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Derrière la comédie de l’ouverture,
une politique à tendance fascisante

par Pascal Heisserer*


Qui ne voit que derrière les gesticulations de Nicolas le Petit (pour prendre des accents hugoliens) pour jouer au Grand Homme (responsable, digne et ouvert) se met en place un profond verrouillage à venir de la vie politique et démocratique de notre pays !

I) Au premier plan : un spectacle comique.
Nicolas Sarkozy qui n’oublie pas qu’il a été élu en dépit d’une profonde méfiance à l’égard des dérives libérales-sécuritaires de son programme s’efforce, à grands renforts médiatiques, de montrer à l’opinion publique qu’il n’est pas l’homme que l’on croît.

C’est pourquoi il joue.

Seulement il n’a plus besoin de jouer pour les siens. Ils lui sont acquis car ils l’aiment à en avoir perdu tout sens critique, adorants et magnifiants ses envolées lyriques, un peu comme si son verbe les avait anesthésiés.

Non désormais il lui faut jouer pour les autres, pour tous ceux qui doutent du bien-fondé de sa politique.

Et il y en a encore, pensez-vous !

Selon les cas, il lui faut les séduire, les rassurer, les débaucher, voire les intimider.

Ainsi il reçoit les responsables syndicaux et "comble de l’étonnement" (mais je suis bête, il y a des élections législatives dans un mois et il n’est peut-être pas bon que le "Loup" sorte du bois !), il met en sourdine ses projets les plus "progressistes" (fin du CDI, remise en question du droit de grève, franchise-santé) et avance les idées d’égalité salariale homme-femme, de promotion sociale et d’enrichissement par le travail.

A la suite de quoi, en bon Républicain chacun se déclare prêt à travailler (et non à batailler) avec le nouveau Président.

Puis voyant que la Ruse fonctionne (en bon élève de David Copperfield pour qui : "plus c’est gros, plus ça marche"), il se propose de jouer la carte de l’ouverture politique afin d’élaborer une dream-team droite-centre-gauche.

Tentative qui ne peut que nous faire sourire.

Rappelons les mots de Freud et Bourdieu.

>>>
Le premier répondant à la question de savoir pourquoi autant d’hommes intelligents avaient pu se compromettre avec un régime si mauvais avait simplement dit : "C’est parce qu’ils ne le sont pas tant que cela".

Le second se demandant pourquoi des hommes de gauche avaient pu passer à droite avait simplement dit : "C’est parce qu’ils ne l’ont jamais vraiment été".

Et si maintenant certains imaginent pouvoir infléchir la marche libérale-sécuritaire à tendance fascisante du Président Sarkozy, je crois qu’au mieux ils se leurrent et qu’au pire ils feront tapisserie. Je ne leur prédis rien d’autre qu’un destin de Xavier Emmanuelli ou d’Azouz Begag.

II) En arrière-plan : les germes d’un drame.
On peut donc se demander pourquoi N. Sarkozy dont tous les sondages indiquent que l’UMP va avoir SEULE la majorité au Parlement a besoin de former un pseudo gouvernement d’union nationale ?

Mon hypothèse est la suivante :

Il ne peut penser que son crédit est déjà entamé. Il ne peut imaginer perdre.

C’est donc pour une autre raison.

Raison qui m’autorise à qualifier de politique à TENDANCE fascisante, la politique libérale-autoritaire de celui qui s’aime trop (si Zémour me permet de parodier le titre de l’un de ses ouvrages).

A mes yeux, l’opération qui est en train de se mettre en place est limpide.

N. Sarkozy veut concentrer TOUS les pouvoirs.
Après les sommations à la presse d’opposition (Libération, Le Monde), les dénigrements systématiques de l’Institution judiciaire (des juges rouges !), les minimisations des syndicats (qu’ont le droit de dire 8% de salariés face à 53% d’électeurs ?), la mise au pas du pouvoir exécutif (les Ministres, le Premier compris, deviennent de simples courroies de transmission de sa volonté), il s’attaque au pouvoir législatif et à l’opposition.

Ces deniers ne doivent pas être en mesure de s’opposer.

Il faut détruire les possibilités réelles de toute contestation.

J’entends déjà la démagogie de demain : "Mais comment pouvez-vous trouver notre mesure profondément anti-sociale étant donné que des gens de gauche et du centre ME soutiennent ?"

Maintenant pour tous ceux qui sont sidérés par un tel spectacle, je me permets de rappeler que dans la presse locale de ce jour (Voir journal L’Alsace) il est mentionné :

  des services publics ferment dans les zones rurales,
  des classes ferment dans les zones rurales,
  des salariés sont licenciés dans les zones rurales.

Preuve qu’au-delà des opérations de communication, la réalité est toujours aussi aride et donc propice à une autre politique que celle qui est mise en place depuis au moins 5 ans.

