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Le P'tit coin

undefinedUn VRP en aspirateurs, flairant le bon client, ne demande surtout pas à ouvrir le placard à cadavres. C'est con et mal élevé. En Tunisie aussi. [29/4/08]


Voici donc le temps des meaculpistes, politiciens qui se la battent à coups de tambour médiatique. C'est nouveau, ça vient d'Amérique. Sondages attendus. [28/4/08]


Qui a dit : «Mieux vaut être à l’aise dans ses baskets qu’à l’étriqué sur ses talonnettes » ? Indices : télé, journalistes, Élysée… Ouah ! trop fastoche. [24/4/08]


Le voilà à la Martinique avec «ses airs» de procureur contrit. Si seulement il avait honoré la dépouille de Senghor. [20/4/08]


Ici Londres. Le président nouveau lance son appel à résister… au «capitalisme de la frivolité». Il y aurait aussi un capitalisme bling-bling? [28/3/08]

Consul à Washington ou aux Anges, il y a des déportations plus douloureuses. À la villa Médicis, par exemple. Il suffit de le mériter. [17/3/08]

A pleines louches dans la potion magique, le député-maire Assedix s’est fait pincer par le Canard. Oui, mais il va rembourser. Le brave homme. [20/2/08]

Paroles de Lui, sur la réforme de la télé : « Le rêve c’est bien…, mais la réalité c’est mieux ! » Vraiment mieux ? [20/2/08]

lI dit qu'il n'a pas dit ce qu'il a dit et que l'on a compris autrement ce qu'il a voulu dire. Laïcité ou élasticité ? [14/2/08]

La BNP claironne ses 7,8 milliards de bénéfice, en gros l’équivalent du trou de la Générale. Bon sang, mais c’est bien sûr ! [30/1/08]

Faire le ménage dans la finance, ce serait moral. Et tout bénef pour le fameux « moral des ménages». [30/1/08]

Tyran d’Indonésie, Suharto est mort dans son lit. Matière à édito : Les dictateurs finissent toujours par mourir, pas les dictatures. [27/1/08]

5 milliards partis en fumée… L’argent fou. Comme la Société, en général. [25/1/08]

Y a pas photo : 30 ans de militance avec les Padak et autres, ça ne vaut pas un bon coup de Ben Laden. [5/1/08]

Avant, il n’y avait pas de politique. Ni l’eau tiède, ni la poudre, ni même le bouton à quatre trous. Même pas la civilisation. [3/1/08]

Le baril de pétrole à 100 dollars. Mais attention, c’est du brut léger. Du Dom Pérignon. Bonjour les radars ! [2/1/08]

Interdit de fumer dans les bistrots. À côté de la pollution planétaire par cheminées d’usines et pots d’échappement, c’est une mesure clopinette. [2/1/08]

Aïe aïe aïe ! Ce n’était que de l’ «urgence». Voilà qu’il nous annonce l’ «essentiel» et même la «civilisation»… Vivement 2009. [1/1/08]

Je le croyais au Vatican, il est à Kaboul. Enfin… il est déjà parti. Tiens il repasse par ici. Ah non, par là! Sacré speedy, tu nous rends maboules. [22/12/2007]

Oh, rien… juste pour dire mon étonnement à propos du séjour parisien de Khadafi: pas une manif, pas le moindre entartage. Est-ce encore une époque? [21/12/2007]

••• Ça saute aux yeux: le P'tit coin se trouve à l'abandon, pas entretenu comme "avant". Parce qu'"avant" c'était mieux, non? ••• [10/12/2007]

Les pétroliers vont «lisser la hausse des prix». Excellent pour «fluidifier les rapports sociaux». Sans nous prendre pour des cons. [10/11/2007]

Enfin une bonne nouvelle : François Hollande candidat aux cantonales en Corrèze. [10/11/2007]

Rabat, Ajaccio, N’Djaména, Le Guilvinec, Washington. Et un petit coup de Colombey pour la route. Ça mange pas d' pain. [09/11/2007]

En vedette américaine, il s’est pris pour La Fayette et John Wayne. Ce ne fut que Christian Clavier dans une resucée des «Visiteurs en Amérique». [08/11/2007]

Tout compte fait, rectif : pas 140 mais 170%, l'augmentation de la paie de l'omniprésident. Il le mérite bien, le pauvre. [08/11/2007]

