favorable à la TVA sociale que le gouvernement met sous le boisseau. On est socialiste ou on ne l’est pas. [05/09/07]

Pour un vrai remaniement, bordel : Hollande à Matignon, Montebourg place Beauvau, Ségo à l’Élysée, non mais ! Et p’tit Nico direct au Panthéon. [29/08/07]


Dico politico : «Gouverner - v. tr., 1 - Vx Art de touiller le pastis. 2 - Vx –> Slogan : “Un Rocard sinon rien”». [29/08/07]


Dico diplo : «Un Gaffeur sans frontières (GSF) est un Kouchner oubliant de tourner sept fois (au moins) sa langue avant de devoir s’excuser». [27/08/07]


Le maire UMP d’Argenteuil a un «certain» flair politique mais zéro sens pratique. En effet, si «Malodore» pue plus que les SDF, quel intérêt ? [26/08/07]


Le pain va augmenter de 5 à 8 %. Enfin la baguette plus joufflue, plus miam-miam ! Avec les jeux à 100%, le peuple est comblé. Merci qui ? [26/08/07]


Hier, le Texas a exécuté son 400e condamné à mort depuis 1976. Trois autres sont dans «le couloir». W est grand, les USA aussi et dieu encore plus.
[23/08/07]


Le Monde : «M. Kouchner a pris la mesure de l'“intolérance” en Irak». Les voyages forment la jeunesse diplomate. [22/08/07]


Max Roach, exit. Le Président-de-tout n’a encore pas donné de la grosse caisse? Pourtant batteur et bateleur, ça pourrait faire du bruit. [17/08/07]


Les Sages censurent un bout du “cadeau fiscal”. Mais “le gouvernement tiendra les promesses du président”, a dit Fillon. Coup d’État annoncé? [17/08/07]


La canicule des pécules. La Bourse de Paris à son plus bas niveau de l'année. Speculat nec mergitur ? [16/08/07]


Serrault, Bergman, Antonioni… je vois… Mais Lustiger, il a tourné dans quoi déjà ? [07/08/07]


Serrault, Bergman, Antonioni… Non mais c’est quoi ce cinéma ? [31/07/07]


L’histoire d’un mec… Qui rencontre un bédouin dans le désert. Par hasard. «Tu m’achèterais pas une centrale nucléaire? » « Ben si, tiens ! » Et voilà. [26/07/07]


+ 17 % d’imposés à l’ISF en un an. Riches et mécontents, ils sont de plus en plus nombreux à être doublement malheureux. Misère ! [21/07/07]

Le Monde du jour titre plein pot à la une : «Google creuse l'écart avec Yahoo!» Le dopage sur le Tour… sale affaire.
[20/07/07]


Le 17 juillet 1967, John Coltrane « cassait son saxo ». Il n’avait que quarante ans. Et ça fait quarante ans ce jour. Il n’a pourtant cessé de jouer. [16/07/07]


Légion d'Honneur à Mme Devedjian. Motif, selon Sarkozy : A « accompagné une carrière brillante, celle de Patrick». Fermez le ban. [14/07/07]


Un examen en pleines vacances, pas drôle du tout. Réviser ses notes, machiner des anti-sèche. Pauvre Villepin. [11/07/07]


20 % à 30 % d'abattement de l'ISF sur la résidence principale. Ce n’est que justice, les SDF bénéficiant de l’abattement total. [11/07/07]


La messe en latin, bof… Pourquoi pas en chinois, en hébreux, en lingala ? Mais pour un meilleur obscurantisme, rient ne vaudrait le braille. [10/07/07]


Elle avait dédaigné la carte d’électrice de la République. La bleue «Trésor public» lui convenait mieux. Après deux repas, elle a dû la rendre. Indigestion? [05/07/07]


Recette Danone de capitalisme diététique : se faire du beurre en dégraissant les P’tits Lu. [04/07/07]

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De Gorge profonde, de l’investigation et des sources, du journalisme, etc.

Quelques réflexions à propos de la mise à nu, hier aux États-Unis, de "Gorge profonde", l’informateur des journalistes du Washington Post qui, en révélant l’affaire du Watergate, a provoqué la chute du président Nixon, en 1974.

1) Le plus beau, peut-être, dans l’histoire concerne la protection de la source, qui aura donc tenu plus de trente ans – et n’aura été levée qu’à l’initiative du premier intéressé, l’auteur de la fuite, Mark Felt, ancien directeur adjoint du FBI.

Le plus beau et le plus important du point de vue du journalisme et de l’application d’un principe fondamental, sur lequel la profession ne devrait jamais céder. C’est l’une des premières conditions d’exercice du métier d’informer, surtout dans l’ordre du contre-pouvoir. Bob Woodward et Carl Berstein n’auraient évidemment pu mener leur enquête à terme s’ils avaient enfreint cette règle. Qu’ils ne s’en soient jamais déliés, eux et leur rédacteur en chef, Ben Bradlee, est tout autant à leur honneur.


1974 : l'affaire éclate, les jours de Nixon à la présidence sont comptés.

À l’inverse les pouvoirs – dans tous les régimes d’ailleurs, dès lors qu’un scandale se profile à l’horizon et provoque des accès d’autoritarisme –, n’ont de cesse de combattre cette protection des sources. Si Mark Felt s’était fait poisser, non seulement il aurait salement payé mais c’en aurait été fini pour un sacré moment de toutes les autres éventuelles et ordinaires Gorges profondes… Tel est l’enjeu de la protection de toute source d’information sensible.

2) Un informateur a toujours une motivation personnelle – il est rarement, voire jamais, désintéressé. Nick Jones, son petit-fils estime dans le magazine Vanity Fair que Mark Felt «est un héros américain, qui a été bien au-delà de son devoir et a pris de grands risques pour sauver son pays d'une injustice horrible.» Mais, comme l’explique Woodward sur le site du quotidien de Washington, Felt a aidé le Post à une époque de très forte tension entre la Maison Blanche et une grande partie de la hiérarchie du FBI. Il espérait être promu à la tête du FBI, quelques semaines avant le "cambriolage" à l'origine du scandale du Watergate.

Selon l’AFP, la famille du vieil homme (91 ans), apparu brièvement sur le pas de sa maison californienne sous les sunlights des caméras de télévision [ci-dessous], assure qu'il ne cherchait pas à démolir le président Nixon.


En regardant une émission télévisée sur le Watergate, sa fille Joan raconte dans le magazine Vanity Fair avoir délibérément demandé à son père, à la troisième personne: "Est-ce que tu penses que Gorge profonde voulait se débarrasser de Nixon?" "Non, je n'essayais pas de le descendre", a répondu Felt, insistant qu'il "ne faisait que (son) devoir".

3) Pourquoi « Gorge profonde », au fait ? « Deep Throat » était le titre d’un film porno très hard pour l’époque : 1972. C’est le nom de code qui serait venu aux journalistes du Post… Sortaient-ils du ciné quand ils furent contactés par leur informateur ?… Tout ça pour relativiser aussi le mythe Berstein-Woodward – non pas pour minimiser leur travail, qui est d’indéniable valeur, mais pour faire ressortir le fait que le journaliste ne crée pas l’information, surtout quand elle lui est apportée « sur un plateau », comme c’est le plus souvent le cas dans des affaires qui remontent au cœur des institutions, des entreprises et a fortiori de l’État. Toutes ces copies de documents aboutissant au Canard enchaîné, par exemple, en France, ne tiennent pas qu’à la sagacité de ses journalistes. C’est notamment leur capacité à recouper et vérifier ces informations qui pourront ensuite créer l’événement. Et aussi, on y revient, le souci affirmé de la protection des sources.