–––––––
* Professeur de philosophie à Strasbourg, membre du Parti socialiste
http://pheisserer.net
6 mai 2007. Tentatives d’explications blogosphériques

Ma petite blogo-revue… Je tombe donc sur « radical chic », un lieu très schizoïde où, si j’ai bien pigé, un même auteur virevolte de droite à gauche. Provoc, ixième degré, pirouette habile et talentueuse. Donc, je pompe dans « Faut-il insulter les électeurs de Sarkozy ? », signé Guillermo, le lundi 7 mai 2007 :


« Putain ça me démange, quand je pense à cette bande de vieux grabataires, d'abrutis ou d'égoïstes (au choix) qui nous collent 5 ans avec un vendeur d'aspirateur, j'ai des envies de meurtre. Certes, tout seul contre 53 et quelques pour cent de mes compatriotes je ne vais pas aller loin, mais je préfère m'énerver plutôt que d'en appeler à la réconciliation nationale : la victoire est claire, le mandat pour les réformes, bref toutes choses destinées à me faire avaler la bonne potion du docteur Sarko, et avec le sourire, encore. Il faut bien se défouler.

« Au fond, je suis triste que tant d'électeurs, notamment dans les classes populaires, puissent voter contre leurs intérêts - et pourtant j'ai tort de raisonner ainsi. D'abord parce que je ne vote pas moi-même avec mon intérêt direct en ligne de mire, ensuite parce qu'il faut, de la part de ces électeurs moins bien lotis, un certain courage pour appeler sur eux-mêmes la foudre des réformes et du démantèlement du service public en s'imaginant que c'est la meilleure façon de sortir du marasme (ou de l'impression de marasme). Fillon, notre sémillant futur premier ministre, n'a pas tort quand il se félicite d'un vote "positif" : c'est un vote motivé par la peur du déclassement et des jeunes, un vote pour que les plus bas que soi s'en prennent pour leur grade, mais c'est aussi un vote qui appelle un agenda de réformes - sur le modèle "no pain, no gain".

« Et le prix à payer est élevé. Croire que la France ira mieux quand le "travail sera libéré" n'est pas incohérent (même si c'est sans doute faux) ; devoir en passer par la réaction généralisée, c'est pathétique. Il est terrible d'avoir à subir ce package de la haine de classe, des défiscalisations pour investisseurs immobiliers et autres rentiers, des lois répressives et inutiles, et de toute cette idéologie de chiottes matinée de néo-pétainisme. Les pragmatiques diront que la récupération des électeurs du FN était à ce prix, mais j'aurais préféré que l'offre politique n'épouse pas à ce point les contours crasses de la basse démagogie.

[…]
« Ce qu'il nous aurait fallu, et ce qu'il nous faudra, c'est un programme plus clair qui associe des réformes vraiment efficaces avec un autre impératif de justice sociale. Il est scandaleux d'entendre lier valeur travail et coup de pouce aux héritiers, mais il est encore plus pénible de voir que personne à gauche n'a eu les moyens de contester ces élucubrations. C'est ce manque de vision politique, du rôle de l'État, de la frontière entre public et privé, entre intervention et libre entreprise, ou de l'autre côté d'une perception renouvelée des mécanismes de reproduction de classes et des inégalités, qui ont cruellement fait défaut à gauche. En se laissant enfermer dans la vision binaire et moralisatrice de la droite ou la cote mal taillée du déclinisme, l'élection était perdue d'avance. »
guillermo


Chez « finis africae », je tombe sur une élégante plume, un brin dilettante. Ce passage me parle bien. Il se situe dans le récit de l’auteur, judicieusement intitulé « La Peste », qui parle de conversations de cantine avec ses collègues de travail. L’une d’elles se laisse aller à son racisme ordinaire :


« Ma collègue repart de plus belle :  « Avec les gitans qui se sont installés à côté, tu vas voir que des rats, ça va en attirer de plus en plus, on ne risque pas de s'en débarrasser. »  J'ai été à deux doigts de lui parler d'autres rats, ceux de La Peste de Camus, mais je me suis dit qu'elle ne comprendrait pas l'allusion et je me voyais mal lui expliquer sans que ça dégénère. Alors je me suis tu.