+140% d'agitation = +140% sur la paie. Chose promise chose due. Où est le problème? [31/10/2007]

Ce Lagardère junior, t’as vu, quel panache! Même pas peur. De la trempe de ceux qui savent: cette race des initiés. [26/10/2007]

Bien joué,
les rosbifs et les pumas!. Essai transformé contre une coupe trop pleine de récup’
politicarde. Toujours ça de gagné. [20/10/2007]

Entre nous, même pas question de divorce : ni mariés ni pacsés, rien. Une affaire arrangée pour cinq ans, renouvelable en plus. C’est ta faute, Marianne. [19/10/2007]

Son prochain boulot de ministre va-t-il lui «plaire»? Quand on s’appelle Laporte, on peut l’ouvrir. Ou la fermer. [17/10/2007]

Le Nobel de la Paix au GIEC et à Al Gore. W fait la gueule. Qu’on lui attribue celui de la Guerre ! [12/10/2007]

Et revoici le «détail» qui tue, version Fillon-ADN. Là, paternité connue, pas besoin de nouveau prélèvement. [07/10/2007]

Sarkozy est aussi bon prince. Il a passé commande à Colombani d’un rapport sur l’adoption. Et il va lui confier les clés de la fondation «Orphelins du Monde». [05/10/2007]

Le droit des affaires? Bon exemple d’oxymore, cet alliage de deux mots contradictoires. Pas poétique pour deux ronds? Question de prix. [05/10/2007]

Le FMI, voilà une boîte qui paie : 28.000 euros par mois. Ouais, pas mal. Hein? pas imposable? Ah?… alors là, faut voir… [29/09/2007]

Le Monde : «L'Élysée et Matignon divergent sur l'économie». Desproges : «Dix verges, c’est beaucoup!». [24/09/2007]

Villepin-Clearstream : 50.000 € de caution au lieu de 200.000. C’est la justice au rabais. [21/09/07]

1) Borloo sifflote sur l’air du non aux OGM. 2) Bové opine. 3) Bruxelles dit niet. 4) Sarko empoche la mise, avec Monsanto. Bravo qui ? [21/09/07]

– Après la jachère, tu cultives quoi cette année? – Du résultat. – Ah? Et ça rapporte? – J’en sais rien, pas encore récolté. [19/09/07]

Rien de bon, tout à jeter. Comment avons-nous pu vivre sans Lui. Comment notre pays et notre République ont-elles pu exister jusqu’ici ? Mystère. [19/09/07]

Jospin-la-débine. Jospin-la-défausse. Et aussi la bignole. Qui voudrait «nous» sortir de l’Impasse. Sur ce point au moins il sait de quoi il cause. [17/09/07]

Ancien combattu d’irak, Kouchner se concocte une revanche en Iran. "Il faut se préparer au pire" a déclaré le French va-t-en guerre. Non, W, t’es pas tout seul! [17/09/07]

En quête de «convergences à gauche», Hollande propose des «assises». Comme saint-François? C’est à dormir debout. [14/09/07]

Trop bas rendements dans les expulsions, déplore Hortefeux: «On est, en tendance, légèrement en dessous de l'objectif». Des préfets risquent leur prime de Noël. [12/09/07]

Si à l’Est, si à droite, si sarkozienne: Strasbourg valait bien une messe. Ce sera un conclave. [07/09/07]

Éric Besson favorable à la TVA sociale que le gouvernement met sous le boisseau. On est socialiste ou on ne l’est pas. [05/09/07]

Pour un vrai remaniement, bordel : Hollande à Matignon, Montebourg place Beauvau, Ségo à l’Élysée, non mais ! Et p’tit Nico direct au Panthéon. [29/08/07]


Dico politico : «Gouverner - v. tr., 1 - Vx Art de touiller le pastis. 2 - Vx –> Slogan : “Un Rocard sinon rien”». [29/08/07]


Dico diplo : «Un Gaffeur sans frontières (GSF) est un Kouchner oubliant de tourner sept fois (au moins) sa langue avant de devoir s’excuser». [27/08/07]


Le maire UMP d’Argenteuil a un «certain» flair politique mais zéro sens pratique. En effet, si «Malodore» pue plus que les SDF, quel intérêt ? [26/08/07]