1972, le film porno secoue l'Amérique pudibonde. 1974, l'affaire politique. 1976, Hollywood récupère.


Pour dire aussi que le « talent » d’un journaliste, c’est souvent sa réputation de sérieux qui le constitue, mais aussi le coup de bol. Le fait d’être là au bon moment comme, par exemple, lorsque Escaro, dessinateur et administrateur du Canard passe un soir devant le journal, voit de la lumière par une fenêtre, décide d’aller éteindre la lampe oubliée… et tombe sur les fameux « plombiers » de Giscard : un Watergate à la française, un canardgate évidemment…

4) Rappel : Le nom de Mark Felt avait déjà été évoqué dans les nombreuses enquêtes menées sur le Watergate, avec ceux de l'ancien chef du FBI Patrick Gray, de l'ancien secrétaire d'État Henry Kissinger, et même de l'ancien président George Bush, père de W.

 

En nommant Sarkozy, Chirac s’assoit sur la Constitution française !


Par Laurence Américi

Le discours de Chirac ce soir m'a poussée vers le clavier. Voici un président de la République française qui s'adresse très officiellement à ses concitoyens et qui annonce qu'il a choisi un Premier ministre et... un ministre de l'Intérieur. « Dans un esprit de rassemblement, a-t-il en effet déclaré, j'ai demandé à Nicolas Sarkozy de rejoindre le gouvernement comme ministre d'Etat, ce qu'il a accepté ». Et nos bons journalistes de télévision de nous servir les sujets attendus sur ce pauvre Raffarin qui s'en va et sur le bel aristocrate qui s'en vient. Rien ne les choque, rien ne les dérange et l'on passe au titre suivant...

Pour ma part, je quitte mes fourneaux et je cherche nerveusement dans ma bibliothèque le bon vieux GF-Flammarion Les constitutions de la France depuis 1789 qui a si souvent éclairé ma lanterne. Et là, bien entendu, je retrouve l'article 8 de la Constitution de la Ve République : "Le président de la République nomme le premier ministre. Il met fin à ses fonctions sur la présentation par celui-ci de la démission du gouvernement. Sur la proposition du Premier ministre, il nomme les autres membres du gouvernement et met fin à leurs fonctions."

Ce n'est pas un détail, cette procédure. Le Premier ministre est chargé de composer un gouvernement. Article 20 : "Le gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation." Et c'est collectivement que ledit gouvernement est responsable devant le Parlement, comme cela est précisé aux articles 20, 49 et 50.

Mais Jacques Chirac lui, de cela, il s'en fiche. Il nomme un Premier ministre et un ministre de l'Intérieur parce que là, pour son boulot de maintenant, ça l'arrange. Que ce soit contraire à la Constitution ça n'a pas l'air de le déranger et il aurait tort de s'en priver, puisque les journalistes ont l'air de prendre ça si bien.

Ou peut-être se trompe-t-il de Constitution? Il y en a bien une selon laquelle "les ministres ne dépendent que du chef de l'Etat ; ils ne sont responsables que, chacun en ce qui le concerne, des actes du gouvernement; il n'y a point de solidarité entre eux". C'est la Constitution du 14 janvier 1852, qui n'a pas tardé à devenir la Constitution du Second empire.

Je ne vais pas m'étendre ici sur l'imbroglio institutionnel. Imaginons une motion de censure à l'encontre du gouvernement et le ministre de l'Intérieur qui dise: mais moi, j'ai été choisi directement par le président, je ne suis pas tenu d'être solidaire. Je laisse aux gens dont c'est le métier la tâche d'analyser les implications de cette entorse à la règle constitutionnelle.

Ce que j'en retiens, pour ma part, c'est un éclairage sur la campagne pour le oui.

J'étais surtout embêtée par deux points dans le projet de Constitution européenne: d'une part il ne précisait pas à qui appartenait la souveraineté (ce qui me semblait absurde) et d'autre part il n'appliquait pas la séparation des pouvoirs (ce que je trouvais dangereux). Dans ces conditions, j'avais du mal à comprendre et à accepter le discours dit "social-démocrate" selon lequel il fallait tolérer ces imperfections, par esprit de compromis.

Mais quel compromis? Fallait-il croire en l'existence en Europe de Nations où la souveraineté ne serait pas définie et où la séparation des pouvoirs ne serait pas garantie? Alors que nous savons que des institutions démocratiques sont indispensables pour entrer dans l'Union? Les insuffisances de la politique sociale dans le texte relevaient d'un autre débat: il n'y a pas lieu d'y avoir une quelconque politique dans une constitution. Mais si les pouvoirs y sont mal définis, alors elle est mauvaise et je la vote pas. C'est tout.

Et je comprends ce soir pourquoi cela n'inquiétait pas Chirac et si peu les autres hommes politiques (favorables ou hostiles au projet de traité). Une constitution, pour Chirac, c'est juste un catalogue de bonnes intentions pour la galerie. Si la constitution le dérange, il l'oublie et fait à sa guise... On aurait aussi bien pu faire pareil en Europe, non?

Toute plaisanterie mise à part, il me semble que ce qui se joue c'est la fonction de la loi dans nos États. Une règle universelle ou bien un contrat, qui évolue quand les partenaires l'acceptent mutuellement. Nous sommes là au coeur du libéralisme: tout se discute, dès lors qu'un compromis est possible, cela vaut droit. Notre constitution (que l'on peut difficilement accuser d'être trop démocratique) relevait d'une autre conception du droit, d'une autre idéologie, que l'on peut dire républicaine, pour faire vite.

Faut-il vraiment parler de cela au passé?

Je suis un peu en colère ce soir, mais je suis aussi bien curieuse de voir ce que cela va donner... D'autant plus qu'il est peu probable que cela finisse en fête impériale, que je vois mal Bernadette en Eugénie et que je me vois moins encore en fédérée...

Serge prend L'Express Dassault. Les journalistes menacent d’une grève


Serge Dassault, proprio de L’Express mais sans réel pouvoir sur le contenu, a dû recourir ce mardi matin [31/05/05] à un putsch, par lequel il a nommé un de ses proches, Rudi Roussillon, à la présidence du conseil de surveillance du magazine, contre l'avis du directeur de l'hebdomadaire, Denis Jeambar.

Les choses étaient dans l’air, ces dernières semaines – et en fait depuis le rachat, l’an dernier, par le marchand d’armes et d’avions qui rêvait de mettre au pas de ses « idées saines » cette rédaction trop rebelle à son goût.
On peut parier que c’est le dernier numéro [ci-dessous] et en particulier le violent réquisitoire de Denis Jeambar contre Chirac et ses dix années au pouvoir qui a été le détonateur.



Dassault, excédé par la ligne anti-chiraquiennes du magazine, a aussi songé à revendre l’ensemble du groupe Express-Expansion (Expansion, Lire, Classica et l'Entreprise). Des négociations sont en cours avec Roularta, premier groupe média en Belgique (magazines, journaux gratuits, télévision et radio).

Le conseil de surveillance de «L'Express», garant de son indépendance éditoriale, était jusqu'ici présidé par Jacques Duquesne. Mais ce dernier, ayant atteint la limite d'âge, devait le quitter. C'est à l'occasion de son remplacement qu'intervient cette reprise en mains du journal. Les autres administrateurs indépendants du conseil de surveillance, parmi lesquels Bernard Bruhnes et Jean Peyrelevade, ont été écartés et remplacés par des proches de Dassault.

Avec 120 oui et 9 non, les journalistes réunis à l'appel de la Société des Journalistes (SDJ) de l'Express ont voté mardi le principe d'une grève à partir du 2 juin et adopté une motion dénonçant « le coup de force » qu'ils qualifient de "diktat".

