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Le P'tit coin

undefinedUn VRP en aspirateurs, flairant le bon client, ne demande surtout pas à ouvrir le placard à cadavres. C'est con et mal élevé. En Tunisie aussi. [29/4/08]


Voici donc le temps des meaculpistes, politiciens qui se la battent à coups de tambour médiatique. C'est nouveau, ça vient d'Amérique. Sondages attendus. [28/4/08]


Qui a dit : «Mieux vaut être à l’aise dans ses baskets qu’à l’étriqué sur ses talonnettes » ? Indices : télé, journalistes, Élysée… Ouah ! trop fastoche. [24/4/08]


Le voilà à la Martinique avec «ses airs» de procureur contrit. Si seulement il avait honoré la dépouille de Senghor. [20/4/08]


Ici Londres. Le président nouveau lance son appel à résister… au «capitalisme de la frivolité». Il y aurait aussi un capitalisme bling-bling? [28/3/08]

Consul à Washington ou aux Anges, il y a des déportations plus douloureuses. À la villa Médicis, par exemple. Il suffit de le mériter. [17/3/08]

A pleines louches dans la potion magique, le député-maire Assedix s’est fait pincer par le Canard. Oui, mais il va rembourser. Le brave homme. [20/2/08]

Paroles de Lui, sur la réforme de la télé : « Le rêve c’est bien…, mais la réalité c’est mieux ! » Vraiment mieux ? [20/2/08]

lI dit qu'il n'a pas dit ce qu'il a dit et que l'on a compris autrement ce qu'il a voulu dire. Laïcité ou élasticité ? [14/2/08]

La BNP claironne ses 7,8 milliards de bénéfice, en gros l’équivalent du trou de la Générale. Bon sang, mais c’est bien sûr ! [30/1/08]

Faire le ménage dans la finance, ce serait moral. Et tout bénef pour le fameux « moral des ménages». [30/1/08]

Tyran d’Indonésie, Suharto est mort dans son lit. Matière à édito : Les dictateurs finissent toujours par mourir, pas les dictatures. [27/1/08]

5 milliards partis en fumée… L’argent fou. Comme la Société, en général. [25/1/08]

Y a pas photo : 30 ans de militance avec les Padak et autres, ça ne vaut pas un bon coup de Ben Laden. [5/1/08]

Avant, il n’y avait pas de politique. Ni l’eau tiède, ni la poudre, ni même le bouton à quatre trous. Même pas la civilisation. [3/1/08]

Le baril de pétrole à 100 dollars. Mais attention, c’est du brut léger. Du Dom Pérignon. Bonjour les radars ! [2/1/08]

Interdit de fumer dans les bistrots. À côté de la pollution planétaire par cheminées d’usines et pots d’échappement, c’est une mesure clopinette. [2/1/08]

Aïe aïe aïe ! Ce n’était que de l’ «urgence». Voilà qu’il nous annonce l’ «essentiel» et même la «civilisation»… Vivement 2009. [1/1/08]

Je le croyais au Vatican, il est à Kaboul. Enfin… il est déjà parti. Tiens il repasse par ici. Ah non, par là! Sacré speedy, tu nous rends maboules. [22/12/2007]

Oh, rien… juste pour dire mon étonnement à propos du séjour parisien de Khadafi: pas une manif, pas le moindre entartage. Est-ce encore une époque? [21/12/2007]

••• Ça saute aux yeux: le P'tit coin se trouve à l'abandon, pas entretenu comme "avant". Parce qu'"avant" c'était mieux, non? ••• [10/12/2007]

Les pétroliers vont «lisser la hausse des prix». Excellent pour «fluidifier les rapports sociaux». Sans nous prendre pour des cons. [10/11/2007]

Enfin une bonne nouvelle : François Hollande candidat aux cantonales en Corrèze. [10/11/2007]

Rabat, Ajaccio, N’Djaména, Le Guilvinec, Washington. Et un petit coup de Colombey pour la route. Ça mange pas d' pain. [09/11/2007]

En vedette américaine, il s’est pris pour La Fayette et John Wayne. Ce ne fut que Christian Clavier dans une resucée des «Visiteurs en Amérique». [08/11/2007]