« En fait, c'est ça le problème. On a capitulé. On ne contredit plus ces crétins, alors ils croient qu'ils ont raison et n'ont même plus honte de leurs idées. À la place, c'est nous qui avons honte rétrospectivement d'avoir encaissé leurs remarques racistes sans oser réagir. »

Une capitulation ? Qu’en pensez-vous ?
Joli coup du Monde qui, en quelques clics sur le site des Journaux officiels de la République française, démontre que le groupe Bolloré s'est bien vu attribuer ces dernières années des marchés publics. Vincent Bolloré et Nicolas Sarkozy avaient affirmé le contraire mercredi 9 mai, suite à la polémique déclenchée autour des frasques sarko-bolloréennes…
   
Le Monde du 10.05.07  a recensé plusieurs contrats dont :

–  Le 17 juin 2005 SDV
, la filiale logistique du groupe Bolloré, s'est  vu attribuer un marché de "transport de fret par voie aérienne commerciale à la demande et pour le compte du ministère de la défense", d'une valeur estimée à 36 millions d'euros, hors taxes. Le contrat est lui aussi d'une durée de 48 mois.

– Le 5 janvier 2006, SDV emporte le marché des "prestations de transport aérien et d'opérations ponctuelles de dédouanement de diverses marchandises pour la direction des monnaies et médailles". Le montant est "indéfini".

– Le 10 août 2006 l'attribution du marché à SDV du "traitement de la valise diplomatique fret" par le ministère des affaires étrangères ; il s’agit d’un 'contrat sensible' relatif à la protection du secret et des informations concernant la défense nationale et la sûreté de l'Etat ; montant estimé : entre 1,4 million et 5,6 millions d'euros, hors taxes, pour "une durée de 48 mois".

– Le 16 novembre 2006, on retrouve SDV TTA, parmi d'autres entreprises, dans l'attribution d'un marché, concernant un "accord carde acheminements" par l'économat des armées.

D’autres contrats "de fourniture de fioul domestique"  ont également été passés par Bolloré Énergie avec des organismes publics et des collectivités locales.

Des lecteurs du Monde ont aussi apporté leur contribution à ce premier inventaire.

>>>
 Ainsi Marie-Christine E. : « Et qu'en est-il des 12 licences Wi Max attribuées par l'Autorité de régulation des télécoms, à Bolloré Telecom en juillet dernier ? Il ne s'agit pas de marchés publics ? » Laurent l. précise de son côté : « Impressions électorales européennes[...] L’État français aura dépensé 130M€ pour imprimer et diffuser les imprimés à destination des 42M d’électeurs inscrits. [...] papiers [...] majeure partie a été fournie par le groupe Bolloré. Sur les 12 000 tonnes nécessaires, 7 500 ont été fabriquées par les Papeteries du Léman (Thonon) et les Papeteries des Vosges (Laval-sur-Vologne). [...] appel d’offres européen lancé par le ministère de l’Intérieur [...]” Source : Revue Caractère, citée par Rue89.


Laurent l. s’est aussi lancé dans l’investigation. D’une part pour relever une confusion sur un contrat entre Bolloré Group et un homonyme  Bolloré SA dans le 44, cela à propos de l’hôtel de police de Grenoble. D’autre part pour relever « que Bolloré Group est en relation d'affaires avec EDF, notamment via BatScap (propriété Bolloré 95%, EDF 5%) qui a notamment racheté le canadien Avestor (activité de batteries électriques). »

Le groupe de l'homme d'affaires avait affirmé mercredi qu'il n'avait "jamais eu aucune relation commerciale avec l'État français". Nicolas Sarkozy avait indiqué de son côté que "Vincent Bolloré est un des grands industriels français. Il n'a jamais travaillé avec l'État. Il fait honneur à l'économie française".

Depuis, Vincent Bolloré a implicitement reconnu ces marchés mais pour les réduire à trois fois rien – « même pas un pour mille du chiffre d'affaires de notre groupe » [estimation portée entretemps à un pour cent chez Bolloré même…], explique-t-il au Parisien [11/05/07]. Je le répète, pour nous, cela ne représente quasiment rien de notre activité ».

Pour un si petit mensonge, on ne va tout de même pas chipoter un honnête travailleur et un irréprochable futur bientôt président. D’ailleurs, qu’il se rassure et son grand ami avec : selon le sondage effectué par lemonde.fr, sur 40.873 votants, 54.5 % estiment que les vacances de Sarkozy à Malte... ne donnent pas lieu à débat, car elles relèvent de sa vie privée. On appelle ça l’état de grâce.

allegre sarkozy

Sarkozy sur France Inter. Comme un pet sur une toile cirée

Ce matin, invité de France inter, le candidat UMP. Très défensif-offensif selon son naturel galopant. En auto-surveillance, se redoutant lui-même, depuis le temps qu’ « on » lui dit – « on », ses managers de boxe qui, entre chaque round, viennent lui passer l’éponge dans le dos : « Gaffe à ta gauche, Nicolas ! Pense à ton crochet droit ! ». Et le poids-coq, un peu welter, repart au coup de gong, fait écran à l’arbitre pour tenter un coup bas, sous la ceinture.