Le pain va augmenter de 5 à 8 %. Enfin la baguette plus joufflue, plus miam-miam ! Avec les jeux à 100%, le peuple est comblé. Merci qui ? [26/08/07]


Hier, le Texas a exécuté son 400e condamné à mort depuis 1976. Trois autres sont dans «le couloir». W est grand, les USA aussi et dieu encore plus.
[23/08/07]


Le Monde : «M. Kouchner a pris la mesure de l'“intolérance” en Irak». Les voyages forment la jeunesse diplomate. [22/08/07]


Max Roach, exit. Le Président-de-tout n’a encore pas donné de la grosse caisse? Pourtant batteur et bateleur, ça pourrait faire du bruit. [17/08/07]


Les Sages censurent un bout du “cadeau fiscal”. Mais “le gouvernement tiendra les promesses du président”, a dit Fillon. Coup d’État annoncé? [17/08/07]


La canicule des pécules. La Bourse de Paris à son plus bas niveau de l'année. Speculat nec mergitur ? [16/08/07]


Serrault, Bergman, Antonioni… je vois… Mais Lustiger, il a tourné dans quoi déjà ? [07/08/07]


Serrault, Bergman, Antonioni… Non mais c’est quoi ce cinéma ? [31/07/07]


L’histoire d’un mec… Qui rencontre un bédouin dans le désert. Par hasard. «Tu m’achèterais pas une centrale nucléaire? » « Ben si, tiens ! » Et voilà. [26/07/07]


+ 17 % d’imposés à l’ISF en un an. Riches et mécontents, ils sont de plus en plus nombreux à être doublement malheureux. Misère ! [21/07/07]

Le Monde du jour titre plein pot à la une : «Google creuse l'écart avec Yahoo!» Le dopage sur le Tour… sale affaire.
[20/07/07]


Le 17 juillet 1967, John Coltrane « cassait son saxo ». Il n’avait que quarante ans. Et ça fait quarante ans ce jour. Il n’a pourtant cessé de jouer. [16/07/07]


Légion d'Honneur à Mme Devedjian. Motif, selon Sarkozy : A « accompagné une carrière brillante, celle de Patrick». Fermez le ban. [14/07/07]


Un examen en pleines vacances, pas drôle du tout. Réviser ses notes, machiner des anti-sèche. Pauvre Villepin. [11/07/07]


20 % à 30 % d'abattement de l'ISF sur la résidence principale. Ce n’est que justice, les SDF bénéficiant de l’abattement total. [11/07/07]


La messe en latin, bof… Pourquoi pas en chinois, en hébreux, en lingala ? Mais pour un meilleur obscurantisme, rient ne vaudrait le braille. [10/07/07]


Elle avait dédaigné la carte d’électrice de la République. La bleue «Trésor public» lui convenait mieux. Après deux repas, elle a dû la rendre. Indigestion? [05/07/07]


Recette Danone de capitalisme diététique : se faire du beurre en dégraissant les P’tits Lu. [04/07/07]

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Bricolage journalistique.. Suite sans fin…
Aujourd’hui, «ça pue le chien éventré»


En politique comme en « faits divers », le bricolage journalistique ne désarme guère par ces temps d’agitation-confusion. En collecter les exploits devient un sport éreintant – celui-là même qui m’amène à des sortes de cures de désintoxication agrémentées de blogo-siestes appuyées. Et puis les faits me rattrapent au détour d’une émission ou d’une lecture. Ou bien ce sont des familiers de la blogosphère qui m’alertent. C’est le cas ici de Sabin (merci !) qui vient d’attirer mon attention sur une affaire gratinée de rumeur relayée par Le Parisien, ainsi que France Info et Canal+, sans exclure les rédactions locales probablement à l’origine de la dérive médiatique [pas eu les moyens de vérifier quel journal a allumé la mèche].