Tout compte fait, rectif : pas 140 mais 170%, l'augmentation de la paie de l'omniprésident. Il le mérite bien, le pauvre. [08/11/2007]

+140% d'agitation = +140% sur la paie. Chose promise chose due. Où est le problème? [31/10/2007]

Ce Lagardère junior, t’as vu, quel panache! Même pas peur. De la trempe de ceux qui savent: cette race des initiés. [26/10/2007]

Bien joué,
les rosbifs et les pumas!. Essai transformé contre une coupe trop pleine de récup’
politicarde. Toujours ça de gagné. [20/10/2007]

Entre nous, même pas question de divorce : ni mariés ni pacsés, rien. Une affaire arrangée pour cinq ans, renouvelable en plus. C’est ta faute, Marianne. [19/10/2007]

Son prochain boulot de ministre va-t-il lui «plaire»? Quand on s’appelle Laporte, on peut l’ouvrir. Ou la fermer. [17/10/2007]

Le Nobel de la Paix au GIEC et à Al Gore. W fait la gueule. Qu’on lui attribue celui de la Guerre ! [12/10/2007]

Et revoici le «détail» qui tue, version Fillon-ADN. Là, paternité connue, pas besoin de nouveau prélèvement. [07/10/2007]

Sarkozy est aussi bon prince. Il a passé commande à Colombani d’un rapport sur l’adoption. Et il va lui confier les clés de la fondation «Orphelins du Monde». [05/10/2007]

Le droit des affaires? Bon exemple d’oxymore, cet alliage de deux mots contradictoires. Pas poétique pour deux ronds? Question de prix. [05/10/2007]

Le FMI, voilà une boîte qui paie : 28.000 euros par mois. Ouais, pas mal. Hein? pas imposable? Ah?… alors là, faut voir… [29/09/2007]

Le Monde : «L'Élysée et Matignon divergent sur l'économie». Desproges : «Dix verges, c’est beaucoup!». [24/09/2007]

Villepin-Clearstream : 50.000 € de caution au lieu de 200.000. C’est la justice au rabais. [21/09/07]

1) Borloo sifflote sur l’air du non aux OGM. 2) Bové opine. 3) Bruxelles dit niet. 4) Sarko empoche la mise, avec Monsanto. Bravo qui ? [21/09/07]

– Après la jachère, tu cultives quoi cette année? – Du résultat. – Ah? Et ça rapporte? – J’en sais rien, pas encore récolté. [19/09/07]

Rien de bon, tout à jeter. Comment avons-nous pu vivre sans Lui. Comment notre pays et notre République ont-elles pu exister jusqu’ici ? Mystère. [19/09/07]

Jospin-la-débine. Jospin-la-défausse. Et aussi la bignole. Qui voudrait «nous» sortir de l’Impasse. Sur ce point au moins il sait de quoi il cause. [17/09/07]

Ancien combattu d’irak, Kouchner se concocte une revanche en Iran. "Il faut se préparer au pire" a déclaré le French va-t-en guerre. Non, W, t’es pas tout seul! [17/09/07]

En quête de «convergences à gauche», Hollande propose des «assises». Comme saint-François? C’est à dormir debout. [14/09/07]

Trop bas rendements dans les expulsions, déplore Hortefeux: «On est, en tendance, légèrement en dessous de l'objectif». Des préfets risquent leur prime de Noël. [12/09/07]

Si à l’Est, si à droite, si sarkozienne: Strasbourg valait bien une messe. Ce sera un conclave. [07/09/07]

Éric Besson favorable à la TVA sociale que le gouvernement met sous le boisseau. On est socialiste ou on ne l’est pas. [05/09/07]

Pour un vrai remaniement, bordel : Hollande à Matignon, Montebourg place Beauvau, Ségo à l’Élysée, non mais ! Et p’tit Nico direct au Panthéon. [29/08/07]


Dico politico : «Gouverner - v. tr., 1 - Vx Art de touiller le pastis. 2 - Vx –> Slogan : “Un Rocard sinon rien”». [29/08/07]


Dico diplo : «Un Gaffeur sans frontières (GSF) est un Kouchner oubliant de tourner sept fois (au moins) sa langue avant de devoir s’excuser». [27/08/07]