[Ça me rappelle quelques souvenirs, me trouvant à L’Express lors de sa reprise par James, dit « Jimmy », Goldsmith, hommes d’affaires franco-britannique et chantre du libéralisme – décédé en 97. Il n’était alors pas parvenu totalement à faire du journal sa danseuse soumise. Mais il l’avait quand même bien mis au pas, notamment avec la nomination à la rédaction en chef de son homme lige, Jean-Paul Pigasse, des plus marqués à droite, provoquant des départs en séries, dont le mien… Curieux destin que celui de cet hebdo au passé glorieux – encore honorable d’ailleurs à bien des égards –, tellement convoité par des affairistes en quête d’image, de notoriété, de représentation…].


Scoop : la composition du nouveau gouvernement



Un motard apporte à l'instant à la rédaction de "c'est pour dire" une dépêche secrète dont l'embargo vient d'être levé. Nous sommes donc en mesure d'annoncer la composition du nouveau gouvernement, en exclusivité et avant tout le monde ! Mesdames et messieurs, c'est bel et bien ce qu'on appelle un scoop.

 

Voici donc, telle qu’elle sera annoncée tout à l’heure sur le perron de l’hôtel Matignon par BlaBla, porte-parole du gouvernement et ministre de la communication, la composition du gouvernement qui succédera à celui de Jean-Pierre Raffarin, envoyé en ressourcement idéologique dans une chèvrerie du Poitou.

Premier ministre : Fraise des Bois

Ministre d’Etat, ministre de l’intérieur et des affaires obscures : Fernand Mondain,

Ministre des questions féminines : Aurore Hrundi,

Ministre du tourisme et des affaires voyageuses : Argoul

Ministre de l’instruction publique du gai savoir : Comme de l’eau

Ministre du Temps libre : Zérotonine au chômage

Ministre de la Solidarité et des compagnons d’Emmaüs : Alain Rabelais

Ministre du travail : 35 heures

Ministre des transports et de la transcendante lumière : Professeur Hrundi

Ministre des médias et des autoroutes de l’information : Gérard Ponthieu

Ministre de la rue et des canaux parallèles : Au reporter du coin

Ministre de la photo, du théâtre et de l’underground : Céline CKCK

Ministre des urgences et des affaires bourguignonnes : JLHuss

Ministre de la condition parentale : Philippe, le papa de Philéas

Ministre du golf et de la protection animale : Laurence Bourrique

Ministre des autres sports : Marie-Georges Buffet

Ministre des fleurs et de la rue d'où suis-je : Dibrazza

Ministre des Jeux télévisés : Tivigirl

Ministre des mystères littéraires : Je paraissais

Ministre des relations avec le Luxembourg et Babylone : Yann Hoffbeck

Ministre des images et du rêve : Ossiane

Secrétaire d'Etat à la décoration intérieure : Siluis

Secrétaire d’Etat à la création muséale : Lunettes rouges

Secrétaire d’Etat à la tapisserie d’Aubusson : Michel Moine

Secrétaire d’Etat à l’apprentissage de l’esperanto : Parole à Tous

Secrétaire d’Etat à la botte du gouvernement : UU

Portraitiste officielle du gouvernement : Virgile

Chef cuistot : Engerbert

Merci de votre attention et bonne chance pour la France !
Pcc : signé Fraise des Bois, Premier ministre

--> Ndlr : Je n'ai rien demandé mais je ne refuse pas, par lestemps qui courrent. D'autant que mon programme concernant lesautoroutes (de l'info) ne sera pas bien dur à mettre en place. Il serésume en effet par la formule célèbre de Machin Mac Lucarne : "Le faux est l'info. L'info est le faux qu'il faut. ".

--> Ndlr 2 : Enfin un gouvernement de changement ! Enfin la vraie "nouvelle impulsion" !

--> Ndlr 3 : Certes, tout ça est un peu "private joke" de blogochose. Bon, mais on est si peu payés…

55 / 45. Ça devrait aussi barder dans les rédactions !


L'accès aux blogs – en tout cas à "c'est pour dire" – a été, semble-t-il, impossible ce 29 mai sur lemonde.fr [qui n'a donné fourni aucune explication], je me replie donc sur le bien dénommé "c'est pour dire+plus+". Je reproduis ici l'article paru vendredi 27 sur mon blog jusqu'à maintenant inacessible en écriture.

Le 30 mai. Gueule de bois dans les médias aussi ?

Quels que soient les résultats du référendum, à partir du 30 mai ça va continuer à chauffer ! Pas seulement dans les partis déchirés. On peut imaginer (espérer ?) aussi que ces lendemains ne seront pas sans remous dans de multiples rédactions emportées, bon gré mal gré, dans la tourmente du parti pris, voire de la militance éditoriale. Y aura-t-il là aussi, dans les radios, télés, journaux dits d’information, des «recompositions»? En tout cas, un débat nouveau va s’engager à la faveur – si on ose dire – de la crise de la presse et du journalisme.

 

Quelques questions ne sauraient être longtemps évitées – dont, bizarrement quelques-unes, basiques, autour du fait d’informer : Qu’en est-il de la fameuse séparation entre faits et commentaires ? Quid également du droit du public à l’information ? Et encore, qu’en est-il donc de ces « principes constitutifs » du métier de journaliste : impartialité, quête d’objectivité, indépendance ?

 

Autrement dit, en termes de bilan autour de ce référendum : En quoi et comment les médias dits d’information, auront-ils contribué, ou non, à éclairer la lanterne du citoyen sur son avenir d’Européen ? Pourquoi, au nom de quels intérêts supérieurs, les directions des médias dominants ont-elles entraîné leurs rédactions dans des choix contraires, non seulement à l’éthique professionnelle, mais encore aux intérêts économiques des entreprises et à l’avenir de leurs salariés ? Car faut-il rappeler le contexte économique déplorable dans lequel se trouvent la plupart des entreprises de presse – la presque totalité des quotidiens, notamment – tient en grande partie à la perte de confiance de leurs lectorats.

 

Cette perte risque d’être telle aujourd’hui qu’elle pourrait même se transformer en défiance. Et cela alors même que de nouveaux canaux d’information se mettent en place de manière accélérée – en particulier autour de l’internet et des blogs, c’est bien le lieu d’en parler ici ! –, appelant à une probable révolution des systèmes d’information. Nous en sommes à la veille, si elle n’est pas déjà en marche, appelant à la mobilisation intellectuelle une profession quelque peu abasourdie par les incertitudes hypothéquant son avenir.


Jour d’après. L’Apocalypse ! prédit Jean-Marie. Masochisme ! renchérit Serge


La claque n’est pas que pour les politiciens amers. Elle semble plus vive encore pour certains éditorialistes ; elle est même exactement proportionnelle à la ferveur du jour d’avant, déjà désespérée mais, il est vrai, encore un peu généreuse. Du moins dans le semblant. Aujourd’hui, la bile déborde des stylos annonciateurs de gémonies et d’apocalypse. Ainsi en est-il notamment pour Le Monde et Libération. Commençons par le premier.


Ainsi Jean-Marie Colombani, dont l’édito du jour d’après [daté 31.05.05] s’intitule « L’impasse ». Le directeur du Monde ne décolle pas de son ras des pâquerettes vengeur. Il a la rancune tenace, notre balladurien frustré, qui voit s’éloigner ses idéaux et ceux de ses intimes, les Minc et autres chantres du Marché en folie, des échéances pourtant programmées, par lui portées, colportées, quasi trans-portées par une rédaction apparemment à sa botte et toute tendue vers le But, comme la Mère des batailles.