Le correspondant du Monde à Bourges, Patrick Martinat, donne sa version [07/05/06]. Selon une rumeur, donc, « le Teknival de Chavannes (Cher), qui s’est tenu en marge du Printemps de Bourges le week-end du 1er mai, se serait achevé tragiquement avec la mort de deux personnes, et... d’une quinzaine de chiens retrouvés éventrés. » Car le bruit avait couru dans les parages « que des dealers arrivaient sur place avec des chiens dont les estomacs étaient lestés de drogue, afin d’échapper à la fouille. » D’où la « quinzaine de ces chiens auraient été retrouvés éventrés au lendemain du Teknival, leurs maîtres ayant voulu récupérer la drogue cachée dans leur estomac. »

Si une jeune fille de 22 ans – et une seule – semble bien être morte d’une surdose de drogue, le reste n’est que fantasmagorie. Un reste d’ailleurs chargé, où l’on trouve aussi une histoire de vipères « rendues folles par les décibels, [qui] se seraient précipitées vers les baffles et auraient piqué des ravers... »

Le problème des rumeurs, ne se situe pas tant leur origine que dans leur nécessaire terreau que constituent les médias – au sens générique du mot. Ici, il semble que le « feu » se soit d’abord propagé via des téléphones portables. Il a dû ainsi s’autoalimenter pour ravager finalement le landerneau journalistique. Et de manière ténue ! Ainsi le jeudi soir, quatre jours après ledit Teknival, selon le correspondant du Monde, « Canal+ se faisait encore l’écho de cette prétendue affaire lors d’un reportage diffusé dans le journal de 18 h 50, où les faits étaient présentés sans aucune précaution. En revanche France Info a fait un rectificatif à l’antenne vendredi matin. »

•••>
Patrick Martinat note encore que « si la presse locale a pris la précaution d’utiliser le mot « rumeur » en relatant ces « faits », Le Parisien a, dans son édition du 4 mai, repris ces allégations sans utiliser le conditionnel. En légende d’une photo de raveur tenant son chien en laisse, le quotidien publiait même un témoignage de vétérinaire anonyme évoquant l’éventration des bêtes « pour y récupérer les stupéfiants ». le chef du service départemental hygiène alimentaire, est affirmatif : “ Nous n’avions envoyé aucun vétérinaire sur les lieux. ” »

Rappel : en juin 2005, un semblable déferlement fantasmatique était parti du Tek’noz de Carnoët, dans les Côtes-d’Armor. Là aussi, une jeune femme était morte, poignardée. Ce n’était pas suffisant pour nourrir les imaginaires ; « on » y ajouta donc des morts cachées, des viols et, déjà, les fameux chiens éventrés. Plus de trois mois après, la rumeur courait encore et avait même enflé, ainsi que le rapportait dans une enquête Le Télégramme du 13 septembre suivant.

S’ils ne sont pas toujours aussi actifs que dans ce cas, les médias de presse manifestent parfois sur de telles questions des ambiguïtés pour le moins suspectes. Les « faits divers », en particulier, se prêtent idéalement aux dérives journalistiques et souvent avec délectation. Ne faut-il pas vendre du papier en exploitant la crédulité d’un public qui aime se repaître du crapoteux. Il y a quelque chose de rassurant à se délecter du malheur d’autrui, comme si ça mettait à l’abri. Tant qu’on peut faire le voyeur devant un drame, ma foi, c’est qu’on est épargné soi-même. De même s’agissant des turpitudes – réelles ou pas, qu’importe ! – dont ça peut être un régal de ses délecter. Mieux vaut se régaler de celles des autres que des siennes – et c’est moins risqué…

Les médias sont parfois – sinon souvent – tentés d’en rajouter sur les affaires peu reluisantes, croustilleuses. D’abord parce que tout journaliste n’en est pas moins un humain avec ses névroses ordinaires – ou non… Et que tout média se comporte, aussi, en entreprise soumise aux impératifs des affaires ! Ce qui se traduit par la nécessité de « faire de l’audience ». Les deux mêlés constituent un cocktail encore prisé au comptoir-tiroir-caisse de bien des rédactions.

J’ai été témoin, il y a une dizaine d’années, d’une affaire fantasmée de profanation de cimetière près de Carmaux. La Dépêche du Midi [Toulouse], via un chef d’agence, avait délibérément monté l’affaire en épingle, au préjudice de jeunes gens montrés du doigt de manière éhontée, et cela à partir d’une excitation puérile de journaleux minables. Pour l’un d’eux, le responsable principal, il s’agissait d’appliquer un principe du genre : d’abord on charge, après on voit… Le degré zéro de l’éthique. En fait, un comportement de voyou. Pourquoi les médias seraient-ils à l’abri ? D’où la nécessaire attention critique portée à leurs basses œuvres, parfois drapées d’apparente vertu.

