Chouard 55, Guetta 45. Ou comment David a mis les pieds dans le plat du PAF de Goliath
Pour moi, de ce référendum, ce qui reste de plus intéressant, exemplaire et peut-être porteur de changement, cest lhistoire et laction dÉtienne Chouard. Ou comment un « petit prof » de lycée aura mis les pieds autant dans le PAF (paysage audiovisuel français) que dans le PPF (paysage politique français)
A limage des « petits juges » qui auront défié linstitution du mensonge et de la malhonnêteté. Sans en faire surtout pas une icône, gardons-le comme tel quil reste aujourdhui : un citoyen debout.
(Photo : Éric Franceschi, Marseille)« Le Juge arbitre, l'Hospitalier, et le Solitaire », dernière fable de La Fontaine, résonne dune étrange actualité. Elle s'achève ainsi :
Magistrats, Princes et Ministres,
Vous que doivent troubler mille accidents sinistres,
Que le malheur abat, que le bonheur corrompt,
Vous ne vous voyez point, vous ne voyez personne.
Pas le champagne, non ! Un bon coup de rouge, oui ! Un bourgogne, ou même un bordeaux. Lalsace, cest du blanc, ça fout des crampes. Les bulles, non, vraiment pas la peine ; ça tourne la tête, et ça fait pschitt en éclatant, pas davenir.
Pas de champagne non plus quand lessentiel reste à saisir, à bras le corps. Soit, ne boudons pas le plaisir de voir un peuple debout. Mais gare aux lendemains dits « de victoire », qui déchantent vite. Car rien nest résolu par ce qui reste tout de même un non, un refus, une affirmation à venir, à confirmer. Et ne perdons pas de vue tous ces corbeaux de mauvais augure qui rôdent « sur nos campagnes ».
Mais revenons au plaisir de linstant. Ici et maintenant, on nen connaît pas daussi délicieux à chaque consultation populaire. Parce quelle exprime un grand sursaut démocratique à propos dun projet ressenti, analyse, discuté comme une menace. Le plus paradoxal dans ce résultat, du moins sous langle qui me préoccupe surtout ici, cest quil se soit exprimé à lencontre des grands canaux médiatiques. Tout comme ont été désavoués les mots dordre des états-majors politiques. De ce point de vue, ce nest pas une révolte, sire, mais une révolution ! Je renvoie là-dessus à mon article « Le 30 mai. Gueule de bois dans les médias aussi ? ».
Symboliquement, on vient dassister à la victoire du pot de terre contre le pot de fer ou, version raffarine, de la France den bas contre celle den haut. Certes, cest vite dit. Je me limite à ça pour men tenir au monde des médias.
Justement, je prends Chouard, jécarte Guetta. Quoi de plus parlant que lhistoire de ce « petit prof » de lycée, têtu autant que futé les deux cest mieux qui ne veut pas sen laisser conter, qui en dautres termes refuse quon lui bourre le mou. « On » : les médias dominants tellement empressés à vanter les vertus du Nouvel Évangile ; à nous le prescrire à haute dose ; à nous pincer le nez pour nous faire avaler la potion ; à nous la resservir tous les matins et soirs, cest selon, à coups de Sylvestre, de Guetta, dOckrent, de July et Colombani pour lassommoir. Sans parler pire de linsidieux travail en tâche de fond, de la besogne de propagandiste qui ont saisi les rédactions des médias de masse dans le matraquage grossier, de masse précisément, à coup de masse, certes ! Avec leffet que lon sait aujourdhui, quon avait dailleurs pu pressentir sans peine, tant les coups de boutoir portés aux consciences libres travaillaient contre leur propre camp.
Qui pourrait mesurer sur le résultat dhier leffet dun Guetta dont chaque homélie pontifiée, matin après matin sur France Inter, raidissait un auditoire de plus en plus imperméable aux litanies ? Tandis quà linverse, pour ainsi dire sans bruit, depuis son ordinateur et son site au départ voué à lheureuse actualité familiale et parapentiste, ce satané Chouard retournait la terre de son questionnement futé.
En fait, tous deux ont travaillé dans le même sens, à renforcer lun la méfiance, lautre la détermination face à un projet ainsi doublement jugé plus que suspect. Dans le même sens, dun point de vue objectif sentend. Car au bout du compte, Etienne-David aura porté lestocade à Bernard-Goliath, en ce sens où il aura été le seul à le traiter froidement, explicitement, de malhonnête. Revoir sur son site, au besoin, lanalyse de leurs divergences et les conclusions du « petit prof ».
Jaime bien la démarche dÉtienne Chouard ; je la tiens pour exemplaire en ce quelle procède dune dialectique de lentendement : pas la moindre invective chez lui, mais un désir de comprendre, puis dexpliquer ce quil croit avoir compris ; de modifier et enrichir sa réflexion.