Il était donc sur ses gardes, dans ce repaire post(e)-68tard, cette radio écoutée surtout par des Sarko-sceptiques, pour le moins [sondage Télérama] – mais les trois ou quatre auditeurs- questionneurs seraient cette fois triés en conséquence. Il avait donc tort de s’inquiéter pour si peu. Guy Carlier aura préféré tourner les talons. Suffisait alors de la jouer badine – on badine bien avec les médias, et Demorand donnait aimablement dans le taquin : « Vraiment, liquider 68 ? » Beuh, le picador n’aura guère fatigué le taureau, et Hélène Jouan n’agitera pas la muleta, tout juste un p’tit coup de chiffon timide. Et lui de barbouiller à tout-va : « François Hollande a dit qu’il n’aimait pas les riches ». Rien ne se passe autour des micros. Pas le moindre contrepoint. Pourquoi se géner ? D’un uppercut, il descend 68 : ce temps où « Voltaire, ça valait Harry Potter ». Et pas un mot pour relever ce déni intellectuel – ou au moins pour rappeler, même en badinant, que le Potter en question, euh, en 68…

C’est vrai qu’il terrorise. Demorand, tout assuré qu’il paraisse – de l’assurance sans risque des jasettes de salon radiophonique –, ne résiste en rien aux assauts de la bête, feutrés de ses « je vous le dis très gentiment » (à deux reprises), mais n’y revenez pas trop ! La menace a du mal à se voiler : « Vous êtes formidable ! Avec vous, j’ai l’impression de faire un débat avec un homme politique… Merci, comme ça je m’entraîne pour ce soir ! »… Ou encore : « On peut avoir ses convictions et être précis ! » Ces piques sont terriblement acérées. Elle délimitent la fonction journalistique : des questions, certes, mais pas d’objection, pas de résistance, juste passer les plats. 40.000 personnes hier à Charléty : « – Vous y étiez ?! Bon, disons que vous y étiez pas !… » Sous-entendu : alors on la ferme !
Et lui alors, il y était ?

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Un auditeur prend le relais pour dénoncer la « colonisation » de France inter par les idées de 68… Oh, comme vous y allez !, proteste en substance Demorand, voyez Sylvestre et Marris, on équilibre… Comme si la fonction journalistique ne devait, par essence, relever de la nécessaire et démocratique fonction de contre-pouvoir. Un ministère de l’information ? – « Une plaisanterie ! » En effet, pour quoi faire ? Comme si le système des réseaux d’amitié et de connivence n’était pas autrement efficaces. Mais l’objection est d’avance désamorcée : « On me dit que les médias sont à ma solde… Mon dieu ! » Voyez Libération, le Nouvel Obs, Marianne… qui appartiennent à des riches et cependant partisans de « Madame Royal »… « Dois-je en conclure que Madame Royal est liée aux puissances de l’argent ? » Silence radio. Sarkozy embraie de plus belle : Lagardère n’était pas à Bercy, Bouygues non plus. Alors, si c'est pas la preuve !

Et là, les micros sont scotchés, médusés.

Bon, OK, on ne peut pas tout ressortir, ni forcément être assez réactif face à tant d’aplomb… Mais enfin, il y avait quand même matière à rétorquer ! Sinon, bordel de chiotte, à quoi je sers à ce micro qui, rappelons-le, est tout de même et avant tout un outil au service du droit du public à l’information ! Alors, je résume, en vrac :

Sarkozy a un fils dont Martin Bouygues – actionnaire principal de TF1 –  est le parrain ; lequel a assisté au congrès de l'UMP qui a sacré le même Sarkozy ; Bernard Arnault – PDG de LVMH qui possède La Tribune – est ami de Sarkozy, qui a assisté au mariage de la fille d'Arnault, comme il avait assisté au mariage de Claire Chazal (TF1) ; Vincent Bolloré – entre autres PDG d'Havas – ami de Sarkozy, présent à la remise de sa légion d'honneur ; Arnaud Lagardère –  Hachette (entre autres:
Europe 1, le Journal du Dimanche, Paris-Match, des titres régionaux), EADS… – grand ami de Sarkozy, présent, cette fois, à son meeting pour le "oui" à la constitution Européenne en mai dernier. N’oublions pas non plus dans la même brochette amicale : Édouard de Rothschild  l'actionnaire de référence de Libération (« journal de merde»), Alain Minc président du conseil de surveillance du Monde.

Donc, à France Inter ce matin-là, on a glissé là-dessus comme pet sur toile cirée.