On ne mettra donc pas, a priori, sur un même plan les saillies du Monde portées contre le gouvernement et son chef. Tout en effet, côté journalistique, semble paré de la suprême « investigation » par laquelle on reconnaît les gènes d’Albert Londres, mâtinés de Pulitzer. D’ailleurs, n’évoque-t-on pas une parenté Clearstream-Watergate (au fond, des histoires d’eau… trouble), un cousinage Le Monde-Washington Post ?

Justement ! Je l’ai rappelé ici même à propos du « outing » de « Gorge profonde », l’informateur du quotidien qui avait trouvé dans les magouilles de Nixon, l’occasion de régler un compte personnel : Mark Felt n’avait pas été promu, comme il l’espérait, directeur du FBI! En franchouillerie, « gorge profonde » ça se dit « corbeau » ; mais la fable conduit à la même morale : Qui roule pour qui ? Ou même : qui roule qui ?

Donc Le Monde semble œuvrer dans le bon sens de la pureté journalistique… Ne le ferait-il pas qu’on s’en inquiéterait. Qu’il le fasse, comme aujourd’hui, ne dispense pas moins de quelques questions « de fond ». Puisque aucune information [s’agissant d’informateur-indicateur, il vaudrait mieux dire « indication »…] n’est gratuite, désintéressée, dénuée de sens… que se cache-t-il, quant au vrai fond, sous l’opération Clearstream ?

Tout ça pour souligner en passant que Le Monde, sous son vernis vertueux, sinon sainte nitouche, pourrait bien, là encore [n’oublions pas sa « face cachée » balladurienne, par exemple] exprimer un penchant politique marqué… L’anti-chiraquisme du journal de référence n’est pas un mystère ; tandis que son pro-sarkozysme devient difficile à dissimuler. Un récent édito [le 9/11, en pleine révolte des banlieues] l’avait même dévoilé, au grand dam d’une partie de la rédaction. Depuis, Edwy Plenel, l’ancien directeur de la rédaction et bras droit de Colombani, a craché le morceau, notamment dans Marianne [18/03/06] où il raconte une réunion tenue au ministère de l’intérieur en 2003 : « J’ai assisté, plus que participé, à une conversation qui, pour l’essentiel, se tenait entre Sarkozy et Colombani qui se tutoyaient et dont j’ai découvert, à cette occasion, l’amicale proximité. »

Tout ça pour en revenir à la morale de la fable, celle du vieux renard familier des poulaillers médiatiques, selon laquelle « il ne faut jurer de rien », surtout en matière de « vérité journalistique ». Qu’il s’agisse de « faits divers » – en réalité faits éminemment politiques pouvant, en particulier, servir une idéologie sécuritaire, si vous voyez ce que je veux dire… –, ou de bruits de chiotte politique, telle la dernière rumeur de ce long ouiquende célébrant la victoire de 45. D’où viennent donc ces bruits de remaniement autour de Sarkozy et relayés à satiété par les médias de masse ? « C’est qui qu’a pété ? » comme demandait mon ami Langlois dans Politis [04/05/06] à propos du « loft exécutif »… Et de rappeler le mot de Clemenceau, qui n’en était pas avare, en parlant de son secrétaire particulier : « Il est bien ce petit Mandel, il me rend service. Quand je pète, c’est lui qui pue. »

De la Paresse comme un des Droits de l’Homme, de la Paresse comme un art moderne et révolutionnaire

Plutôt petit, visage rude, musette de toile dans le dos. Je repense à lui à chaque Premier mai. On est le 4, bientôt même le 5. Oui je sais, et permettez ! Car le petit homme, à chaque printemps, éclos comme le muguet, colportait dans le Paris des défilés « sa » bonne parole : un libelle d’une quarantaine de pages, fait main à l’ancienne, chez un imprimeur typo. Un formidable bouquelet intitulé Le Droit à la paresse. Un type pareil, faisant son beurre à trois francs six sous avec un texte pareil, un jour pareil dit de la « fête du travail », ben, il pouvait pas être foncièrement mauvais.