Cest ainsi quil en vient à des conclusions. Surtout quand il se trouve comme coincé dans une impasse. Il laura pourtant tenté ce dialogue avec Guetta ! Jusquà ce que, nen pouvant plus sans doute, Chouard, le « petit prof », lâche sa « Lettre ouverte aux journalistes français, à travers deux grands professionnels du service public », sous-titrée : « À lheure de choix aussi essentiels et dangereux, que ceux qui fondent une nouvelle Constitution, quel est le rôle des journalistes ? ».
Ce texte sonne comme les libelles du XVIIIe, ce siècle dit des Lumières : « Stéphane et Bernard, écrit Etienne Chouard, je voudrais solennellement vous dire ma crainte : avec la séparation des pouvoirs et le contrôle des pouvoirs, ce sont deux remparts essentiels contre la tyrannie qui disparaissent, c'est la porte ouverte à l'arbitraire. Montesquieu doit se retourner dans sa tombe, et vous, vous parlez dautre chose.
« Pourquoi n'en parlez-vous jamais ? Qu'est ce qui vous prend ? Je ne vous reconnais pas, vous qui, d'ordinaire, êtes si complets, si nuancés, si soucieux d'avoir bien perçu tous les aspects d'une réalité toujours complexe ? D'où vient cette cécité ? Vous qui analysez d'habitude si finement la réalité ou la fiction des démocraties étrangères, qu'est-ce qui vous prend à propos de l'Europe ?
« Ce que je dis là n'est ni de droite ni de gauche.
« Ce n'est pas non plus un détail qu'on peut passer par pertes et profits en disant "ça s'arrangera progressivement". C'est e-ssen-tiel : la démocratie n'est pas négociable. N'est-ce pas ?
« Cest tellement plus facile de gouverner sans contrôle parlementaire, « un couillon le devine » comme on dit par ici (avec laccent).
« Nos élites, (journalistes compris ?), se défient-elles de la démocratie ?
Arrêtez-vous un instant sur cette question-là, s'il vous plaît. »
Mais il ne les arrêtera pas. Ni ces deux-là, ni tous ces autres déchaînés, comme aveuglés, comme enrôlés ! A-t-on jamais vu pareil déferlement militant chez des journalistes censés informer ? Encore une fois, je ne parle pas des éditorialistes, quils pensent et écrivent ce quils veulent. Mais quils ne dévoient pas en même temps le-ssen-tiel-le fonction dinformer !
Voilà ce que, bonhomme de chemin faisant, Chouard finit par comprendre. Non pas à partir dune démarche idéologique ou partisane a priori. Non, il vit son devoir dhonnête homme, de citoyen libre ou tentant de lêtre, debout. Voilà pourquoi il en vient à cette révélation de lexistence des élites : il emploie le mot, non pas au sens populiste dun aboyeur dextrême droite, mais parce quil surgit comme une évidence dans une vision donnée delle-même par la classe politico-médiatique. Je souligne lexpression à dessein, car je naime pas lemployer sans précautions, comme sil sagissait de charger des boucs émissaires ou, pire, den appeler au lynchage
Lautre constatation que Chouard est amené à établir, cest ce quil appelle la cécité « D'où vient cette cécité ? ». Hier après les résultats, je crois que cest lincapacité qui est apparue la plus apparente chez la plupart des politiciens conviés à « analyser » la situation nouvelle. Cécité ou surdité, voire autisme, comme cela a pu être dit aussi. Doù ces réponses stupéfiantes sur le mode : Nous avons compris, dailleurs nous allons resservir du pareil, en mieux certes ! Chirac a culminé sur ce registre, avec sa « nouvelle impulsion ». Une « impulsion », vraiment, sagit-il bien de nous jouer de la musiquette ! Et Lang, et Mamère, même lui, perdant jusquà la logique basique face à celle exprimée, il est vrai, mais bon
par Marine Le Pen à propos du fossé creusé entre la représentation politique et lexpression directe du peuple.
Je reprends le texte de Chouard au moment où les bras lui en tombent : « Mais je peste dans mon coin de tant de partialité, Bernard : je vous trouve parfois complètement malhonnête. [
] La triche, Bernard, cest de parler seul sur notre chaîne publique avec un point de vue aussi partisan, aussi méprisant pour (au moins) 20 millions de personnes (puisque nous sommes 41,5 millions d'électeurs). Sans rancune tenace, mais avec amertume quand même. »
« Ni dieu, ni césar, ni tribun » jentends lobjection déjà exprimée par un blogolecteur attentif et acide. Oui, que Chouard reste à sa place si tant est que jaie un conseil à lui donner ! Quil noublie ni les siens, ni son métier denseignant, ni les joies du parapente. Quil continue de jouer avec les turbulences atmosphériques et de se jouer surtout des autres perturbations, celles du plancher des vaches très vaches parfois. Ainsi gardera-t-il au frais limage de ce « petit prof » et simple grand citoyen. Un symbole, surtout pas une icône.
→ Son site a dépassé les 700.000 visiteurs.
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