Le maire UMP d’Argenteuil a un «certain» flair politique mais zéro sens pratique. En effet, si «Malodore» pue plus que les SDF, quel intérêt ? [26/08/07]


Le pain va augmenter de 5 à 8 %. Enfin la baguette plus joufflue, plus miam-miam ! Avec les jeux à 100%, le peuple est comblé. Merci qui ? [26/08/07]


Hier, le Texas a exécuté son 400e condamné à mort depuis 1976. Trois autres sont dans «le couloir». W est grand, les USA aussi et dieu encore plus.
[23/08/07]


Le Monde : «M. Kouchner a pris la mesure de l'“intolérance” en Irak». Les voyages forment la jeunesse diplomate. [22/08/07]


Max Roach, exit. Le Président-de-tout n’a encore pas donné de la grosse caisse? Pourtant batteur et bateleur, ça pourrait faire du bruit. [17/08/07]


Les Sages censurent un bout du “cadeau fiscal”. Mais “le gouvernement tiendra les promesses du président”, a dit Fillon. Coup d’État annoncé? [17/08/07]


La canicule des pécules. La Bourse de Paris à son plus bas niveau de l'année. Speculat nec mergitur ? [16/08/07]


Serrault, Bergman, Antonioni… je vois… Mais Lustiger, il a tourné dans quoi déjà ? [07/08/07]


Serrault, Bergman, Antonioni… Non mais c’est quoi ce cinéma ? [31/07/07]


L’histoire d’un mec… Qui rencontre un bédouin dans le désert. Par hasard. «Tu m’achèterais pas une centrale nucléaire? » « Ben si, tiens ! » Et voilà. [26/07/07]


+ 17 % d’imposés à l’ISF en un an. Riches et mécontents, ils sont de plus en plus nombreux à être doublement malheureux. Misère ! [21/07/07]

Le Monde du jour titre plein pot à la une : «Google creuse l'écart avec Yahoo!» Le dopage sur le Tour… sale affaire.
[20/07/07]


Le 17 juillet 1967, John Coltrane « cassait son saxo ». Il n’avait que quarante ans. Et ça fait quarante ans ce jour. Il n’a pourtant cessé de jouer. [16/07/07]


Légion d'Honneur à Mme Devedjian. Motif, selon Sarkozy : A « accompagné une carrière brillante, celle de Patrick». Fermez le ban. [14/07/07]


Un examen en pleines vacances, pas drôle du tout. Réviser ses notes, machiner des anti-sèche. Pauvre Villepin. [11/07/07]


20 % à 30 % d'abattement de l'ISF sur la résidence principale. Ce n’est que justice, les SDF bénéficiant de l’abattement total. [11/07/07]


La messe en latin, bof… Pourquoi pas en chinois, en hébreux, en lingala ? Mais pour un meilleur obscurantisme, rient ne vaudrait le braille. [10/07/07]


Elle avait dédaigné la carte d’électrice de la République. La bleue «Trésor public» lui convenait mieux. Après deux repas, elle a dû la rendre. Indigestion? [05/07/07]


Recette Danone de capitalisme diététique : se faire du beurre en dégraissant les P’tits Lu. [04/07/07]

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>> Suite de l'article de Joël Decarsin

Deuxième objection : quand les partisans de la démocratie participative décrivent la crise de la démocratie représentative comme résultant d’une mainmise des entreprises transnationales sur les institutions politiques, ils ont tort de désigner cette mainmise comme la cause des dysfonctionnements planétaires alors qu’elle n’est qu’une conséquence d’un phénomène qui dépasse largement le cadre de la politique : le Système technicien.

Ellul a traité ce problème il y a plus de quarante ans dans L’Illusion politique. « Nous assistons au développement de l'illusion de l'homme politique qui croit maîtriser la machine de l'Etat, qui croit prendre des décisions politiques toujours efficaces, alors qu'il se trouve de plus en plus impuissant en face de la rigueur croissante des appareils étatiques. Or, cette impuissance de l'homme politique est voilée précisément par la puissance et l'efficacité des moyens d'action de l'État qui interviennent toujours plus profondément (…) dans la vie (…) des citoyens. (…) L'homme politique, fût-il dictateur, n'a finalement aucune maîtrise de ces moyens. Réciproquement, paraît l'illusion du citoyen, qui, vivant encore sur l'idéologie de la souveraineté populaire et des constitutions démocratiques, croit pouvoir contrôler la politique, l'orienter, participer à la fonction politique».