Je me souviens des premières mots: « Une étrange folie a saisi l’humanité »… Hmm, n’en suis plus bien sûr. Ai retrouvé l’ouvrage, rudement jauni… D’abord, il y a l’exergue fameux, de Lessing : « Paressons en toutes choses, hormis en aimant et en buvant, hormis en paressant ». Puis l’attaque sous l’intitulé du chapitre I, « Un Dogme désastreux » :

« Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie trame à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis deux siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l'amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu'à l'épuisement des forces vitales de l'individu et de sa progéniture. Au lieu de réagir contre cette aberration mentale, les prêtres, les économistes, les moralistes, ont sacro-sanctifié le travail. Hommes aveugles et bornés, ils ont voulu être plus sages que leur Dieu ; hommes faibles et méprisables, ils ont voulu réhabiliter ce que leur Dieu avait maudit. Moi, qui ne professe d'être chrétien, économe et moral, j'en appelle de leur jugement à celui de leur Dieu ; des prédications de leur morale religieuse, économique, libre-penseuse, aux épouvantables conséquences du travail dans la société capitaliste. »

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Paru en 1883, moyennant dépoussiérage, ce pamphlet demeure subversif. Puisque le travail demeure ce qu’il est dans le monde : si peu créatif, si contraignant et à la fois de plus en plus rare, surtout pour ceux qui n’ont pas d’autres moyens de survivre. Il l’est aussi par le fait que son auteur, Paul Lafargue, était le gendre de… Karl Marx. A défaut d’enregistrement historique, imaginons leur dialogue, qui n’aura pas manqué de sel. À l’image peut-être, mais à un autre niveau, va savoir, de celui qui agita notre déjeuner à la Jazzine, sous le soleil de la Fête du travail…

Je l’appellerai Édouard. Étudiant en « environnement », la vingtaine et un regard plein d’espérance. La parole libre aussi, n’hésitant pas à s’affirmer au besoin à contre-courant des autres jeunes, majoritaires, et aussi de plus vieux – génération de ses parents. Il n’était pas vraiment pour le CPE, et pas vraiment contre non plus. Il disait qu’avoir du boulot, n’importe quel boulot, c’était mieux que d’être chômeur ou Rmiste ; mieux que de vivre aux crochets de la société. Il prenait l’exemple de ce jeune qui, en Angleterre, avait facilement trouvé un boulot : tenir une pancarte publicitaire dans la rue pour indiquer une boutique – un homme sandwich, en somme. Rien de nouveau sous le soleil… Édouard, l’été dernier, avait été éboueur dans une ville du centre. Rien de honteux à ça. Certes pas ! Distinguons le travail utile, nécessaire, des tâches dont le sens est absent, et en tout cas discutable.

Jusqu’à peu, aux péages d’autoroutes, je me faisais fort de passer aux caisses « humaines », histoire de privilégier l’homme plutôt que la machine et histoire aussi, croyais-je en bonne conscience, de préserver de l’emploi… Ma blonde n’était pas de cet avis ; j’ai fini par la rejoindre sur la question : le type-même du boulot dénué d’intérêt et de sens, tout juste bon à justifier une machine… D’ailleurs, à l’observation, « mes » péagistes n’avaient rien à foutre de mes mots gentils ou à la con, eux qui tuaient littéralement les heures dans une guérite désespérante, guettant d’un œil morne ce désert des Tartares à moteurs, contraints à inhaler leurs miasmes, à répéter sans fin ce geste machinal du Poinçonneur des Lilas : ticket-à-prendre-à-rendre-merci-bonne-route. Et de gagner tout juste de quoi ensuite et à son tour passer… à la caisse du supermarché, ces autoroutes de la consommation…

Que la machine prenne aux humains leurs boulots aliénants, qu’elle ne se gêne surtout pas ! Mais « elle » – c'est-à-dire ses « maîtres » – l’ont programmée pour concurrencer l’Homme devenu « variable d’ajustement ». Machines à profit, machines à pomper la vie, la joie, l’espérance. Passer ses jours « ouvrés », tu parles, à tenir une pancarte bien droite, bien stupide, pour écouler ses semblables dans les ornières de la consommation merdique … Bon, si encore il s’agissait d’une passe, vite fait, d’un job de vacances pour étudiants insouciants… Mais au quotidien du sous-emploi, passer de ce sous-statut à celui de caissier d’autoroute, est-ce cela, vivre ? Ou bien s’agit-il de plier l’échine sous les coups d’une aliénation sans cesse réinventée ? – en l’occurrence celle que le sociologue Robert Castel dénomme [Le Monde, 29/04/06] le « précariat », mot-valise composé du début de précarité et de la fin de salariat…

Les boulots les plus pénibles, dangereux, inintéressants, répétitifs, abrutissants, inutiles sont aussi les moins payés. Ma fille me le faisait remarquer. Oui, ils devraient être bien plus payés que ceux qui se payent de leur travail !  C’est tout l’inverse.