Et de surcroît, pas beau joueur, il dénie au Peuple – cette notion ringarde – sa capacité de juger, voire de lire un texte, il est vrai imbuvable :

« Personne ne prétendra, écrit-il, que les Français se sont livrés à un pur exercice d'exégèse et qu'ils se sont prononcés pour ou contre le traité constitutionnel en raison de tel ou tel de ses 448 articles. » D’ailleurs, cela compte peu puisque « les termes dans lesquels il est rédigé ont moins d'importance que l'attrait de ce qu'il promet. » D’où ce constat à la lame de guillotine : « Le rejet du traité constitutionnel révèle, d'abord, qu'une majorité de Français n'a pas, ou n'a plus, envie de l'Europe.»

Est-ce là prendre un tant soit peu de hauteur pour que le directeur du quotidien qui se dit « de référence » manque à ce point de pertinence, voire d’honnêteté ? Quel aveuglement, venu de quelle frustration, lié à quelle perte d’intérêt peut-il justifier un tel déni politique ?

Colombani n’a d’yeux, certes révulsés, que pour de Villiers, comme s’il représentait et concentrait en lui seul l’entièreté du peuple – il est vrai informe, illettré et abruti par les (faux) exégètes du Traité et partisans du non : « Tel était, en effet, le message du non. Peu importaient les motifs, pourvu que l'on vote non. »

Et de poursuivre : « La vérité est que la seule Europe possible est celle que les Européens sont prêts à faire ensemble. » Lui détient la Vérité, qui n’a qu’une face, elle, tandis que les Européens se définissent par ceux-là qui se reconnaissent comme tels ! Je rêve devant tant de banalité généralisante, totalisante, total… Je me retiens. Mais pas lui, qui donne un coup de pied rageur dans cette fourmilière qui aurait pu être son beau joujou : « Il est à craindre qu'il n'en reste plus grand-chose aujourd'hui. »

J’ai encore relevé ça : « Le non est aussi la victoire d'une protestation tous azimuts. Comme si nous devions vivre désormais dans une démocratie du mécontentement généralisé. » Comme si en effet, des gueux au chômage par millions empêchaient l’« establishment » de prospérer dans son luxe. J’emploie à dessein ce mot de Le Pen. Alors qu’en parlure politiquement correcte, on ne doit pas dire qu'un Le Pen aurait pu poser de bonnes questions, même si on redoute surtout ses réponses. Parce que ça peut vous revenir dans la tronche, par le biais d'un édito revanchard. Je ne roule pas pour autant en Fafa-mobile ! Parce qu'on peut même avoir décidé et écrit que nous aurions été "tous des Américains", et que ça n'interdirait pas de se rattraper à l'occasion. Parce que seuls les imbéciles, etc.

Car l'"establishment", comme dit l'autre et bien qu'il le dise, ça existe. Je crois même qu'il a assez exactement « coagulé » cette partie dite élitiste du camp du oui, très représentée dans les médias – ceci expliquant cela quant à la surreprésentation du "oui" dans les gazettes et sur les ondes.

Quoi le chômage ?! Oui, bon, il est certes « insupportable », mais pas de quoi en faire « un reproche adressé à l'Europe » ! Quelle ingratitude, en effet : « Peu importe que le marché unique, le tarif extérieur commun, la libéralisation des échanges et, dans leurs limites, les politiques communes aient permis de créer ou de sauvegarder des millions d'emplois. »

Voilà bien là l’aveu, la marque de l’ultralibéralisme à l’œuvre jusque dans les têtes « bien pensantes » qui, elles, raisonnent en termes macro-économiques en tirant des plans sur la comète macro-sociale. J’entends encore Pascal Lamy [désormais patron de l’OMC…] dire dans le poste, à propos des « inévitables délocalisations » qu’« à terme » l’emploi y gagnerait… A terme ! Lui qui n’a d’autres angoisses que celle de ses fins de mois de riche parvenu aux gouvernes du monde empifré !

Voilà bien là l’establishment qui parle sans méfiance, comme de bonne foi…, compatissant à la misère du monde dont on finira bien par venir à bout. A terme…

Et regardez ce qu’il va encore jusqu’à instiller de perfidie, le patron du Monde – je souligne à nouveau : « Quoi qu'ils en disent, en effet, les anti-européens de gauche n'ont pas seulement additionné leurs voix avec celles de Jean-Marie Le Pen et Philippe de Villiers. Ils ont mêlé leurs voix. Et certains arguments ont circulé, de la droite nationaliste à la gauche radicale. »

Je mets donc les points sur les i : J’ai voté non – on s’en serait douté. Au nom de l’Europe, qui n’est certes pas la même dans tous les cœurs. En quoi je n’ai rien mêlé avec les affreux. Et je ne laisse personne m’insulter sans réagir vertement ! Surtout si la plume trempe dans les bruits de chiotte !

Au fond, ce qui m’attriste et me révolte dans cette attitude, c’est sa sécheresse de cœur, oui, doublée d’un absence de grandeur. Mais quel peut donc bien être votre Idéal, Monsieur Colombani ?


Et July enfonce le même clou. A croire qu’ils sont endogames ces journalistes-là, ces directeurs-là, de ces journaux-là. Fréquenteraient-ils les mêmes cercles de pensée ronde et molle ? Ou bien est-ce moi, nous les non de gauche qui nous serions frottés de trop près aux même mauvaises fréquentations ? Un juge de paix y verra-t-il jamais goutte dans tel brouillard ?

Je me demande, Serge, si d’avoir tant abusé de la « lutte des classes » dans ta jeunesse ne te procurerait pas aujourd’hui une sorte d’allergie à sa moindre évocation… Que tu n’en supporterais plus le risque anaphylactique, excuse le gros mot. Il doit y avoir de ça, qui te conduit à me taxer, moi et tant de semblables, des pires pathologies : xénophobie, populisme, anti-élitisme, anti-libéralisme. Et pour comble : masochisme ! Mais si je devais m’en reconnaître une, une seule, ce serait vraiment anti-élitisme. Car j’y vois plutôt une vertu. Une vertu de citoyen debout, que ce monde effraie par sa violence, son injustice, son indécence à faire s’accoupler misère et richesse à coups de pollution et d’exploitation – à en menacer l’Humanité entière et la Planète avec. C’est de cette Europe-là que je continue à ne pas vouloir, au nom d’un hédonisme politique autrement porteur de lendemains que tes cris d’oiseau de malheur.


Chouard 55, Guetta 45. Ou comment David a mis les pieds dans le plat du PAF de Goliath


Pour moi, de ce référendum, ce qui reste de plus intéressant, exemplaire et peut-être porteur de changement, c’est l’histoire et l’action d’Étienne Chouard. Ou comment un « petit prof » de lycée aura mis les pieds autant dans le PAF (paysage audiovisuel français) que dans le PPF (paysage politique français)… A l’image des « petits juges » qui auront défié l’institution du mensonge et de la malhonnêteté. Sans en faire – surtout pas – une icône, gardons-le comme tel qu’il reste aujourd’hui : un citoyen debout.


(Photo : Éric Franceschi, Marseille)


« Le Juge arbitre, l'Hospitalier, et le Solitaire », dernière fable de La Fontaine, résonne d’une étrange actualité. Elle s'achève ainsi :
Magistrats, Princes et Ministres,
Vous que doivent troubler mille accidents sinistres,
Que le malheur abat, que le bonheur corrompt,
Vous ne vous voyez point, vous ne voyez personne.

Pas le champagne, non ! Un bon coup de rouge, oui ! Un bourgogne, ou même un bordeaux. L’alsace, c’est du blanc, ça fout des crampes. Les bulles, non, vraiment pas la peine ; ça tourne la tête, et ça fait pschitt en éclatant, pas d’avenir.