Pourtant l’invité n’était pas pleinement content (peut-il jamais l’être avant d'atteindre « la plus haute marche ? ») Pas content, car il n’aime pas les journalistes et les redoute. D’où ces assauts d’attention mêlés de menace. La main dans le dos et la dague pas loin : « Monsieur Demorand », qu’il lui lance à la dernière minute, « vous filez un mauvais coton… » Pourquoi dit-il ça, à celui qui n’a tout de même pas démérité et proteste de sa bonne foi : « Ça veut dire quoi ça, exactement, Nicolas Sarkozy ? » Réponse : « Ça veut dire qu’à 9 heures on a le droit… » Demorand : « …de plaisanter ». Sarkozy : « …oui, de plaisanter ». Ouf, on a eu peur ! On souffle en vannant gaiement avec des slogans de 68. Le débat, c’est pas la guerre, hein ! Il était moins une.
« Nous sommes tous de minables coupables.... »

par Daniel Cohn-Bendit et Alain Geismar


« Nous sommes coupables d'avoir fait souffler un vent de liberté et d'autonomie à la radio-télévision d'État d'alors; ce que semble regretter Nicolas Sarkozy.

Nous sommes coupables d'avoir rêvé d'autonomie et de démocratie dans les écoles, les universités et les usines. Coupables d'avoir désiré la justice et l'égalité au travail comme à la maison; ce qui semble déranger Nicolas Sarkozy.

Nous sommes coupables d'avoir taillé une croupière à l'autoritarisme gaulliste, marxiste, communiste, syndical et patronal.

Nous sommes coupables de cette réalité d'aujourd'hui où les femmes et les hommes décident en toute liberté de leur corps et, pire, de rester ensemble ou de se quitter. De cette réalité où les jeunes décident librement de leur contraception et où les femmes ont le droit de choisir de laisser naître un enfant ou pas. Visiblement cela ne plaît pas non plus à Nicolas Sarkozy.

>>>
Nous sommes coupables d'un tas de conneries comme "CRS-SS". Mais était-ce donc pire que les propos d'un Georges Marchais, alors secrétaire général du Parti communiste français, pour qui "l'anarchiste allemand" venait déranger la classe ouvrière française ou qu'un " Cohn-Bendit à Dachau! " qui servait de mot d'ordre à la grande manifestation gaulliste?

Nous sommes coupables du bêtisier révolutionnaire des "Vive Trotski', "Vive Che Guevara!"," Vive Mao!", autrement dit, des "Vive la révolution autoritaire ou totalitaire", " libertaire ou plébéienne".
Coupables donc d'avoir béatifié Marx ou Proudhon en ignorant Hannah Arendt et Albert Camus mais aussi de n'avoir pas bien lu Jean-Paul Sartre.

Nous sommes génétiquement coupables d'un désir d'égalité, de solidarité et de liberté.

Nous sommes génétiquement coupables de penser que le pouvoir n'est pas la propriété privée d'un homme ou d'une femme.

Nous sommes génétiquement coupables de rêver d'une mondialisation écologiquement et socialement régulée.

Nous sommes génétiquement coupables de croire que le karcher ne résout rien et que la police ne peut pas tout.

C'est pour toutes ces raisons que nous décidons de créer un cercle des "enragés repentis fatigués de la chienlit" et que nous demandons à être rééduqués par le maître penseur de la révolution culturelle sarkozyste, André Glucksmann, en promettant de nous flageller publiquement et collectivement devant le siège de l'UMP les jours de prière du vendredi, samedi et dimanche.

Et puisque nous nous découvrons aujourd'hui, non sans intérêt ni surprise, responsables de la spéculation boursière et des parachutes dorés pour les grands patrons, nous convoquons, en vertu des droits à la propriété intellectuelle, une assemblée générale pour réclamer collectivement nos dividendes qui financeront nos séances d'autocritique, de confession publique, de pénitence et d'humiliation. Nous voilà prêts à "passer aux aveux" au prochain congrès de l'UMP.

Inch'Allah, Mazel-Tov, que Dieu nous bénisse et que la révolution sarkozyste nous punisse.

Nous savons que, libérés de notre culpabilité, nous pourrons nous épanouir à l'ombre du pouvoir de Nicolas Sarkozy. Ensemble, et sans tous ceux qui dérangent. Sous les pavés de notre honte, la plage...

Merci Saint Nicolas.

De Mao à Sarko, Glucksmann

s’est retrouvé un Grand Timonier

Ce dimanche à Bercy, ayant atteint des sommets, il s’est cru au Zénith. Et Glucksmann n’a pas bronché. Pas plus qu’un Bigard. Ils étaient là pour soutenir, acclamer, prendre date pour l’Histoire… Prenons date, donc, avec ce 29 avril d’hystérie « omnisports ». Discours et assistance hallucinés. Haro sur 68 et les intellos, gloire au populo !