Il y a pour trop d’humains de la planète trop de matins sans espoir. De ces matins sans désir, sinon celui de rester allongé. Se lever pour faire l’homme-sandwich, ce n’est pas se mettre debout pour vivre sa dignité d’homme. Je repense à l’écrivain roumain Panaït Istrati découvrant – en 1927 – le drame de la Russie soviétique et, avec ses injustices, les germes du stalinisme à venir : « La dignité de l’Homme ne peut pas se réduire à un bol de riz »…

L’hésitation d’Édouard sur la question du CPE est des plus respectables, à l’image de son refus de l’embrigadement idéologique. Voulant penser par lui-même, il s’impose aussi la confrontation à l’expérience vécue. Ce qui est louable et réconfortant. Surtout qu’en même temps, il pose la question du travail au delà de sa finalité consommatoire et donc résignée, caractéristiques d’une partie des jeunes. Il la met sur le plan de l’écologie planétaire, sujet de ses études. C’est donc qu’il cherche un sens, un « lieu de nulle part », cette îlot d’utopie qui peut indiquer une direction, esquisser un itinéraire de voyage, le voyage de la vie qui va.

Un Paul Lafargue aura sans doute dû en passer par là avant d’écrire son Droit à la paresse dont l’actualité, aujourd’hui, porte sur la remise en cause du productivisme halluciné. La machine emballée entraîne la planète vers le gouffre ; elle carbure au mensonge, le Mensonge majuscule sans lequel cette société pourrait se maintenir. Il en constitue le ciment des apparences fragiles, amalgame de Technicité déifiée (Tchernobyl*), d’âpreté au gain (un François Pinault, entre mille richissimes, s’offrant son palais vénitien au nom de l’ « art » – foutaise !**], d’addiction au Pouvoir (Sarkozy-Villepin, entre mille autres) et à son Spectacle (Clearstream aujourd’hui).

Les médias prennent à ce jeu une part plus qu’active, souvent complice même***. L’actualité, c’est la version médiatisée, filtrée, interprétée, codée et recodée d’UNE forme déguisée de la réalité. Elle ne peut, au mieux, prétendre qu’à cela. Ce serait d’ailleurs déjà bien et suffisant. Hélas, les médias et leurs agents se postulent eux-mêmes comme garants intouchables de « la » réalité…, la boucle d’enfermement autoréférentiel contenue dans la fameuse expression journalistique « c’est de l’info ».

Quant à définir l’information, c’est une autre paire de manch…ettes, abandonnée depuis belle lurette aux penseurs, sociologues et autres sémiologues. Ce qui renvoie le journalisme à ce qu’il est, ou devrait être : une nécessaire & insuffisante vision du monde – j’aime ici la force symbolique de l’esperluette [&] montrant bien le caractère lié, indissoluble, de deux ingrédients basiques désormais séparés. Car force est de constater la suffisance – l’autosuffisance – d’un métier plus que jamais mis en représentation dans la pratique du spectacle généralisé.

Le journalisme « moderne », à travers sa perception généralisée que livrent les médias de masse, se confond avec ses « icônes » vedettarisées. Pas forcément journalistes de métier, certaines donnent le change en tant qu’« animateurs », ce qui revient au même, pour peu qu’on ait l’air effronté et ce qu’il faut de négligé bien calculé dans l’échancrure de la chemise.

Tiens, ce 3 mai, j’ai croisé Giesbert, pdg du Point, auteur à succès, traître politique, mercenaire journalistique, faiseur dilettante et bellâtre de plateau, pérorant sur trois chaînes de télé… Saura-t-on jamais le pognon que rapporte une telle ubiquité médiatique ? Ces sangsues friquées, outre l’offense qu’elles portent à la crédulité des démunis, témoignent de la déliquescence de la médiapolitique. On ne devrait pas laisser à un Le Pen la constance de la critique de ce qu’il appelle l’ « établissement », sorte d’État dans l’État, véritable caste de profiteurs.