Pas de champagne non plus quand l’essentiel reste à saisir, à bras le corps. Soit, ne boudons pas le plaisir de voir un peuple debout. Mais gare aux lendemains dits « de victoire », qui déchantent vite. Car rien n’est résolu par ce qui reste tout de même un non, un refus, une affirmation à venir, à confirmer. Et ne perdons pas de vue tous ces corbeaux de mauvais augure qui rôdent « sur nos campagnes ».

Mais revenons au plaisir de l’instant. Ici et maintenant, on n’en connaît pas d’aussi délicieux à chaque consultation populaire. Parce qu’elle exprime un grand sursaut démocratique à propos d’un projet ressenti, analyse, discuté comme une menace. Le plus paradoxal dans ce résultat, du moins sous l’angle qui me préoccupe surtout ici, c’est qu’il se soit exprimé à l’encontre des grands canaux médiatiques. Tout comme ont été désavoués les mots d’ordre des états-majors politiques. De ce point de vue, ce n’est pas une révolte, sire, mais une révolution ! Je renvoie là-dessus à mon article « Le 30 mai. Gueule de bois dans les médias aussi ? ».

Symboliquement, on vient d’assister à la victoire du pot de terre contre le pot de fer ou, version raffarine, de la France d’en bas contre celle d’en haut. Certes, c’est vite dit. Je me limite à ça pour m’en tenir au monde des médias.

Justement, je prends Chouard, j’écarte Guetta. Quoi de plus parlant que l’histoire de ce « petit prof » de lycée, têtu autant que futé – les deux c’est mieux – qui ne veut pas s’en laisser conter, qui en d’autres termes refuse qu’on lui bourre le mou. « On » : les médias dominants tellement empressés à vanter les vertus du Nouvel Évangile ; à nous le prescrire à haute dose ; à nous pincer le nez pour nous faire avaler la potion ; à nous la resservir tous les matins et soirs, c’est selon, à coups de Sylvestre, de Guetta, d’Ockrent, de July et Colombani pour l’assommoir. Sans parler – pire – de l’insidieux travail en tâche de fond, de la besogne de propagandiste qui ont saisi les rédactions des médias de masse dans le matraquage grossier, de masse précisément, à coup de masse, certes ! Avec l’effet que l’on sait aujourd’hui, qu’on avait d’ailleurs pu pressentir sans peine, tant les coups de boutoir portés aux consciences libres travaillaient contre leur propre camp.

Qui pourrait mesurer sur le résultat d’hier l’effet d’un Guetta dont chaque homélie pontifiée, matin après matin sur France Inter, raidissait un auditoire de plus en plus imperméable aux litanies ? Tandis qu’à l’inverse, pour ainsi dire sans bruit, depuis son ordinateur et son site au départ voué à l’heureuse actualité familiale et parapentiste, ce satané Chouard retournait la terre de son questionnement futé.

En fait, tous deux ont travaillé dans le même sens, à renforcer l’un la méfiance, l’autre la détermination face à un projet ainsi doublement jugé plus que suspect. Dans le même sens, d’un point de vue objectif s’entend. Car au bout du compte, Etienne-David aura porté l’estocade à Bernard-Goliath, en ce sens où il aura été le seul à le traiter froidement, explicitement, de malhonnête. Revoir sur son site, au besoin, l’analyse de leurs divergences et les conclusions du « petit prof ».

J’aime bien la démarche d’Étienne Chouard ; je la tiens pour exemplaire en ce qu’elle procède d’une dialectique de l’entendement : pas la moindre invective chez lui, mais un désir de comprendre, puis d’expliquer ce qu’il croit avoir compris ; de modifier et enrichir sa réflexion.

C’est ainsi qu’il en vient à des conclusions. Surtout quand il se trouve comme coincé dans une impasse. Il l’aura pourtant tenté ce dialogue avec Guetta ! Jusqu’à ce que, n’en pouvant plus sans doute, Chouard, le « petit prof », lâche sa « Lettre ouverte aux journalistes français, à travers deux grands professionnels du service public », sous-titrée : « À l’heure de choix aussi essentiels et dangereux, que ceux qui fondent une nouvelle Constitution, quel est le rôle des journalistes ? ».

Ce texte sonne comme les libelles du XVIIIe, ce siècle dit des Lumières : « Stéphane et Bernard, écrit Etienne Chouard, je voudrais solennellement vous dire ma crainte : avec la séparation des pouvoirs et le contrôle des pouvoirs, ce sont deux remparts essentiels contre la tyrannie qui disparaissent, c'est la porte ouverte à l'arbitraire. Montesquieu doit se retourner dans sa tombe, et vous, vous parlez d’autre chose.

« Pourquoi n'en parlez-vous jamais ? Qu'est ce qui vous prend ? Je ne vous reconnais pas, vous qui, d'ordinaire, êtes si complets, si nuancés, si soucieux d'avoir bien perçu tous les aspects d'une réalité toujours complexe ? D'où vient cette cécité ? Vous qui analysez d'habitude si finement la réalité ou la fiction des démocraties étrangères, qu'est-ce qui vous prend à propos de l'Europe ?

« Ce que je dis là n'est ni de droite ni de gauche.

« Ce n'est pas non plus un détail qu'on peut passer par pertes et profits en disant "ça s'arrangera progressivement". C'est e-ssen-tiel : la démocratie n'est pas négociable. N'est-ce pas ?

« C’est tellement plus facile de gouverner sans contrôle parlementaire, « un couillon le devine » comme on dit par ici (avec l’accent).

« Nos élites, (journalistes compris ?), se défient-elles de la démocratie ?

Arrêtez-vous un instant sur cette question-là, s'il vous plaît. »

Mais il ne les arrêtera pas. Ni ces deux-là, ni tous ces autres déchaînés, comme aveuglés, comme enrôlés ! A-t-on jamais vu pareil déferlement militant chez des journalistes censés informer ? Encore une fois, je ne parle pas des éditorialistes, qu’ils pensent et écrivent ce qu’ils veulent. Mais qu’ils ne dévoient pas en même temps l’e-ssen-tiel-le fonction d’informer !

Voilà ce que, bonhomme de chemin faisant, Chouard finit par comprendre. Non pas à partir d’une démarche idéologique ou partisane a priori. Non, il vit son devoir d’honnête homme, de citoyen libre ou tentant de l’être, debout. Voilà pourquoi il en vient à cette révélation de l’existence des élites : il emploie le mot, non pas au sens populiste d’un aboyeur d’extrême droite, mais parce qu’il surgit comme une évidence dans une vision donnée d’elle-même par la classe politico-médiatique. Je souligne l’expression à dessein, car je n’aime pas l’employer sans précautions, comme s’il s’agissait de charger des boucs émissaires ou, pire, d’en appeler au lynchage…

L’autre constatation que Chouard est amené à établir, c’est ce qu’il appelle la cécité – « D'où vient cette cécité ? ». Hier après les résultats, je crois que c’est l’incapacité qui est apparue la plus apparente chez la plupart des politiciens conviés à « analyser » la situation nouvelle. Cécité ou surdité, voire autisme, comme cela a pu être dit aussi. D’où ces réponses stupéfiantes sur le mode : Nous avons compris, d’ailleurs nous allons resservir du pareil, en mieux certes ! Chirac a culminé sur ce registre, avec sa « nouvelle impulsion ». Une « impulsion », vraiment, s’agit-il bien de nous jouer de la musiquette ! Et Lang, et Mamère, même lui, perdant jusqu’à la logique basique face à celle exprimée, – il est vrai, mais bon… – par Marine Le Pen à propos du fossé creusé entre la représentation politique et l’expression directe du peuple.