On aura donc tout vu de l’horreur démagogique. Horreur il est vrai imperceptible, et en fait fascinante aux yeux d’un citoyen-électeur sur deux. Aveuglement-fascination, deux temps d’un moteur increvable. Mon peuple, pourtant. Ce même peuple que d’autres moments d’Histoire auront fait lever avec ses piques de sans-culottes, ses pavés de la Commune et de Gay-Lussac. Mais aussi ce peuple moins hardi, voire péteux, sous Pétain et l’occupant…

Et maintenant ce même peuple capitulant – « les Français sont des veaux… » – s’offrant en pâture médiatique et en parterre béat devant des histrions qui le méprisent en lui déclarant un amour de carton-pâte. C’était la veille de Bercy, à Valenciennes, usine Vallourec, entreprise du CAC-40 : des ouvriers en bleu de travail applaudissant l’ode à la France « lève tôt- gagne plus »… Pour se faire enculer, oui ! Pas d’autre mot disponible, pardonnez la vulgarité, effet de colère et de tristesse. Un tel spectacle, non ! Un déni de conscience : « Con comme un ouvrier de droite ! », j’avais entendu ça, il y a quelques années, d’une ouvrière-gréviste isolée dans son désespoir.

>>>

Des harangues pareilles, normal que ça fasse effet chez les rombières et rombiers de la bourgeoisie, bon. Normal aussi que ça empapouate les pipoles du show-biz. Normal enfin que ça fasse se trémousser le Glucksmann, cet ancien chantre de Mao, cet adorateur d’idôles et déboulonneur à retardement – tout le monde peut se tromper… Même sur Sarko ? Attendons, pourrait-on dire, si on avait le temps d’esthétiser à propos d’une menaçante Bérézina démocratique ; si on avait envie et moyen de se caler dans le bien au chaud de ces moralistes qui ne morflent jamais, sinon de ridicule, de leurs bévues à répétition et inconséquentes.

En 1972, n’avait-il qualifié la France de « dictature fasciste », rêvant à l’embrasement de l’Europe entière de Lisbonne à Moscou (rapporté par Raymond Aron dans ses Mémoires) ? Emballements et engagements l’agitent par périodes et en tous sens pour finalement converger sur les prises de position américaines et israéliennes en matière de politique extérieure, notamment lors du conflit contre l’Irak. En 2003, il fustige le « camp de la paix », et atteste des fameuses armes de destructions massives de Saddam Hussein – conviction qui en fera un zélateur de Bush et un va-t-en guerre. Reconnaissons-lui toutefois ses positions anti-staliniennes et son soutien à la cause tchétchène – et revenons à « sa » cause sarkozyste.

Dans le « grand homme », Glucksmann reconnaît le « seul candidat aujourd’hui à s’être engagé dans le sillage de la France du cœur », rejetant une gauche « qui se croit moralement infaillible » mais a renoncé au combat d’idées et à la solidarité internationale. Dimanche, en chauffeur de salle à Bercy, il y est allé de sa diatribe contre Ségolène Royal au sujet de sa prétendue complaisance avec les dirigeants chinois sur la question des Droits de l’Homme. Son maoïsme enflammé l’autorisait en effet à jouer les donneurs de leçon, lui qu’avait aveuglé son adoration pour le Grand Timonier !

Autant de faits de bravoure qui lui ont valu une belle réplique de l’écrivain Jean-Marie Laclavetine (Le Monde 05/02/07) : « Nous sommes désormais habitués aux combats menés pour la galerie cathodique par les titans de la pensée française. Moi et George Bush, moi et Saddam, moi et Sharon, moi et Bouteflika, moi et le Che, moi et le pape, moi et Fidel, moi et Mitterrand, moi et de Gaulle. Un peu comme Nicolas, en somme, ce Nicolas dont vous faites sans rire un descendant d’Hugo et de « la France du coeur », en référence sans doute aux Restos du même nom, où il envoie ses pandores effectuer des rafles, sûrs qu’ils sont de trouver autour des gamelles de soupe leur ration de sans-papiers ; ce Nicolas héritier de Jaurès qui prône la restriction du droit de grève et le démantèlement du code du travail ; ce Nicolas qui glorifie l’abbé Pierre tout en faisant cueillir par ses gendarmes des enfants trop foncés dans les salles de classe. »

Inspirateur de Sarkozy, Glucksmann lui aura sans doute un peu soufflé son envolée contre Mai-68. Délice sucré de l’intellectuel aux marches de l’Imperium – enfin la cour des « grands » ; revanche arrogante de l’apostat voulant faire croire que l’Histoire a changé et non pas lui. Sauf son habit de clown.