Je rêve parfois d’une « méthode Cauet » appliquée à la dénonciation de ladite caste, une sorte de détecteur de mensonge doublé d’un fricomètre. Une jauge apparaîtrait sur l’écran en même temps que le parleur… Elle dirait ce qu’on ne demande pas entre gens bien élevés et de bonne compagnie : De quel lieu friqué parlez-vous Monsieur-Madame ? Le comment et le combien de tant d’argent… Peu résisteraient à cette épreuve du feu. Je sais, c’est limite big brother de penser ça… Heureux les paradeurs en 4x4 étincelants, les gros proprios, les portefeuillistes d’actions, les collectionneurs d’art, les péroreurs éclairés, les analystes pertinents de la misère du monde… Heureux les « happy few » que n’étouffent jamais, hélas, de telles questions de conscience !

Ce sont les mêmes, en attendant, qui nous jouent les Pères-la-Vertu en louant l’Effort dans le Travail-qui-rend-libre… Quel travail, quelle liberté, pour quoi, pour qui ? Je repense, oui, à mon colporteur du Droit à la paresse – vit-il encore, d’ailleurs ? Et je les comprends, ces héros modestes que montre Pierre Carles dans son joliment titré de film : « Volem rien foutre al païs » ! Je dirais même plus : Rien foutre, hormis en aimant et en buvant, hormis en rien foutant… J’entends déjà crier à la provocation. Ah mais, vous ne croyez tout de même pas que tout ça pourrait s’accomplir par miracle, en se tournant les pouces ! Hélas, il y faudra un sacré coup de rein. J’en appelle pour la chute (de reins) à mon cher Jules Renard, dans son ode minimaliste au rienfoutisme : « Paresse : habitude prise de se reposer avant la fatigue ».


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* Sur Tchernobyl, lire aussi mon article La terreur et le Mensonge. Sur le même thème, j’ai relevé à la radio la pertinente réflexion du mari d’une victime de l’accident d’avion du Mont Sainte-Odile, à l'ouverture du procès, 14 ans après : « Il fallait faire vite ! Ils se prenaient [les responsables d’Airbus] pour des dieux, et ils n’étaient que des hommes ».

** Dans Le Monde du 29 avril, l’interview d’une page, amorcée en Une, du grand homme – n’a-t-il pas intitulé son expo « Where are we going ?» ? – est à pisser de rire ! Échantillons : « Qu’est-ce que les artistes vous apprennent sur la condition humaine ? – [… ] L’éclat et la fragilité. […]  – Comment êtes-vous passé de l’art moderne à l’art contemporain ? – Naturellement. La pire des choses, c’est d’être immobile et de ne pas évoluer. [Suit une ode banale sur le bougisme et la nouveauté]. …Je n’accepte nulle tyrannie du goût. » Et là, coup de génie sans rire du journaleux qui ose un :Vous êtes anarchiste ? [ouah !] Réponse :Mon ami Alain Minc [et néanmoins président du conseil de surveillance du Monde…]  dit de moi que je suis un anti-bourgeois. Sans doute a-t-il raison. » [Puisqu’il le dit !] Un peu plus loin : « Les artistes vous empêchent de vous enfermer dans le confort établi » ! D’où mes premières questions si, par anormal, je devais interviouver l’oiseau : Quel est votre genre de confort, moderne ou contemporain ? – Un Palais, mon prince, et tant d’œuvres si chères, mais à qui donc avez-vous tiré tant de pognon ? – Cet excellent Alain Minc vous qualifie d’anti-bourgeois… Diriez-vous de lui qu’il est altermondialiste ?

*** Elle vaut ce qu’elle vaut, ma théorie, qui n’est d’ailleurs pas la mienne : Les médias dominants constituent le mastic des sociétés amollies… Grâce à eux, l’édifice ne s’écroule que lentement : plus de révolution, Sire, dans les sociétés « avancées » ! Plus de guerres non plus ! Pas chez nous quand même ! Ça pète ailleurs, partout où l’information ne circule pas dans les canaux médiatiques de masse, c'est-à-dire dans le « bon sens » de l’aliénation par le Spectacle généralisé, la vraie bonne aliénation en profondeur, mentale et vitale. Celle qui, croient-ils, rend possible le développement durable du Profit. De Grands patrons ont intégré cette réalité et c’est pourquoi ils achètent « du média » à fond les manettes (Dassault, Lagardère, Bolloré, etc. – lequel convoitant aussi la boîte de sondage CSA, tant qu’on y est…).
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