Je reprends le texte de Chouard au moment où les bras lui en tombent : « Mais je peste dans mon coin de tant de partialité, Bernard : je vous trouve parfois complètement malhonnête. […] La triche, Bernard, c’est de parler seul sur notre chaîne publique avec un point de vue aussi partisan, aussi méprisant pour (au moins) 20 millions de personnes (puisque nous sommes 41,5 millions d'électeurs). Sans rancune tenace, mais avec amertume quand même. »

« Ni dieu, ni césar, ni tribun » – j’entends l’objection déjà exprimée par un blogolecteur attentif et acide. Oui, que Chouard reste à sa place – si tant est que j’aie un conseil à lui donner ! Qu’il n’oublie ni les siens, ni son métier d’enseignant, ni les joies du parapente. Qu’il continue de jouer avec les turbulences atmosphériques – et de se jouer surtout des autres perturbations, celles du plancher des vaches – très vaches parfois. Ainsi gardera-t-il au frais l’image de ce « petit prof » et simple grand citoyen. Un symbole, surtout pas une icône.

Son site a dépassé les 700.000 visiteurs.







Après le ciné (hier avec La Parabole, voir à l'étage en-dessous), voici aujourd'hui une 'tite chanson intitulée Le Mouton noir – je me demande bien pourquoi –, interprétée par la Compagnie Jolie môme. A bon écouteur, salut !

Complément facultatif : aller à "c'est pour dire" > dans la case "Recherche dans C'est pour dire", tout en haut de la page > taper "panurgisme" > déguster > rafraîchissement garanti > salutaire par ces temps de forte sécheresse médiatique.

 

mon JOURNAL. Quand papa allait voter, sur le coup de midi


Il allait partir voter. Sur le coup de midi, un peu avant. Il s’était endimanché, puisque c’était dimanche. On vote toujours un dimanche. Mais en fait, s’il mettait ses beaux habits, sa cravate, son chapeau même, c’était pour honorer la Démocratie. Comme s’il était allé à la messe des croyants, ce qu’il n’était pas. Pas dans ce sens là. Car il croyait aussi, autrement, de toutes ses croyances de républicain, de socialiste, d’homme de gauche, de progrès, de justice… Il croyait donc à toutes ces valeurs qu’il aurait écrites avec majuscules. La République. Ce mot plain – j’écris exprès comme ça, comme dans plain-chant, à chanter pleinement, oui, pour se retrouver aussi sur le même plan de la société des justes, des frères, des égaux – sans majuscules de ma part, moi qui me méfie des statues, des édifies, ces monstres creux, souvent, comme les mots aussi – trop creux.



Robert et Adrienne, comme vous ne les avez jamais vus…


Mon père, donc, avait mis son costard du dimanche et allait remplir son devoir de citoyen. Ça ne se discutait même pas. Car derrière le rite, ou ce qui pourrait être décrit comme tel aujourd’hui, il y avait sans doute, sans doute aucun, l’engrammage de quelques siècles de luttes, et au moins du dernier dont il était porteur. L’Histoire de la République, que des générations de magisters, ces maîtres d’école, ces instit’ à l’ancienne, avait portée et colportée, avec son fond de vrai, avec son imagerie d’Épinal, sa mythologie précisément républicaine… Cette Histoire dont je me sens aussi porteur, comme par héritage, mais dont je ne suis plus sûr du tout d’en être encore passeur…, comme si une rupture s’était produite là, sous nos yeux, dans nos sociétés perdue, ou si désorientées… Perte de l’Orient, le Levant comme on disait naguère. Tandis que l’Europe, qui se (re)voudrait nouveau phare, semble s’éteindre aux Lumières, ne porte plus, dirait-on, que les flambeaux au néon des gloires marchandes.

Mon père et une époque – son époque, et ma jeunesse. Donc ma mère suivait, en presque tout. Elle s’habillait au plus chic elle aussi, allait jusqu’au maquillage, rouge aux lèvres et retouche aux pommettes. Une des rares fois où ils allaient ensemble, du moins en public, en une messe laïque, sans séparation apparente des sexes. En République. Mais en république patriarcale « normale », d’époque. Car mon père n’avait rien du patriarche ancestral, ce mâle dominateur. Pas du tout. Il épousait juste son temps, en héritier qui n’avait rien demandé. Ce temps qui exigeait des épouses suiveuses du mari. Telle n’était pas non plus ma mère – pas entièrement, mais un peu-beaucoup – puisqu’elle aussi vivait dans le même temps, le leur. Elle voterait donc comme lui. Mais pas en soumission résignée, juste en raison de leur histoire commune, cet enchaînement programmé dans les innombrables destins de ces générations-là : enfants de paysans pauvres, familles nombreuses, guerres, incertitudes du lendemain, restrictions, reconstructions, emmerdements-démerdements… Ils faisaient ce qu’ils pouvaient. Et ils ont pu – pas si mal, pas mal du tout – la preuve, regardez : moi, je suis là, par eux ! Vivant plutôt bien dans une société… pas si mal. Qui vaudrait tellement mieux encore ! Mais j’en connais aussi d’autrement pires, des totalitaires et assassines, des dominantes, des opulentes et des misérables. Toutes si injustes. Partout dans ce monde, que j’aurai en partie parcouru. A chercher le pourquoi – surtout le pourquoi de tant de Misères !

J’aimais tant ces beaux jours, comme de grandes fêtes païennes. J’y repense aujourd’hui avec émotion. Pas tant parce que ce 29 mai de référendum m’inonderait de nostalgie – je me contente de son parfum. Mais le rite républicain, même dévoyé par trop de politiciens merdiques, non démocrates, jette le pont entre le passé, l’histoire de chacun, et ses aspirations, ses projections vers l’Avenir – grand A comme Aventure humaine.

Ça y est, me v’là lyrique, limite pathos… Il s’en faudrait de peu puisque, pensant à mes parents, voire au-delà, je pense aussi à nos enfants. Au nom du présent.

Je cherche en vain le mot qui dirait une nostalgie du futur. Une sorte d’espérance mélancolique. Une langueur tendue vers l’à-venir, délivrée de l’angoisse.

Un film, un texte : magiques, et peut-être utiles



Au cas où vous manqueriez de distraction pour ce "jour d'avant", je vous conseille un petit bijou de film, un détournement plein de finesse et savoureux. Il suffit de cliquer là : magique !





Et si vous vous trouviez embourbé dans vos rélexions à n'en plus finir, à vous ranger dans les 17 des 30 pour cent des sondeurs, j'ai là un petit texte bien enlevé, bien court (contrairement à…), convaincant autant que mesuré. Bref, un texte que j’aurais aimé signer.
Eux l'ont fait d'abord : Jean-Louis Comolli, Guy Coq, François Dagognet, Régis Debray, FrançoiseGaillard, Robert Guédiguian, Jean-Claude Guillebaud, Marie-JoséMondzain, Gérard Mordillat, Dominique Noguez, Bernard Noel, MichelOnfray, Ernest Pignon-Ernest et Serge Sautreau

Il est paru dans Libé du jeudi 26 mai. Le voilà le voici :


Oui aux Lumières, non au traité

Inquiets, en tant que citoyens, de voir le fossé se creuser entre les nantis et les démunis ; heurtés, en tant que laïcs, par l'enrôlement unilatéral des médias publics d'information, pourtant financés par l'ensemble des contribuables ; alarmés, en tant qu'individus, par le ton « Ordre moral » de trop nombreux partisans du oui, avec intimation notabiliaire du bas peuple et stigmatisation injurieuse des dissidents ; et conscients du devoir de combattre demain le populisme revanchard et sot, les soussignés croient devoir manifester ce qu'en d'autres circonstances ils auraient gardé pour eux : on ne s'interdira pas, le 29 mai, de voter non.