Le P'tit coin

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Voici donc le temps des meaculpistes, politiciens qui se la battent à coups de tambour médiatique. C'est nouveau, ça vient d'Amérique. Sondages attendus. [28/4/08]


Qui a dit : «Mieux vaut être à l’aise dans ses baskets qu’à l’étriqué sur ses talonnettes » ? Indices : télé, journalistes, Élysée… Ouah ! trop fastoche. [24/4/08]


Le voilà à la Martinique avec «ses airs» de procureur contrit. Si seulement il avait honoré la dépouille de Senghor. [20/4/08]


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Avant, il n’y avait pas de politique. Ni l’eau tiède, ni la poudre, ni même le bouton à quatre trous. Même pas la civilisation. [3/1/08]

Le baril de pétrole à 100 dollars. Mais attention, c’est du brut léger. Du Dom Pérignon. Bonjour les radars ! [2/1/08]

Interdit de fumer dans les bistrots. À côté de la pollution planétaire par cheminées d’usines et pots d’échappement, c’est une mesure clopinette. [2/1/08]

Aïe aïe aïe ! Ce n’était que de l’ «urgence». Voilà qu’il nous annonce l’ «essentiel» et même la «civilisation»… Vivement 2009. [1/1/08]

Je le croyais au Vatican, il est à Kaboul. Enfin… il est déjà parti. Tiens il repasse par ici. Ah non, par là! Sacré speedy, tu nous rends maboules. [22/12/2007]

Oh, rien… juste pour dire mon étonnement à propos du séjour parisien de Khadafi: pas une manif, pas le moindre entartage. Est-ce encore une époque? [21/12/2007]

••• Ça saute aux yeux: le P'tit coin se trouve à l'abandon, pas entretenu comme "avant". Parce qu'"avant" c'était mieux, non? ••• [10/12/2007]

Les pétroliers vont «lisser la hausse des prix». Excellent pour «fluidifier les rapports sociaux». Sans nous prendre pour des cons. [10/11/2007]

Enfin une bonne nouvelle : François Hollande candidat aux cantonales en Corrèze. [10/11/2007]

Rabat, Ajaccio, N’Djaména, Le Guilvinec, Washington. Et un petit coup de Colombey pour la route. Ça mange pas d' pain. [09/11/2007]

En vedette américaine, il s’est pris pour La Fayette et John Wayne. Ce ne fut que Christian Clavier dans une resucée des «Visiteurs en Amérique». [08/11/2007]

Tout compte fait, rectif : pas 140 mais 170%, l'augmentation de la paie de l'omniprésident. Il le mérite bien, le pauvre. [08/11/2007]

+140% d'agitation = +140% sur la paie. Chose promise chose due. Où est le problème? [31/10/2007]

Ce Lagardère junior, t’as vu, quel panache! Même pas peur. De la trempe de ceux qui savent: cette race des initiés. [26/10/2007]

Bien joué,
les rosbifs et les pumas!. Essai transformé contre une coupe trop pleine de récup’
politicarde. Toujours ça de gagné. [20/10/2007]

Entre nous, même pas question de divorce : ni mariés ni pacsés, rien. Une affaire arrangée pour cinq ans, renouvelable en plus. C’est ta faute, Marianne. [19/10/2007]

Son prochain boulot de ministre va-t-il lui «plaire»? Quand on s’appelle Laporte, on peut l’ouvrir. Ou la fermer. [17/10/2007]

Le Nobel de la Paix au GIEC et à Al Gore. W fait la gueule. Qu’on lui attribue celui de la Guerre ! [12/10/2007]

Et revoici le «détail» qui tue, version Fillon-ADN. Là, paternité connue, pas besoin de nouveau prélèvement. [07/10/2007]

Sarkozy est aussi bon prince. Il a passé commande à Colombani d’un rapport sur l’adoption. Et il va lui confier les clés de la fondation «Orphelins du Monde». [05/10/2007]

Le droit des affaires? Bon exemple d’oxymore, cet alliage de deux mots contradictoires. Pas poétique pour deux ronds? Question de prix. [05/10/2007]

Le FMI, voilà une boîte qui paie : 28.000 euros par mois. Ouais, pas mal. Hein? pas imposable? Ah?… alors là, faut voir… [29/09/2007]

Le Monde : «L'Élysée et Matignon divergent sur l'économie». Desproges : «Dix verges, c’est beaucoup!». [24/09/2007]

Villepin-Clearstream : 50.000 € de caution au lieu de 200.000. C’est la justice au rabais. [21/09/07]

1) Borloo sifflote sur l’air du non aux OGM. 2) Bové opine. 3) Bruxelles dit niet. 4) Sarko empoche la mise, avec Monsanto. Bravo qui ? [21/09/07]

– Après la jachère, tu cultives quoi cette année? – Du résultat. – Ah? Et ça rapporte? – J’en sais rien, pas encore récolté. [19/09/07]

Rien de bon, tout à jeter. Comment avons-nous pu vivre sans Lui. Comment notre pays et notre République ont-elles pu exister jusqu’ici ? Mystère. [19/09/07]