Il se trouve que, pour avoir milité au sein de l’altermondialisme (j’ai présidé durant deux ans le comité local d’Attac Aix-en-Provence), j’ai cédé moi-même à cette "illusion" et "vécu sur l’idéologie des constitutions démocratiques". Avec d’autres, j’ai dénoncé la déresponsabilisation des élus au profit d’instances non démocratiques (OMC, FMI, Banque Mondiale, Commission de Bruxelles…) et cru que la cause de cette dépossession de pouvoir résidait dans «le Marché». Sans jamais me réclamer moi-même du marxisme, j’ai repris à mon compte bon nombre de présupposés marxistes.

Or tout cela, je le dis aujourd’hui avec détachement, je l’ai fait par commodité intellectuelle : moi qui militais pour la démocratie participative, j’ai finalement abandonné mon jugement aux "fondamentaux" altermondialistes sans jamais vraiment prendre le temps de soumettre ceux-ci à une critique ciblée. Je me suis investi dans cette entreprise sans compter mon temps. Comme tant d’autres, mon militantisme a été sacrificiel .

Ce sont finalement les options prises par Attac en 2003, lors de son assemblée générale annuelle, qui préconisaient l’engagement dans la realpolitik, qui m’ont fait saisir à quel point les altermondialistes reprennent presque point pour point les anciennes pratiques partisanes, dont l’effondrement du bloc communiste avaient pourtant signifié clairement l’échec. Je considère aujourd'hui que ce n’est pas tant la «marchandisation du monde» qui est à placer sous le feu de la critique que sa «réification ». Après tout, le libéralisme ne s’est pas érigé en pensée unique suite à un coup d’État. Nos dirigeants sont ceux que nous avons élus, ceux que nous méritons, ceux à qui nous ressemblons, quand bien même, suivant un réflexe primaire (« l’enfer, c’est les autres »), nous souhaiterions qu’il n’en soit pas ainsi.

Être responsable, c’est effectivement ne pas se reposer sur les élus ni laisser ceux-ci s’en remettre aux experts mais c’est aussi ne pas faire siennes les idées dominantes d’un groupe, quand bien même celui-ci s’attaque à la pire des dictatures. Être responsable, c’est "aimer son prochain comme soi même": pas moins, pas plus. Quiconque sacrifie son temps à une cause s’y perd. Il n’est d’engagement valable que dans la capacité à se désengager dès lors qu’on aperçoit que son intégrité est menacée.

Être responsable, c’est se libérer de la puissance d'envoûtement du réel objectif sous toutes ses formes. Ce qui nécessite un effort considérable au quotidien. Chaque jour, je mesure l’emprise du Système, en premier lieu dans le cadre mon métier : enseignant les arts plastiques en collège, il m’est impossible d’appeler chacun de mes 451 élèves par son prénom, a fortiori d’établir avec lui un lien personnel.

Être responsable, c’est réaliser que ce genre de situation absurde, ce n’est pas le Marché qui en est la cause mais bien l’immense machinerie que les hommes ont construite au fil du temps dans l’unique but de s’adorer eux-mêmes. C’est résister, mettre tout en œuvre pour compenser le non-sens généralisé du Système par du sens et de l’intime conviction, au risque d’être incompris. C’est s'opposer sans relâche aux idéologies (au Mensonge, écrit Gérard) par les armes de la dialectique.


Le processus de fétichisation est le propre de l’homme, tout autant que la volonté de ne pas le reconnaître comme tel. Les prophètes de l'Ancien Testament l'avaient bien compris lorsqu'ils pourfendaient l'adoration du Veau d'or. Les dénonciateurs du culte des images aussi ou encore les initiateurs du protestantisme, lorsqu'ils désignaient le spectacle catholique comme une subversion du message d'humilité de Jésus de Nazareth. Ou plus près de nous un Feuerbach : "Sans doute notre temps... préfère l'image à la chose, la copie à l'original, la représentation à la réalité, l'apparence à l'être... Ce qui est sacré pour lui, ce n'est que l'illusion, mais ce qui est profane, c'est la vérité. Mieux, le sacré grandit à ses yeux à mesure que décroît la vérité et que l'illusion croît, si bien que le comble de l'illusion est aussi pour lui le comble du sacré." (Préface à la 2ème édition de L'Essence du christianisme).