Le oui a des raisons auxquelles nous ne sommes nullement insensibles. Aussi respectons-nous ceux qui en feront le choix, sans y voir pour autant le camp du Bien ou de la Vérité. Car ne nous leurrons pas : chaque option est un pari sur l'avenir, aucune n'est en position de délégitimer l'autre. Les risques sont partagés. Tout bien pesé cependant, et puisque l'incertitude sur l'ultime ne saurait justifier l'abstention dans l'immédiat, il nous semble que l'adoption de ce Traité constitutionnel, en l'état, fera courir plus de risques que son rejet, à l'Europe que nous appelons de nos voeux : un Continent où les salariés soient aussi considérés que les chefs d'entreprise, et où le banquier n'ait pas le dernier mot ; non-aligné à long terme sur les Etats-Unis d'Amérique ; et bien décidé à fausser la concurrence commerciale en matière de culture, de recherche et de service public.

Il est, là-contre, un argument qui nous semble en tout cas irrecevable dans son principe, sauf à ériger le mouton de Panurge en modèle civique : le devoir que nous aurions de coller à nos voisins et amis, tout écart à la moyenne étant censurable. Si tel est le cas, gommons dès demain des annales de la République la République elle-même, à savoir le 18 juin 1940 et la Commune de Paris, 1792 et 1848, Mai 1968 et Mai 1981. Toutes les fois que notre pays a laissé une trace dans la mémoire des hommes, et rendu service aux peuples frères, il fut en effet à contre-pied. L'esseulé de la veille se retrouvant, à chaque reprise, l'exemplaire du lendemain, ou du moins son ferment. Pour transformer en un oui à l'Europe des Lumières, un non à ce traité obscur.

SCOOP. Cette année, Noël tombe un 25 décembre…


J -5, ce référendum de mauvais augure finit par lasser. Ouf, l'été arrive ! On va même l'anticiper. Ne dit-on pas qu'informer c'est prévoir ? A moins qu'il ne s'agisse de gouverner ? A moins qu'il ne s'agisse d'inciter à l'optimisme, ou de divertir… Va savoir ce qui commande les choix journalistiques.




Il ne s'agit donc pas a priori d'un tiré à part commandé par la Chambre de Commerce locale. C'est la Une de "La Provence" de ce 24 mai.

Par quelle magie une telle manchette va-t-elle "harponner" le lecteur dubidatif et l'inciter à investir 0,80 euros ? Crise de la presse, ou crise du journalisme ? Les deux, mon capitaine !



Le directeur du Monde assimile Fabius à Le Pen – et déclenche un tollé

Pour ce qui est de la hauteur de vue, n’est pas Sirius qui veut. Pour la finesse d’analyse non plus. Jean-Marie Colombani vient de signer un édito très ras des pâquerettes, intitulé «Illusion du non». Le parti pris politique m’importe peu – chacun ses choix, et vive le débat démocratique ! Or,…


… Or, que dire de l’ « argument » suivant : « […]pour le chef de file du non à gauche, Laurent Fabius, cette évolution n'est guère surprenante: il était logique et cohérent qu'un jour ou l'autre l'homme qui s'était distingué en assurant que Le Pen posait "les bonnes questions" finisse par donner sur un sujet décisif la même réponse que Le Pen. » ?

Sirius, je le rappelle pour les nouveaux arrivants, était le pseudo avec lequel le fondateur du Monde, Hubert Beuve-Méry, signait ses éditoriaux. Figure tutélaire du journal, et aussi emblème de la profession d’informer, son nom trône toujours sous la têtière du « quotidien de référence », à la gauche ( !) du directeur actuel. HBM contre JMC, autant dire deux Mondes.

Sur le Monde.fr, plusieurs dizaines de réactions font suite à cet édito. Sans doute dans des proportions proches des sondages en cours… De très favorables par principe, sans arguments bien particuliers, mais aussi, je crois bien, davantage de défavorables dont les contenus sont parfois très violents. Exemples :

« Une fois encore vous utilisez l'argument de la dernière chance avec ce rapprochement Le Pen-Fabius-Villiers...c'est triste de la part d'un journal qui se dit sérieux...Vous aurez ainsi contribué à mettre Le Pen au coeur de la campagne en permanence alors que pour une fois on ne l'entendait pas...on se croirait revenu au temps où Mitterrand instrumentalisait le FN pour affaiblir la droite...Il vous faudra plier lundi et arrêter de prendre les Français de haut. Quelle méconnaissance de la France! »

« L' amalgame Fabius-Le pen est indigne. Oui Le Pen pose les bonnes questions et donne de mauvaises réponses. Et non, les réponses de Fabius ne sont pas les mêmes que Le Pen. Le Non est une question à toute la classe politique : Avec votre mondialisation, ou voulez vous en venir ? Quel est votre programme ? Quels sont vos marges de manoeuvre de résistance. La résistance annoncée de la commission européenne à l'invasion du textile chinois tourne à la caricature. Il n'y aura aucune mesure. »

« Le malheur, c'est qu'on pourrait faire de même un magnifique éditorial, sans "parler comme Georges Marchais" et en l'intitulant "illusion du oui"... Le malheur, c'est que cette Constitution est une bouillie infâme dans laquelle on peut trouver tout aussi bien le remède que le poison, l'abîme que le garde-fou. Elle est tellement équivoque qu'en dépit de son volume elle équivaut à un saut dans l'inconnu. Moins on la connait, plus elle rassure. Plus on la connait, plus elle inquiète...

« Monsieur Colombani, vous avez franchi la ligne rouge. Le mépris que vous exprimez dans votre article du 26 mai pour la majorité de Français qui vont voter NON le 29 mai est pour moi insupportable. J'ai besoin d'entendre l'opinion de celui qui ne pense pas comme moi.Je me passe de son mépris. Le MONDE n'a plus rien de ce qu'il a été. Vous aurez conforté les méprisants, vous n'aurez pas convaincu les méprisés. Mon non est plus fort. En juin, je ne serai plus abonné au MONDE. Jean Pierre Vidal

« de quelle Europe parlons-nous? Celle se faisant depuis longtemps où les cadres et professions intellectuelles (62% pour le oui) trouvent naturellement leur compte (bancaire, culturel, en pouvoir etc) ou bien celle qui ignore superbement les ouvriers et employés (60% pour le Non) et leurs problèmes très quotidiens d'emploi, de fin de mois. Mr Colombani parle aux premiers (c'est le lectorat du Monde) dans leur langage et méconnaît les seconds ou du moins ne sait quoi leur dire,ou comment leur dire

« Les assimilations entre Fabius et Le Pen sont nauséabondes . il ne vous teste pas grand chose comme argument Toute le propagande , toute la désinformation (où le Monde a été largement partie prenante ) semblent échouer : faute d’empêcher le NON , il faut travestir son sens et ressortir le soldat Le Pen : hier plutôt Hitler que le Front populaire , aujourd’hui plutôt Le Pen que le Non de gauche , c’est à çà que vous jouez ?

Sur l’information et les médias, ce traité en dit peu, bien trop peu…

   En tant que journaliste, ma question est aussi de savoir si le traité proposé touche aux médias et au métier d’informer, de quelle manière et dans quel sens ? Tentative d’analyse personnelle autant qu’isolée, n’ayant rien trouvé d’explicite à ce sujet chez les confrères.