Jospin-la-débine. Jospin-la-défausse. Et aussi la bignole. Qui voudrait «nous» sortir de l’Impasse. Sur ce point au moins il sait de quoi il cause. [17/09/07]

Ancien combattu d’irak, Kouchner se concocte une revanche en Iran. "Il faut se préparer au pire" a déclaré le French va-t-en guerre. Non, W, t’es pas tout seul! [17/09/07]

En quête de «convergences à gauche», Hollande propose des «assises». Comme saint-François? C’est à dormir debout. [14/09/07]

Trop bas rendements dans les expulsions, déplore Hortefeux: «On est, en tendance, légèrement en dessous de l'objectif». Des préfets risquent leur prime de Noël. [12/09/07]

Si à l’Est, si à droite, si sarkozienne: Strasbourg valait bien une messe. Ce sera un conclave. [07/09/07]

Éric Besson favorable à la TVA sociale que le gouvernement met sous le boisseau. On est socialiste ou on ne l’est pas. [05/09/07]

Pour un vrai remaniement, bordel : Hollande à Matignon, Montebourg place Beauvau, Ségo à l’Élysée, non mais ! Et p’tit Nico direct au Panthéon. [29/08/07]


Dico politico : «Gouverner - v. tr., 1 - Vx Art de touiller le pastis. 2 - Vx –> Slogan : “Un Rocard sinon rien”». [29/08/07]


Dico diplo : «Un Gaffeur sans frontières (GSF) est un Kouchner oubliant de tourner sept fois (au moins) sa langue avant de devoir s’excuser». [27/08/07]


Le maire UMP d’Argenteuil a un «certain» flair politique mais zéro sens pratique. En effet, si «Malodore» pue plus que les SDF, quel intérêt ? [26/08/07]


Le pain va augmenter de 5 à 8 %. Enfin la baguette plus joufflue, plus miam-miam ! Avec les jeux à 100%, le peuple est comblé. Merci qui ? [26/08/07]


Hier, le Texas a exécuté son 400e condamné à mort depuis 1976. Trois autres sont dans «le couloir». W est grand, les USA aussi et dieu encore plus.
[23/08/07]


Le Monde : «M. Kouchner a pris la mesure de l'“intolérance” en Irak». Les voyages forment la jeunesse diplomate. [22/08/07]


Max Roach, exit. Le Président-de-tout n’a encore pas donné de la grosse caisse? Pourtant batteur et bateleur, ça pourrait faire du bruit. [17/08/07]


Les Sages censurent un bout du “cadeau fiscal”. Mais “le gouvernement tiendra les promesses du président”, a dit Fillon. Coup d’État annoncé? [17/08/07]


La canicule des pécules. La Bourse de Paris à son plus bas niveau de l'année. Speculat nec mergitur ? [16/08/07]


Serrault, Bergman, Antonioni… je vois… Mais Lustiger, il a tourné dans quoi déjà ? [07/08/07]


Serrault, Bergman, Antonioni… Non mais c’est quoi ce cinéma ? [31/07/07]


L’histoire d’un mec… Qui rencontre un bédouin dans le désert. Par hasard. «Tu m’achèterais pas une centrale nucléaire? » « Ben si, tiens ! » Et voilà. [26/07/07]


+ 17 % d’imposés à l’ISF en un an. Riches et mécontents, ils sont de plus en plus nombreux à être doublement malheureux. Misère ! [21/07/07]

Le Monde du jour titre plein pot à la une : «Google creuse l'écart avec Yahoo!» Le dopage sur le Tour… sale affaire.
[20/07/07]


Le 17 juillet 1967, John Coltrane « cassait son saxo ». Il n’avait que quarante ans. Et ça fait quarante ans ce jour. Il n’a pourtant cessé de jouer. [16/07/07]


Légion d'Honneur à Mme Devedjian. Motif, selon Sarkozy : A « accompagné une carrière brillante, celle de Patrick». Fermez le ban. [14/07/07]


Un examen en pleines vacances, pas drôle du tout. Réviser ses notes, machiner des anti-sèche. Pauvre Villepin. [11/07/07]


20 % à 30 % d'abattement de l'ISF sur la résidence principale. Ce n’est que justice, les SDF bénéficiant de l’abattement total. [11/07/07]


La messe en latin, bof… Pourquoi pas en chinois, en hébreux, en lingala ? Mais pour un meilleur obscurantisme, rient ne vaudrait le braille. [10/07/07]


Elle avait dédaigné la carte d’électrice de la République. La bleue «Trésor public» lui convenait mieux. Après deux repas, elle a dû la rendre. Indigestion? [05/07/07]


Recette Danone de capitalisme diététique : se faire du beurre en dégraissant les P’tits Lu. [04/07/07]

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