Hélas, la réflexion sur la fétichisation (des objets, des faits, des images, du langage lui-même) n’a été reprise que très rarement (Ellul, Charbonneau, Illitch, Debord…) et sans grande audience. Elle est de fait complètement absente du débat politique comme de tous les "forums sociaux" altermondialistes. Du côté des "dominants", on parle de gestion, de pragmatisme, de management… du côté opposant, de démocratie, de régulation, d’alternatives… dans les deux cas, on entretient par des mots la même croyance. Tout comme notre ami Duchamp croyait sincèrement faire une oeuvre en baptisant "fontaine" son urinoir.

Ainsi quand on invoque la nécessité de se référer à l'éthique, au principe Responsabilité (Hans Jonas) ou à je ne sais quel principe de précaution, on peine à réaliser que ces principes ne sont eux-mêmes que des techniques ; et qu'en y croyant, on se confine dans l'illusion de pouvoir agir sur les faits, alors que l'on reste conditionné par eux, façonné par eux, dépendant d'eux. C'est pour cela que ce type de discours n'a aucune prise sur le réel.

Pour lutter contre le Système technicien, il convient non pas de nier les faits mais de s'extraire de leur emprise; pour cela, ne pas les aborder seulement comme des perceptions et des conceptions de la conscience mais aussi comme des projections inconscientes. Seulement de la sorte on peut espérer se défaire du réflexe objectiviste. Mais c'est aujourd'hui un travail considérable, tant les militants ont pris du retard en conservant durant toutes ces années des postures idéologiques. J'en suis.

Le bruit médiatique, la publicité, la communication d’entreprise, l'organisation du travail, du chômage, de la précarité, de la culture, des loisirs... jusqu'à la politique elle même et tous les discours idéologiques, petits et grands (... toutes ces choses qu'Ellul assimile aux "techniques de propagande du système") participent d'une même tendance à travestir en bougisme et en logomachie une incapacité foncière à penser le monde de façon détachée. De fait, quand bien même toujours plus d'êtres subissent l'aliénation et en souffrent, le monde actuel n'en continue pas moins de devenir plus aliénant. Ce n'est donc pas la conscience des choses qui fait défaut. C’est le fait que les présupposés objectivistes ne sont pas levés, qui rendent cette conscience inopérante, incapable de se convertir en responsabilité.


Ce décalage entre la connaissance des dysfonctionnements et l'incapacité à y remédier vient d'un complexe d'infériorité par rapport aux faits : le matérialisme. Les idéaux (même profanes) sont aujourd'hui désignés comme des pêchés de jeunesse. Ne serait-ce qu'au sein de l'institution scolaire, le pragmatisme est promu en règle de vie auprès des jeunes générations; non par le biais d'une catéchèse déclarée mais sur le mode tacite, quasi subliminal. Or si cette propagande s'opère ainsi, c'est qu'ont été intégrés les concepts modernes d’individu, d’Homme (avec un grand H), de citoyen; mais qu'en même temps, on ignore que ces entités dites universelles ne sont que des extrapolations consécutives au mythe de la Mort de Dieu; autant dire des abstractions. Certainement pas moins des abstractions que l'idée de Dieu, me dira t-on, mais pures ratiocinations en regard de l'expérience de Dieu ou, plus simplement, de l'expérience spirituelle.

En écrivant cela, j’entends déjà monter les cris d’orfraie : « De quoi ? Mais monsieur, le spirituel n’est qu’une affaire de vie privée ! ». Je sais. L’âme n’est aujourd’hui tolérée qu'en tant que supplément. Mais alors ? Si seul le discours raisonné est mis au centre de l’arène publique, faut-il s'étonner que la politique ne soit plus qu’affaire de rhétorique et par conséquent foncièrement inapte à anticiper les situations ? La politique atteindrait certainement ses buts si elle n'était qu'une affaire de gestion, mais une gestion conduite par des sujets accomplis et libres, pour le coup d'authentiques individus, qui n'éprouveraient plus le besoin de sacraliser quoi que ce soit pour se sentir exister.