Première remarque : le texte soumis contient vraiment peu de chose sur l’information. D’un côté, c’est plutôt bon signe, dans la mesure où, la liberté prévalant, il n’y a pas lieu de l’encadrer. D’un autre côté, on peut aussi comprendre que, l’activité de collecte et de production d’information étant assimilée à n’importe quelle autre marchandise, il n’y a pas lieu de la distinguer. En quoi elle serait donc soumise à l’ensemble des articles encadrant le marché et la concurrence « libre et non faussée ».


La première référence – et seule, semble-t-il – à l’information figure au début du texte, dans la Charte des droits fondamentaux :

« Article II-71 Liberté d'expression et d'information

1. Toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontières.

2. La liberté des médias et leur pluralisme sont respectés. »

Rien de nouveau par rapport à la Charte européenne des droits de l’homme (CEDH). Ce sont là des généralités qui partent d’apparents bons sentiments. À mieux y regarder cependant…

Liberté et pluralisme « respectés » : certes, mais comment ? Je dois comprendre que c’est en vertu des lois du Marché et de la « concurrence libre et non faussée » – soit exactement ce qui a permis à un Serge Dassault d’acquérir quelque 70 titres en une seule opération financière. Son champ d’action se verra donc constitutionnalisé. D’autant que le point 1, sur la liberté d’expression, exclut toute « ingérence d'autorités publiques », consacrant ainsi ce qu’il convient d’appeler le libéralisme et, de surcroît, « sans considération de frontières »…

S’il ne s’agit pas là de cette fameuse « liberté du renard dans un poulailler libre », qu’on m’explique.

Et puis, en plus, il y a dans l’Acte final une « explication » qui me chagrine. Il serait bon de se référer au texte (p 173 de la version référendaire). Je recopie seulement le passage « louche » à mon sens :

« L'article 11 (3) correspond à l'article 10 de la CEDH, qui se lit ainsi: […] Le présent article n'empêche pas les États de soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cinéma ou de télévision à un régime d'autorisations. » Je comprends qu’il s’agit de préserver la « raison d’État » et, de même, de préserver l’état d’exception pouvant justifier un contrôles des antennes publiques. Mais je ne suis pas rassuré, notamment à cause du caractère général de la formulation…

D’autant que le point 2 suivant, qui aborde la liberté des médias, est carrément incompréhensible, fond et forme ; il fait référence à des affaire, protocole et directive inconnues… Un modèle de charabia juridico-techno-obscurantiste.

Donc, là, je tique encore.

Ensuite, plus généralement, je ne trouve pas de quoi satisfaire mes exigences de journaliste, notamment en terme d’accès à l’information. Par exemple, sans prétendre à l’exhaustivité :

« - La banque centrale européenne n’est pas tenue de rendre publiques ses décisions (art III 190) ;

- Le conseil européen n’est pas tenu de rendre publiques les recommandations qu’il formule à un État en situation de déficit excessif (art III 184) ;

- Le conseil européen n’est pas tenu de rendre publics les projets de sanctions qu’il formule à l’égard d’un État dont la politique économique ne serait pas conforme aux grandes orientations de la politique économique de l’union (art III 179) »

Plus que dérangeantes, je trouve, ces restrictions à l’information, précisément contraires au droit du public à l’information qui légitime le métier de journaliste.

Pas moins troublant : au chapitre « politique étrangère et de sécurité », en cas de crise et a fortiori de conflit, aucune garantie d’accès à l’information n’est inscrite pour les journalistes. À croire que les guerres du Golfe et de l’ex-Yougoslavie n’ont pas inspiré les auteurs du TCE.

Pour le reste, mes inquiétudes rejoignent celles qu’on peut exprimer autour du projet de société contenu ou non dans le texte. Mais c’est plutôt le rôle des syndicats, en l’occurrence des syndicats de journalistes de prendre position sur, par exemple :

– les statuts des personnels, les conventions collectives ;

– le maintien des clauses de conscience et de cession (changement d’orientation d’un titre, ou changement de propriétaire) ; la protection des sources d’information (« secret professionnel ») ;

– les droits des pigistes, les droits d’auteur ;

– la fiscalité et les aides à la presse : ces points, en particulier, seront soumis au principe dit de « concurrence libre et non faussée » (art I-3-2), autrement dits supprimés.


Qu’en sera-t-il, enfin, des sociétés de l’audiovisuel du service public et de la notion même de Service public et de son financement ?

Voilà où j’en suis. Pas besoin de faire un dessin : ça coince. D’accord, j’aurais dû m’y prendre plus tôt pour inciter au débat. J’attendais peut-être que les grands journalistes des grands médias tirent les premiers… J’ai eu tort.


→ Voir aussi : Référendum. En deçà et au delà des convictions.

URGENCE ! La famine menace 3,5 millions d’Africains du Sahel


Le Niger, pauvre entre les pauvres, devrait accueillir en décembre prochain les 5e Jeux de la Francophonie, sorte de JO à la mode françafricaine… Pourquoi pas. Mais pourquoi donc ? Pour « aider au développement », selon la rengaine tellement rabâchée ? Pour sacrifier au rite antique postulé : « Du pain et des jeux » ? Si le peuple nigérien aura peut-être « ses » jeux, pour le mil et le sorgho, il devra encore attendre !

Le Sahel, en effet, connaît une terrible famine. La FAO estime à 23, le nombre de pays africains touchés par la famine – la moitié du continent ! On a fini par s’y habituer, de ce côté-ci de l’hémisphère opulent. Là-bas, non. De même a-t-on fini par ranger cette injustice au rayon des fatalités. Mais parmi les épidémies et pandémies qui ravagent l’Afrique, il en est une qui se porte bien : la corruption. A tous les étages de la vie politique et économique. Quelques médias courageux s’évertuent à combattre le mal, grains de sable dans les dunes rampantes du désert.

En attendant, quelques associations, aussi courageuses et dévouées, s’emploient de leurs côtés à colmater les brèches de l’extrême pauvreté. C’est le cas de l’Assofrani qui nous envoie son témoignage et son appel à la solidarité.


Au secours du peuple nigérien !

Au Niger, pas de guerre civile (la rébellion touarègue s’est terminée en 1995), ni de tremblement de terre. Rien que la famine qui menace 3 millions et demi de personnes, près du tiers de la population totale. Les bêtes dans les troupeaux meurent les unes après les autres. La vie des nomades, touaregs ou peuls, est menacée à très court terme. Sauf si la solidarité se met en place rapidement.


Les populations nomades doivent vivre dans un habitatsommaire, démontable et transportable facilement pour suivre letroupeau dans ses déplacements à la recherche de la nourriture

Le territoire du Niger est constitué à 80 % de désert. Plutôt de déserts car la physionomie du paysage change. Parfois terre nue et plate, parfois dunes comme le fameux Ténéré qui déclenche, rien qu’avec son nom, des envies de partir… Parfois herbes sèches parsemées, parfois roches polies par les tempêtes de sable. Et dans ces territoires, que de monde ! Sur une superficie deux fois plus grande que la France vivent – ou plutôt tentent de survivre – quelque onze à douze millions d’habitants.

Paradoxalement, le fleuve qui donne son nom au pays ne le traverse en réalité que dans une toute petite partie, à l’ouest, en venant du Mali et partant vers le Bénin.

Cela fait trois ans que l’unique saison des pluies n’est pas satisfaisante. D’octobre à juin, pratiquement pas une goutte ne tombe. Dans certains villages, les femmes et les enfants n’ont comme dernier recours que de danser pour appeler la pluie. Et, un malheur n’arrivant jamais seul, en plus de ces trois années de sécheresse, les criquets se sont abattus sur les récoltes voici six mois. Aujourd’hui, la situation est catastrophique. 90 % des récoltes sont détruites. Le fourrage manque aux animaux et la population subit de plein fouet l’augmentation du prix de