Pour des raisons didactiques, j'évacue ici une question pourtant essentielle : sur qui ou sur quoi donc ces espoirs devraient/pourraient alors se projeter sans que l'on retombe une fois de plus dans le mécanisme de la croyance ? Je m'en tiens simplement au constat que si la politique s'est muée en religion, c'est parce que le moi a été sacralisé. Et que si la responsabilité n'est plus vécue comme une question centrale, c'est parce que le moi n'ayant plus "personne" à qui s'opposer qu'à lui-même, il ne connaît plus aucun "conflit de devoirs", alors qu'il faudrait voir dans ce conflit la seule source authentique de responsabilité. C'est pour tous ces motifs que l'on en appelle plus aujourd'hui à la responsabilité que quand les faits l’exigent: quand le réacteur de Tchernobyl est déjà en purée, quand il est déjà trop tard.


PANSER L'ARTICULATION DU JE-NOUS. Les altermondialistes reprennent la célèbre formule "penser globalement, agir localement" en ignorant souvent qu'elle vient d'Ellul. Ils lui confèrent la plupart du temps un sens strictement historiciste: "il faut comprendre les mécanismes socio-économiques qui régissent actuellement la planète pour être à même de reprendre le contrôle de la politique sur la finance, et cela ne peut s'opérer qu'à l'échelon local, en veillant à ce que chaque sujet ne soit plus un simple rouage de l'économie mais un acteur à part entière". A priori, cette idée me convient. Mais en se contentant de formuler les choses ainsi, en contournant notamment la question de l'aliénation par la technique, les altermondialistes rêvent, ils succombent une fois de plus à l'idéologie ("faut qu'on, y a qu'à") sans jamais prendre le temps de questionner leurs propres préjugés. Cette esquive rend du coup inconcevable et impraticable tout programme.... toute prise de responsabilité.

Que signifie alors l'équation global-local en termes dialectiques ? "Penser globalement" devient : "Prendre conscience que tout le monde, a priori est aliéné par le Système technicien ; "agir localement" devient "agir sur l'échelon le plus local qui soit : non pas la région, le département, la communauté urbaine ou le village, ni même la famille ou le couple, mais ce que Jung appelle le Soi, cette intrication du moi et de l'inconscient. "Penser globalement" et "agir localement", c'est finalement exactement la même chose: agir sur soi, s'expérimenter en permanence (lors du processus d'individuation), C'EST apprendre à penser le monde de façon détachée, dépassionnée, ce qui non seulement garantit la fiabilité de cette pensée mais rend envisageable une action sensée sur le monde.


Le Système technicien (à travers le principe de laïcité, qui n’en est qu’une déclinaison) a créé une fracture entre vie privée et vie publique. Mise en avant par le christianisme primitif, la première est aujourd’hui annexée par la seconde qui, elle, en sort survalorisée : ne pouvant s'empêcher de sacraliser quelque chose, les humains n’ont pu se défaire de l'ancienne religion sans la remplacer par une nouvelle, la politique.

« L'Homme-et-le-citoyen » est un mythe qui se nourrit de la croyance en la mort de Dieu. Or plus de deux siècles se sont écoulés depuis la naissance de ce mythe. C’est largement assez, me semble t-il, pour en évaluer les effets : plus un humain se croit autonome, libre et responsable, moins il l'est. En formatant l'ensemble de la la sphère privée, le Système technicien (notamment l’appareil d’État) réduit l'autonomie et la liberté, paralyse la responsabilité.

Il n’est donc de responsabilité possible que par la désaliénation de la Technique (Ellul), que par la capacité des sujets à sacrifier leurs derniers penchants idéologiques et à s'individuer (Jung). Il n'est de responsabilité qu'à travers la confrontation du moi avec ce qui n'est pas lui: non pas l'altérité, (voilà encore un terme à la mode qui ne signifie rien !) mais ce qui, en soi même, transcende le moi: l'inconscient.
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